Dans la région de Béni Mellal-Khénifra, la campagne oléicole marque chaque année un temps fort économique et social. Entre récoltes abondantes, reprise de la trituration et retombées sur l'emploi rural, l'«or vert» retrouve tout son éclat après plusieurs saisons difficiles. À mesure que l'hiver s'installe, un autre rythme s'empare de Tadla. Sur les routes reliant les piémonts du Moyen Atlas aux vastes plaines agricoles, le bruissement du gaulage et le bourdonnement continu des presses rythment les journées. La récolte de l'olive, rendez-vous immuable du calendrier rural, redonne vie aux campagnes et imprime une animation singulière aux bourgs et aux centres de trituration. Une filière structurante, de la terre aux maâssras Dans cette vaste contrée, l'oléiculture dépasse largement le cadre d'une simple activité agricole. Elle irrigue les territoires, façonne les paysages et structure les économies locales, du Dir à Ouled M'barek et El Ksiba, jusqu'aux grands périmètres de la province de Fquih Ben Salah. Le long des axes nationaux, les maâssras s'alignent, leurs esplanades couvertes de monticules d'olives noires, violettes ou vertes, en attente de pressage. Camions et pick-up s'y succèdent, déchargeant la récolte du jour ou repartant chargés de bidons d'huile fraîchement extraite. L'expérience est aussi sensorielle. Avant même que le regard ne s'attarde, l'odeur âcre des grignons mêlée aux effluves de l'huile nouvelle saisit le visiteur. Autour des moulins, un rituel bien ancré se perpétue : bols d'huile fraîche et pain chaud offerts à la dégustation, hospitalité de saison qui précède toute négociation et rappelle la dimension sociale de cette activité. Rebond productif, qualité et impact social Les perspectives annoncées par l'Office régional de mise en valeur agricole du Tadla confirment l'ampleur du rebond. La production oléicole devrait atteindre près de 97.700 tonnes, en hausse de 220% par rapport à la campagne précédente. Une performance attribuée à des précipitations opportunes lors de la floraison, à une fraîcheur hivernale favorable aux bourgeons, mais aussi aux efforts consentis pour maintenir des cycles d'irrigation réguliers malgré le stress hydrique. Sur le terrain, les professionnels se montrent confiants. À Fquih Ben Salah, Ahmed Ennahi, gérant d'une unité moderne de trituration, insiste toutefois sur un point clé : l'abondance ne saurait suffire sans une exigence accrue de qualité. Rapidité de traitement après la cueillette, lavage et effeuillage rigoureux des fruits, maîtrise des procédés d'extraction : autant d'étapes déterminantes pour limiter l'acidité et garantir une huile répondant aux standards du marché. Au-delà des chiffres, la campagne oléicole agit comme un puissant levier social. La cueillette génère environ 2,5 millions de journées de travail, dont près de 20% profitent aux femmes rurales. Pour de nombreux ménages, l'olivier demeure une véritable soupape économique, consolidant son statut de pilier agricole et de marqueur identitaire régional. Des vergers aux unités de transformation, l'olive poursuit son voyage jusqu'aux foyers, où l'huile nouvelle circule comme présent de proximité. Fidèle à des sols parfois éprouvés par le climat, l'arbre béni continue ainsi d'incarner la résilience d'un territoire qui trouve, chaque saison, dans l'«or vert», une promesse renouvelée de prospérité. Sami Nemli / Les Inspirations ECO