La scène se joue sur deux tableaux. D'un côté, Pékin actionne les leviers de la diversification, construisant discrètement un «gold corridor». L'or, actif tangible, non soumis aux sanctions occidentales, devient l'assurance géopolitique d'une puissance qui a tiré les leçons du gel des avoirs russes. De l'autre côté, Washington répond par l'innovation financière. Le «Great Debasement» combiné à l'offensive des actifs numériques étend l'empire du dollar par la bande, captant l'épargne informelle là où les banques centrales hésitent. Dans ce monde bipolaire, le Maroc fait un choix lourd de sens. Ses avoirs en bons du Trésor américain bondissent de 28% en 2025, tandis que l'or ne pèse que 5,4% des réserves de Bank Al-Maghrib. Manque d'ambition stratégique ? Tout au contraire, c'est le choix assumé de la liquidité et de la prévisibilité. «Les Treasuries restent l'actif refuge ultime du système financier mondial, précisément parce qu'ils sont liquides, profonds et universellement acceptés», rappelle Kenneth Rogoff, ancien économiste en chef du FMI. Pour une économie intégrée aux chaînes de valeur occidentales, dépendante des importations énergétiques, la capacité à mobiliser instantanément des réserves sans décote est un atout autrement plus précieux qu'un métal dont la valeur ne se réalise qu'à la revente. Il y a plus. Au-delà des 4,1 milliards de dollars officiels, une fraction de l'épargne informelle des Marocains est déjà exposée au dollar via les stablecoins. Le dollar gagne par la bande ce que la Chine tente de lui reprendre par l'or. Plutôt que de subir, le Maroc tire parti de cette réalité. Il fait le pari de l'intégration au système existant. Un pari risqué, mais clair. La question n'est pas de savoir si l'or est meilleur que le dollar. Elle est de savoir quelle confiance on accorde à la pérennité du système. En consolidant son exposition aux Treasuries, le Maroc répond par un acte de foi dans l'ordre monétaire hérité de Bretton Woods. Un acte de foi que rien, pour l'instant, ne vient démentir, pas même la montée des dettes souveraines ou l'inflation rampante. Meriem Allam / Les Inspirations ECO