Portée par une forte progression des résultats et par le retour en force des valeurs industrielles, la Bourse de Casablanca a bouclé 2025 sur un niveau de profits inédit. Dans son analyse, BKGR met en avant une masse bénéficiaire historique, une base sectorielle plus large et un marché désormais plus exigeant en matière de valorisation. Pour les sociétés cotées à la Bourse de Casablanca, 2025 marque un changement de dimension. Plus qu'un bon millésime, l'exercice consacre l'entrée de la cote dans une nouvelle phase de création de valeur. Selon BMCE Capital Global Research (BKGR), la cote a dégagé une capacité bénéficiaire de 50,9 milliards de dirhams (MMDH), un niveau historique, en hausse de 40% par rapport à 2024. Même retraitée des éléments exceptionnels liés au différend IAM-WANA, la masse bénéficiaire ressort à 49,5 MMDH, soit une progression encore très robuste de 22,3%. En même temps, le chiffre d'affaires agrégé atteint 345,1 MMDH, en hausse de 10,9%, tandis que le résultat d'exploitation grimpe de 21,7% à 105,5 milliards. Une cote qui ne se contente plus de résister Ce que montrent ces chiffres, au fond, c'est que la place casablancaise n'est plus simplement dans une logique de rattrapage post-crise ni dans un régime de croissance ordinaire. BKGR insiste sur ce point en parlant d'un cap historique et d'une économie marocaine en transformation profonde. La progression n'est d'ailleurs pas seulement comptable. Sur quatre ans, le RNPG de la cote a quasiment doublé, avec un bond de 78% selon le rapport. Cela signifie que la machine bénéficiaire s'est densifiée, que les relais de croissance se sont multipliés et que la qualité des résultats ne repose plus sur quelques dossiers isolés. Cette solidité se lit aussi dans la structure des revenus. Les financières ont continué d'avancer, avec un PNB agrégé en hausse de 5,4% à 99,1 MMDH. Les industries, elles, ont signé une accélération plus marquée, avec des revenus en hausse de 14% à 220,6 MMDH. Les assurances et le courtage ont, de leur côté, vu leurs primes brutes progresser de 7,3% à 25,5 MMDH. Autrement dit, la croissance a été large, diffuse, et portée par plusieurs étages de la cote. Le retour en force du moteur industriel L'un des principaux enseignements de 2025 tient au rééquilibrage sectoriel. Après une année 2024 davantage dominée par les financières, l'exercice écoulé marque le retour des industries au premier plan. Hors effet IAM-WANA, leur RNPG agrégé atteint 25,1 MMDH, en hausse de 32,9%, dépassant ainsi celui des financières, établi à 22,4 milliards de dirhams après une progression de 13,2%. C'est un basculement important, car il rappelle que la cote marocaine reste profondément sensible aux grands cycles d'investissement, à la montée en puissance de nouveaux actifs industriels et à l'amélioration des marges dans les métiers d'exécution. Sur le plan opérationnel, la démonstration est encore plus nette. Le résultat d'exploitation des industries a bondi de 51,1% à 46,6 MMDH, avec une marge opérationnelle qui passe de 15,9% à 21,1%. Même retraitée de l'impact exceptionnel de Maroc Telecom, la performance reste impressionnante, avec un REX en hausse de 21% et une marge ajustée de 20,2%. Ce point est essentiel, car il montre que l'amélioration ne tient pas uniquement à des éléments non récurrents. Elle traduit aussi une meilleure absorption des charges, une montée en valeur ajoutée sur certains contrats et une amélioration réelle de l'efficacité industrielle. Les noms des locomotives sont d'ailleurs connus. BKGR cite d'abord Maroc Telecom, dont le résultat opérationnel a fortement rebondi dans le sillage de la fin du litige avec Wana. Mais le rapport met aussi en avant Managem, avec un REX multiplié par 3,1 à 4 MMDH, TGCC, dont le résultat d'exploitation a été multiplié par 2,47 à 2,257 milliards, ainsi que Marsa Maroc, dont l'EBE progresse de 22% à 3,2 milliards. Dans le classement des plus fortes hausses de marge opérationnelle au sein du MASI 20, Résidences Dar Saada, Itissalat Al-Maghrib et TGCC figurent parmi les progressions les plus marquées. Les mines changent de statut S'il fallait désigner le grand vainqueur sectoriel de l'année, ce serait toutefois le compartiment minier. BKGR le qualifie de nouveau champion de la cote. Le RNPG du secteur passe de 796 millions de dirhams en 2024 à 3,597 milliards en 2025, soit un bond de 4,5 fois. Une telle accélération n'est pas anodine. Elle repose à la fois sur la flambée des cours de l'or et des métaux, et sur la montée en puissance de nouveaux projets productifs. Au cœur de cette poussée, Managem joue un rôle central. Son RNPG atteint 3,002 milliards de dirhams contre 620 millions un an plus tôt. BKGR l'explique par l'entrée en production de Boto au Sénégal et de Tizert au Maroc, qui ont généré plus de 3,5 milliards de dirhams de revenus additionnels, mais aussi par une nette amélioration de la marge, passée de 30% à 44% sous l'effet des volumes. Les financières restent un socle, les assurances avancent avec une nuance Le retour des industries ne doit pas masquer la bonne tenue des financières. Leur RNPG agrégé progresse de 13,2% à 22,4 milliards de dirhams, dans le prolongement d'une trajectoire déjà bien orientée. BKGR souligne notamment une amélioration du coût du risque, en baisse de 6,6%, avec un taux ramené à 1,2% contre 1,4% en 2024. La résilience du secteur bancaire reste donc un pilier central de la cote, même si la croissance du PNB a parfois été insuffisante, chez certains acteurs, pour compenser totalement la hausse des charges d'exploitation. Du côté des assurances et du courtage, l'exercice est également positif, avec un résultat technique en hausse de 18,8% à 2,4 milliards de dirhams et une capacité bénéficiaire qui progresse de 11,8% à 2 milliards. Mais BKGR relève aussi un point de vigilance, à savoir la dégradation de la sinistralité, particulièrement dans l'automobile, sous l'effet combiné d'une fréquence plus élevée des sinistres et d'une inflation persistante sur les coûts de réparation et la main-d'œuvre. En somme, les résultats sont bons, mais ils ne gomment pas les tensions de fond sur certains portefeuilles. La dernière leçon du rapport tient à la valorisation. La masse des dividendes annoncés progresse de 16,9% à 24,5 MMDH, avec 42 sociétés sur 54 ayant relevé leur dividende par action. Pourtant, le rendement moyen recule à 2,6% contre 2,8% en 2024. La raison est simple. La capitalisation boursière a progressé plus vite que les distributions. En même temps, le PER 2025 se maintient à 20,1 fois, proche de sa moyenne historique. Sanae Raqui / Les Inspirations ECO