Après une lente dégradation depuis 2018, l'Indice de confiance des ménages remonte à 57,6 points au quatrième trimestre 2025, porté par une amélioration des anticipations sur l'emploi et l'inflation. Mais cette embellie statistique reste tempérée par une perception toujours morose du niveau de vie, une capacité d'épargne en berne et une confiance très inégale envers les services publics. Décryptage d'un état d'esprit encore en convalescence, à la veille d'une année 2026 décisive. Alors que l'année 2025 s'achève sur une note d'accalmie macroéconomique, l'état d'esprit des ménages marocains semble amorcer un léger redressement. Selon la dernière note du Haut-commissariat au plan (HCP), l'Indice de confiance des ménages (ICM) s'est établi à 57,6 points au quatrième trimestre 2025, contre 53,6 points au trimestre précédent et 46,5 points à la même période de l'année précédente. Une progression significative, qui marque un plus haut depuis 2021, sans toutefois dissiper toutes les zones d'ombre. Un regain de confiance fragile Ce rebond de l'ICM, bien que notable, reste cependant à relativiser. Il traduit davantage une atténuation du pessimisme qu'un véritable basculement vers l'optimisme. En effet, toutes les composantes de l'indice, à l'exception de l'emploi, restent en territoire négatif. En d'autres termes, les ménages continuent de juger leur situation actuelle et future dégradée, mais avec moins de sévérité qu'un an auparavant. La perception de l'évolution future du niveau de vie progresse, avec un solde d'opinion à -39,5 points, contre -46,1 points au T4 – 2024. Cela reste cependant bien en dessous du seuil d'équilibre, indiquant que moins de 10% des ménages espèrent une amélioration. Cette vision prudente reflète l'incertitude face à l'évolution des prix, de l'emploi et des revenus réels. Dans cette dynamique, la perception du chômage s'améliore nettement, avec un solde passé de -77,2 à -47,7 points sur un an, signe d'une moindre appréhension vis-à-vis du marché de l'emploi. Une amélioration sans doute alimentée par la reprise sectorielle (bâtiment, tourisme, agriculture) et les grands chantiers lancés dans la perspective du Mondial 2030. Horizon brouillé pour le pouvoir d'achat et la consommation Toutefois, cette amorce de confiance reste contrebalancée par la persistance des difficultés économiques du quotidien. Sur le front du niveau de vie, les ménages demeurent majoritairement inquiets. 77,8% déclarent une dégradation au cours des douze derniers mois, et 49,4% anticipent une poursuite de cette tendance. Ce ressenti traduit une perte persistante de pouvoir d'achat, notamment en milieu urbain, où les prix des produits de première nécessité et des services ont connu des hausses sensibles. Ce pessimisme se manifeste également dans le comportement de consommation. L'achat de biens durables reste perçu comme peu opportun. À ce titre, le solde d'opinion correspondant s'établit à -52,9 points, en dépit d'une amélioration sensible par rapport aux -71,9 points de fin 2024. Les ménages reportent ainsi leurs projets d'achats importants (voitures, mobilier, électroménager) en raison d'une incertitude persistante sur les revenus disponibles. Sous un angle plus large, l'inflation, bien que ralentie, continue de peser sur le moral. Près de 92% des ménages affirment que les prix alimentaires ont augmenté en 2025, même si les anticipations d'une poursuite de cette hausse sont en légère baisse (solde à -73 points contre -81,8 points un an plus tôt). La baisse du rythme de l'inflation est ainsi ressentie, mais reste insuffisante pour redonner une véritable confiance en la stabilité des prix. Emploi : une accalmie perçue En parallèle, la tendance sur le marché de l'emploi semble plus rassurante. Le recul du pessimisme sur l'emploi constitue l'un des signaux les plus notables. Alors que 83,5% des ménages anticipaient une hausse du chômage au T3 – 2023, ils ne sont plus «que» 65,2 % en cette fin d'année 2025. Ce recul alimente un optimisme prudent et reflète probablement la stabilisation de certains secteurs porteurs, notamment les services, le tourisme et la logistique, bénéficiant des retombées de la Coupe d'Afrique des Nations (CAN) et de la préparation du Mondial 2030. Situation financière : des marges de manœuvre toujours réduites Malgré une légère amélioration sur le front de l'emploi, la situation financière des ménages reste très contrainte. Moins de 3% des ménages déclarent pouvoir épargner une partie de leur revenu, et près de 40% s'endettent ou puisent dans leur épargne. Le solde relatif à la situation actuelle se maintient autour de -36,6 points, un niveau bas qui traduit la fragilité du budget des foyers marocains. Quant à la situation financière future, les anticipations s'améliorent sensiblement (à -4,2 points contre -16,3 points un an auparavant), ce qui pourrait traduire un espoir de reprise lié à la baisse attendue de l'inflation, à l'amélioration de la campagne agricole et à un dynamisme sectoriel plus soutenu. La capacité future à épargner, elle, reste extrêmement limitée, avec un solde d'opinion à -78,5 points. Autrement dit, les ménages ne prévoient pas, à court terme, de marges financières suffisantes pour constituer une épargne. Services publics et cadre de vie : des signaux contrastés Au-delà des aspects strictement économiques, l'enquête du HCP interroge également le rapport des ménages aux services publics et à leur environnement. Parmi les indicateurs annuels, l'amélioration la plus significative est observée dans la perception de la qualité de l'enseignement, dont le solde passe de -39,8 à -19,2 points. Cela traduit probablement les efforts de réforme du système éducatif, en particulier dans l'enseignement primaire et la formation professionnelle. En revanche, les services de santé continuent d'inspirer une forte défiance (solde à -50,8), et la perception de la protection de l'environnement recule (de 28,8 à 18,5 points). La qualité des prestations administratives, bien qu'encore perçue positivement (solde de 30,6 points), affiche une baisse sensible par rapport à 2024 (38,4). Ces signaux contrastés montrent que si certains services progressent, d'autres peinent à convaincre. Une trajectoire longue à relativiser Enfin, une lecture en perspective historique permet de nuancer encore davantage les espoirs naissants. Bien que l'ICM atteigne 57,6 points à fin 2025, il reste loin des niveaux d'avant-crise. En 2018, cet indice oscillait autour de 80 points. La décennie 2018-2025 a ainsi été marquée par une érosion quasi continue de la confiance des ménages, aggravée par les crises sanitaires, inflationnistes et sociales. Le redressement observé cette année est à la fois un signal positif et un rappel de la profondeur des fragilités accumulées. En somme, la progression de l'ICM, en cette fin d'année 2025, ne doit pas pour autant masquer la prudence des ménages. Car si les anticipations sur l'emploi et l'inflation s'améliorent, le pouvoir d'achat demeure contraint, la capacité d'épargne très réduite et les dépenses en biens durables largement repoussées. C'est dire que les douze prochains mois seront donc déterminants pour transformer ce fragile redressement psychologique en confiance économique durable. Comprendre les indicateurs… Pour mieux appréhender la portée des chiffres avancés, un rappel méthodologique s'impose. Les résultats de l'enquête de conjoncture sont fondés sur des questions qualitatives à trois modalités : amélioration, stagnation, détérioration. Les réponses sont synthétisées sous forme de «soldes d'opinion», calculés comme la différence entre les pourcentages d'opinions positives et négatives. Ces soldes ne sont pas interprétables en valeur absolue, mais permettent d'observer les tendances. L'Indice de confiance des ménages (ICM) est une moyenne arithmétique de sept soldes : quatre relatifs à la situation générale (niveau de vie passé et futur, chômage, opportunité d'achat de biens durables) et trois relatifs à la situation propre au ménage (situation financière actuelle, passée et future).