L'Agence du bassin hydraulique du Sebou (ABHS) va lancer une étude de faisabilité sur l'interconnexion des barrages Sahla et Bouhouda, dans la province de Taounate. L'objectif est de mieux équilibrer la ressource en eau entre deux ouvrages aux capacités complémentaires, de limiter les déversements perdus et d'anticiper les effets du réchauffement climatique. Dans la province de Taounate, deux barrages voisins mais mal accordés illustrent les défis de la gestion de l'eau au Maroc. D'un côté, le barrage Sahla dispose d'une capacité de stockage importante au regard de ses apports annuels, mais il ne les utilise pas pleinement. De l'autre, le barrage Bouhouda reçoit des volumes d'eau bien supérieurs à sa capacité, ce qui entraîne des déversements fréquents en période humide. Ces excédents sont certes récupérés plus en aval par le barrage Al Wahda, mais ils ne profitent pas à l'optimisation locale du stockage. Pour remédier à cette situation, l'Agence du bassin hHydraulique du Sebou (ABHS) s'apprête à lancer une étude de faisabilité hydrologique, technique et économique sur une éventuelle interconnexion des deux ouvrages. L'étude, qui s'étalera sur dix mois, devra intégrer la situation actuelle des barrages, le projet de surélévation du barrage de Bouhouda, ainsi que les impacts attendus du changement climatique sur les apports futurs. Une modélisation hydrologique poussée Conduite dans le cadre d'un appel d'offres, l'étude commencera par une analyse hydrologique détaillée et une modélisation du système. Les experts collecteront et analyseront les données historiques : séries d'apports, volumes stockés, courbes cote–surface–volume, règles d'exploitation, volumes déversés et besoins en eau associés à chaque barrage. Les travaux permettront de quantifier les apports annuels moyens, secs et humides, la variabilité interannuelle, les volumes déversés par Bouhouda et les taux de remplissage. L'analyse sera menée pour la situation actuelle, puis après la surélévation de Bouhouda. L'originalité de l'étude réside dans l'intégration de scénarios climatiques représentatifs des projections régionales. Des hypothèses d'évolution des apports (réduction moyenne, augmentation de la variabilité, fréquence accrue des sécheresses) seront testées pour évaluer la robustesse du système interconnecté face au changement climatique. Quatre configurations seront simulées. Il s'agit de la situation actuelle avec et sans interconnexion, et de la situation future après surélévation avec et sans interconnexion. Chacune sera examinée sous des conditions hydrologiques normales, sèches et sous hypothèses climatiques futures. L'analyse devra répondre à plusieurs questions clés : quel volume peut être durablement mobilisé grâce à l'interconnexion ? La surélévation de Bouhouda renforce‐t‐elle la pertinence du projet ? Le système interconnecté résiste‐t‐il aux années sèches ? Quelle valeur ajoutée stratégique apporte le transfert, sachant que le barrage Al Wahda existe déjà en aval ? Etudes techniques et environnementales La partie technique de l'étude prévoit des relevés topographiques le long du corridor d'interconnexion, afin d'établir une base fiable pour le tracé définitif de la conduite. Celui‐ci devra être optimisé en tenant compte des contraintes topographiques, géotechniques, environnementales et foncières, tout en évitant les zones à risque (terrains instables ou inondables). Par ailleurs, une analyse environnementale sera menée pour identifier les impacts potentiels du projet, notamment sur les écosystèmes traversés par la conduite. Si les résultats sont concluants, l'interconnexion Sahla‐Bouhouda pourrait devenir un projet structurant pour la gestion de l'eau dans la région de Taounate.