Alors que le ministère de l'Agriculture est à mi-chemin dans la mise en œuvre de la stratégie Génération Green, l'heure semble être à l'accélération. Avec, en toile de fond, une rhétorique volontariste de passage à la vitesse supérieure, les autorités affichent leur volonté de consolider les acquis et de multiplier les chantiers à l'horizon 2030. Mais derrière ce discours énergique, l'autre question qui s'impose est de savoir s'il ne serait pas temps de recentrer davantage la stratégie, voire d'en interroger certains fondements. Les cinq premières années ont livré des résultats tangibles, soutenus par une enveloppe de 58 milliards de dirhams, dont près de la moitié d'origine privée. L'élan est donc bien réel. Pourtant, au moment des bilans intermédiaires, c'est la cohérence globale du cap qui mérite un examen critique. Car quels types de ruralités construit-on réellement à travers Génération Green ? S'agit-il de transformer structurellement les économies rurales, de les adapter à la donne climatique ou de les arrimer à des chaînes de valeur ciblées ? La diversification sectorielle reflète une ambition multisectorielle louable, mais elle risque aussi d'affaiblir la lisibilité et la cohérence de l'action publique si elle n'est pas rigoureusement orchestrée. En matière de gouvernance, l'approche territoriale reste l'un des chaînons faibles. La stratégie se veut déconcentrée, mais le pilotage opérationnel est encore entravé par des capacités variables, des chevauchements institutionnels et un déficit de coordination entre acteurs locaux. L'accélération, sans ancrage ni recentrage, pourrait alors devenir une fuite en avant. C'est peut-être là tout l'enjeu de cette nouvelle étape. Il ne s'agit pas de faire plus, mais de faire mieux, avec une meilleure articulation entre ambition sociale, soutenabilité écologique et efficience économique. En somme, faire de Génération Green, non pas une addition de projets, mais une véritable stratégie de transformation. Meriem Allam / Les Inspirations ECO