On attendait ce moment depuis des années. Le Maroc a enfin une stratégie intégrée pour sa gestion des finances publiques. Fini les réformes menées en silos, les chantiers qui s'ignorent, les systèmes d'information qui ne se parlent pas. Le Cadre stratégique de réforme de la gestion des finances publiques (CSR-GFP) 2026-2032, fraîchement adopté, est une rupture méthodologique. Un document d'une cinquantaine de pages, comportant cinq axes, seize orientations et un plan d'action triennal. Sur le papier, la feuille de route est belle. Cependant, une stratégie ne vaut que par son pilotage. Et c'est précisément là que le bât blesse, souvent. Le document prévoit un comité interministériel présidé par le ministre délégué chargé du Budget, un comité technique, une cellule PMO, un groupe conseil élargi. Il faut voir dans la multitude d'expertises et de strates d'intervention un verrouillage opérationnel, gage d'efficacité. Mais l'architecture est lourde, presque trop sophistiquée. Le risque ? Que la machine s'enraye faute d'arbitrages politiques au plus haut niveau, faute de moyens humains et financiers dédiés ou encore faute d'une culture partagée de la transversalité. Car le vrai défi n'est pas technique. Il est politique et culturel. Passer d'une logique de silos à une logique intégrée, c'est accepter de perdre en autonomie pour gagner en efficacité collective. C'est arbitrer, trancher, renoncer parfois. Cela suppose un leadership fort et une volonté de bousculer les habitudes. Ce cadre stratégique a, aujourd'hui, le mérite d'exister, mais son succès ne sera pas mesuré à la qualité de son papier glacé. Il le sera à l'efficacité du comité de pilotage dans la gestion des arbitrages difficiles, à la régularité des remontées d'information et même à la sincérité du rapport annuel. Il le sera, surtout, à la capacité de transformer ces «quick wins» dont parle le document en une dynamique durable. Indéniablement, donc, ce déclic constitue une avancée, mais la vraie ingénierie commence maintenant. Et elle se jouera moins dans les textes que dans les salles de réunion, les systèmes d'information et les arbitrages budgétaires. Meriem Allam / Les Inspirations ECO