Le Maroc tourne la page de sept ans de sécheresse et espère enfin réussir une année agricole d'abondance. Mais pour cela, il faudra que les pluies se maintiennent dans le temps et dans l'espace. Explications. C'est une saison agricole exceptionnelle que le Maroc est en train de vivre actuellement. Après sept ans d'affilée de sécheresse, le Royaume est finalement sorti de ce cycle ô combien douloureux et impactant pour son agriculture et sur sa situation économique. C'est du moins ce qu'a annoncé solennellement au Parlement le ministre de l'Equipement et de l'Eau, Nizar Baraka. Ironie de l'histoire, c'est le même ministre qui alertait quelques mois plus tôt sur le risque d'entrer dans une huitième année de sécheresse. Mais lundi, en réponse à une question orale, il a expliqué que la sortie de la sécheresse était déjà actée. Il faut noter que l'on parle de sécheresse lorsque les pluies sont inférieures de plus de 20% à la moyenne. Sauf que, là, nous en sommes déjà à plus de 17% par rapport à cette moyenne, et même de 95% comparé à l'année dernière. Dix-huit points En un mot, au niveau national, les quantités de pluies reçues dépassent les 108 mm. Certaines régions ont même des indicateurs beaucoup plus intéressants. Dans la région agricole de Rabat-Salé-Kenitra, on parle de plus de 300 mm de pluies, alors qu'il reste encore près de trois mois avant la fin de la saison agricole. «Tout ceci s'explique en partie par l'effet du phénomène climatique que l'on appelle la Nina. Nous pouvons dire que ce phénomène nous ramène de la pluie», indique le climatologue Mohamed Said Karrouk. La question que tout le monde se pose, désormais, est de savoir si ce phénomène va se poursuivre ou pas. Apparemment, et selon les prévisions météorologiques, il va continuer de pleuvoir, mais à une cadence moins intense pour le reste du mois de janvier. Par la suite, on attendra de voir quelle sera l'évolution de la météo. «Il paraît que la Nina finira cette saison hydrologique. Nos choix d'utilisation d'eau doivent se faire dès maintenant. Les pluies de cette année sont une rupture de la sécheresse, mais pas sa fin», explique le climatologue. Barrages remplis à moitié... En attendant, il y a lieu de se réjouir de l'impact de ces pluies. Le taux de remplissage des barrages est actuellement de 46% au niveau national contre 28% seulement à la même période de l'année dernière. C'est donc 18 points de gagné en quelques semaines, principalement durant les trois dernières semaines. La majorité des bassins hydrauliques dépassent de loin les 50%. D'ailleurs, le taux de remplissage dans certains barrages est tel que des lâchées d'eau sont effectuées pour éviter d'autres dégâts sur ces structures de rétention d'eau. Autre bonne nouvelle, dans la région agricole du Souss-Massa, on est désormais à environ 40% de taux de remplissage. Sachant que c'est une région agricole durement frappée par la sécheresse ces dernières années, on imagine à quel point l'espoir est de retour chez les agriculteurs avec l'alimentation de la nappe phréatique. Malgré tout, il faut noter que dans des zones, comme celle du bassin d'Oum Rabiaa, le taux de remplissage n'est encore que de 20%, mais l'espoir est permis de voir la situation s'améliorer d'ici la fin de saison… Campagne agricole S'agissant de la campagne agricole, c'est encore assez tôt pour la qualifier de réussie. En effet, pour parler d'une campagne agricole prometteuse, il faudrait que ces pluies s'étalent dans le temps et dans l'espace. Mais le premier constat est que le couvert végétal s'est nettement amélioré à travers le Royaume, ce qui va faciliter la régénération du cheptel national. Dans la plupart des régions agricoles, on indique que ces précipitations ont permis de remplir les conditions favorables au développement des cultures d'automne et au lancement des programmes d'hiver dans une conjoncture encourageante. Last but not least, ces fortes pluies sur presque l'ensemble du territoire, pendant ces dernières semaines, ont permis de gagner en moyenne une année d'eau potable au niveau national indique le ministre de l'Equipement et de l'Eau. De quoi éloigner encore le stress lié à l'approvisionnement en eau dans les grandes villes. Nizar Baraka Ministre de l'Equipement et de l'Eau «Une année est considérée comme sèche lorsque le déficit pluviométrique dépasse 20% par rapport à la moyenne. Or, cette année, nous enregistrons un excédent positif. Ces apports hydriques permettent de gagner en moyenne une année d'eau potable au niveau national. Pour autant, il est nécessaire de poursuivre les efforts structurels engagés». Mohamed Said Karrouk Climatologue «Il paraît que la Nina finira cette saison hydrologique. Nos choix d'utilisation d'eau doivent se faire dès maintenant. Les pluies de cette année sont une rupture de la sécheresse, mais pas sa fin». Abdellah Benahmed / Les Inspirations ECO