Président de l'AMITH Malgré son poids à l'export, le textile marocain est aujourd'hui freiné par une pénurie structurelle de compétences, aux effets directs sur la productivité et la compétitivité du secteur. Usines en sous-capacité, manque à gagner et difficulté à monter en gamme illustrent l'ampleur du défi. Anass El Ansari, président de l'AMITH, estime que cette situation relève avant tout d'une crise du capital humain. Il appelle à une refonte du système de formation, pilotée par les industriels et centrée sur l'apprentissage et la valorisation des savoir-faire. Selon vous, où se situe réellement le problème de la main-d'œuvre et quelles en sont les conséquences ? Au Maroc, nous avons cherché à accélérer l'investissement industriel plus vite que l'investissement humain. Ainsi, la pénurie de main-d'œuvre n'est pas une question de salaire, il s'agit d'une crise du capital humain, tant qu'on traitera le textile comme un secteur à bas salaires plutôt que comme une industrie de savoir-faire, la pénurie persistera. Car elle représente un enchaînement de défaillances systémiques. Le secteur ne renouvelle plus que ses compétences, et les métiers manuels qualifiés disparaissent plus vite qu'ils ne se recréent. Le secteur a perdu une partie de son capital humain de façon irréversible. Ainsi, la pénurie actuelle n'est pas un échec du marché du travail, c'est l'échec d'un système de formation et de valorisation des métiers industriels. A combien estimez-vous le manque à gagner ? Le secteur textile marocain pèse 44 MMDH de chiffre d'affaires à l'export par an, des usines opèrent souvent en sous capacité à cause du manque de personnel qualifié, certaines lignes tournent à 70–80% seulement de leur potentiel. Si ce sous-emploi des moyens de production entraîne une baisse de productivité de l'ordre de 20 à 30%, cela se traduit, par un manque à gagner sur les ventes export de l'ordre de 8 à 12 MMDH par an. Même si le Maroc bénéficie d'avantages géographiques et logistiques, cette dynamique de coût productivité détériorée réduit l'attrait des donneurs d'ordre stratégiques. La pénurie de compétences coûte au secteur textile marocain non seulement en volume, mais aussi en compétitivité prix, capacité à satisfaire les grandes commandes internationales et à monter en gamme. Comment y remédiez-vous ? Tout passe par un investissement ciblé et industriel dans la formation, par la reconstruction d'un système de formation textile piloté par les industriels, centré sur l'apprentissage en entreprise et la pratique. À court terme, il est possible d'en atténuer l'impact en stabilisant les équipes existantes, en formant rapidement les profils en poste et en améliorant la productivité, notamment par l'automatisation là où elle est pertinente. À moyen terme, la priorité reste la reconstitution de l'encadrement intermédiaire et l'adaptation des compétences aux exigences futures du secteur. Le véritable investissement stratégique du textile, ce n'est pas la machine, mais la compétence. Maryem Ouazzani / Les Inspirations ECO