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La rue pousse Mohamed Morsi à la démission
Publié dans Le Soir Echos le 01 - 07 - 2013

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La rue égyptienne et le chef d'Etat, Mohamed Morsi, sont à couteaux tirés. Alors que le président issu des Frères musulmans, élu il y a un an, devait célébrer, hier, son premier anniversaire à la tête du pays, des milliers de manifestants, hostiles à son régime, se sont massés sur la place Tahrir pour réclamer son départ. Cette grande mobilisation, notamment initiée par l'opposition, fait craindre de nouvelles violences dans le pays, divisé entre partisans de Mohamed Morsi et anti-Morsi. Selon le bilan, huit personnes, dont un Américain ont péri la semaine dernières dans des violences. Redoutant de graves troubles, l'armée et la police se sont déployées à travers le pays pour renforcer la protection des installations vitales, notamment du canal de Suez. Plusieurs défilés anti-Morsi ont convergé en fin d'après-midi vers le palais présidentiel à Héliopolis. Il faut souligner que des islamistes campent, quant à eux, dans les environs du palais présidentiel depuis vendredi et sont déterminés à défendre la légitimité de Mohamed Morsi à la tête du pays. Des manifestations sont également attendues en province. Hier a été une journée particulièrement sous haute tension dans le pays. Le Parti de la liberté et de la justice, la formation politique des Frères musulmans, a appelé à une mobilisation générale pour défendre le chef de l'Etat. Le bras de fer qui oppose la rue et le gouvernement risque de se poursuivre les jours voire les semaines à venir.
L'opposition accuse Morsi de vouloir instaurer un régime idéologique
La journée marque le début de la campagne Tamarrod (rébellion), un mouvement lancé par l'opposition égyptienne, appelant à manifester en masse pour réclamer le départ de Mohamed Morsi. Tamarrod, soutenu par de nombreuses personnalités et le mouvement de l'opposition laïque, libérale ou de gauche, assure avoir collecté plus de 22 millions de signatures pour une présidentielle anticipée, soit plus que le nombre d'électeurs du président islamiste en juin 2012 (13,23 millions). « Mohamed Morsi vit son jour du jugement », pouvait-on lire à la Une de certains journaux hier. Le quotidien Al-Tahrir, né dans le sillage de la révolte qui a chassé début 2011 le président Hosni Moubarak, n'y est pas allé par quatre chemins. Le quotidien a titré « Dégage » barrant sa Une tout en rouge. Les adversaires de Mohamed Morsi dénoncent notamment une dérive autoritaire du pouvoir destinée à instaurer un régime idéologiquement et politiquement dominé par les islamistes, ainsi que son incapacité à relancer l'économie. Pour exprimer leur soutien aux manifestants anti-Morsi, plusieurs députés, favorables à la laïcité, ont démissionné, samedi, du Conseil consultatif égyptien (la Choura). Selon le porte-parole de cette institution, au moins huit parlementaires ont officiellement démissionné et plusieurs autres ont présenté leur démission qui n'a pas encore été acceptée.
Appel au dialogue rejeté
Toutefois, les partisans du régime Morsi soulignent que le premier chef de l'Etat puise sa légitimité dans la première élection présidentielle libre de l'histoire de l'Egypte et accusent l'opposition laïque de vouloir un « coup d'Etat ». Mohamed El Baradei, l'une des figures de l'opposition, a, quant à lui, appelé samedi le chef de l'Etat à écouter le peuple et à laisser se tenir une présidentielle anticipée avant la fin de son mandat en juin 2016. Le président américain Barack Obama a exprimé samedi son inquiétude face à la crise en Egypte et appelé Mohamed Morsi et l'opposition à engager un dialogue plus constructif. Craignant des dérapages violents, le département d'Etat a annoncé le départ d'une partie de son personnel diplomatique et conseillé aux Américains de différer tout voyage non-indispensable en Egypte. Plusieurs pays, dont la France et la Grande-Bretagne ont aussi diffusé des consignes de prudence à leurs ressortissants, leur recommandant d'éviter les rassemblements ou de limiter leurs déplacements. La crainte d'une aggravation de la crise a, de même, provoqué depuis plusieurs jours une ruée des automobilistes sur les stations service. La situation devient surtout de plus en plus compliqué et incertaine d'autant plus que l'opposition a rejeté l'appel au dialogue lancé par Mohamed Morsi.


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