Made In Morocco : Les Marocains veulent consommer local, mais...!    Milan : trois jeunes marocains prendront part aux négociations de la pré-Cop26    Maroc / Royaume-Uni : construction du "câble" électrique sous-marin le plus long du monde    Tunisie : des manifestants redoutent «un retour à l'ère de Ben Ali» et dénoncent la France    Compteur coronavirus : 734 nouveaux cas, plus de 18,3 millions de personnes complètement vaccinées    Dakhla : six morts dans un accident de la route    Le marocain SMDM et le portugais Movicortes créent une joint-venture    Les indicateurs en hausse du 20 au 24 septembre    Un «marchepied» vers l'amélioration de l'inclusion financière    Le Médiateur du Royaume souligne le rôle de la médiation institutionnelle    Mali / Affaire Wagner : Moscou sort de son silence    Allemagne : La page Merkel tournée dimanche    Angela Merkel s'apprête à quitter la scène    Mondial Futsal 2021: Le Maroc quitte la compétition la tête haute    Plus d'une tonne de cocaïne saisie au large des Canaries    Bourita réaffirme l'engagement continu du Maroc    Italie : Interpellation du leader indépendantiste catalan Carles Puigdemont    En une semaine, une troisième découverte archéologique au Maroc anime les médias    Royaume-Uni : Palier à une pénurie de main-d'oeuvre par des visas temporaires    La créativité et l'art se manifestent en «Muse»    Démolition du cinéma L'Opera à Salé    L'exilé du Mogador: un autre regard sur la guerre du Rif    Ligue 1 : Paris SG, le grand huit    Angleterre: Liverpool vire en tête, City dompte Chelsea, United se rate    Hamdallah bien parti pour quitter Al-Nasr    Mondial Futsal / Quart de finale : Maroc-Brésil sur BeIN Sports à 14h00    Algérie : le procès du frère de l'ancien président Bouteflika reporté    Interview avec Hassan Aourid «L'islam politique au Maroc connaît une crise profonde»    Belgique. Le fonds activiste Bluebell Capital Partners demande le départ de la marocaine Ilham Kadri, PDG de Solvay    Etats-Unis : au moins trois morts dans le déraillement d'un train    Décès de Abdelouahab Belfquih: affaire classée, pas d'acte criminel    Ouverture exceptionnellement de centres de vaccination au profit des élèves    L'ADFM revendique une rupture avec les pratiques du passé    Agadir : deux tonnes de drogue saisies, sept interpellations    Les enjeux de la capitale du Souss!    Algérie. La descente aux enfers    Coupe du monde féminine U20 : Reprise cet après-midi du reste du temps du jeu du match Bénin-Maroc interrompu hier    Témoignage : «Monkachi, un homme politique»    Exposition : Voyage dans l'âme de Zokhrouf    Somalie: huit morts et sept blessés dans un attentat suicide à Mogadiscio    Championnats du monde de Force athlétique : Le Marocain Nezar Ballil remporte la médaille de bronze    Au moins huit soldats tués dans une embuscade de l'Iswap dans le Nord-Est du Nigéria    Musique: morceaux conquérants    A propos de la campagne contre le Maroc : Quand parler de coordination n'est pas faire preuve de paranoïa    Moulay El Hassan El Mounadi du PAM, élu président du Conseil de l'arrondissement Ennakhil à Marrakech    Image : La FNM célèbre la photographie artistique    Festival: Il était une fois... le Street Art (Part I)    Maroc-USA : Exercices militaires conjoints liés à la prévention des catastrophes    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.



Colette Lambrichs plonge la bourgeoisie de Bruxelles dans un bain révélateur
Publié dans Le Soir Echos le 11 - 07 - 2013

Vous êtes ici : Actualités / Culture / Colette Lambrichs plonge la bourgeoisie de Bruxelles dans un bain révélateur
Le charme et la force d'Eléonore (La Différence, 2013), le nouveau roman de Colette Lambrichs ne sont pas inférieurs à ce que l'on savait pour avoir lu ses recueils de nouvelles : Tableaux noirs, Histoires de la peinture et Logiques de l'ombre. Elle y montrait déjà, sans peser ni poser, l'acuité de son regard sur les gens et les choses de la vie. Conteuse qui ne s'en laisse pas conter, la romancière étanche sa soif d'absolu en se faisant un allié du rire. La gravité affleure souvent, mais si l'essentiel est quelque part, Colette Lambrichs ne prétend pas le débusquer : elle accueille ce que sont et ce que font les protagonistes de sa fable, personnages troublés ou futiles, égoïstes ou vaniteux, tendres ou impérieux, désemparés ou pas. Les paysages sont aussi de la fête, et la ville de Bruxelles est comme tatouée dans ces pages. Avec Eléonore, la bourgeoisie cultivée de Bruxelles est plongée dans un bain révélateur. Colette Lambrichs vit à Paris depuis 1972. Elle a été à l'origine avec le cher Joaquim Vital de la publication en rafale des livres de Mohamed Leftah.Voici qu'à son tour, elle nous montre d'autant mieux les diverses facettes de son talent de conteuse qu'Eléonore est précisément un roman à facettes sinon à tiroirs, une sorte de fable festonnée où circulent des personnages attachants qui peuvent à l'occasion se montrer crispants. Rien n'est dérisoire sous la plume de la romancière belge qui nous délivre dans le même mouvement un chant d'amour pour sa ville natale et une protestation contre ce qu'elle est devenue. Eleonore est une octogénaire qui voit venir la fin en opposant sa liberté aux accommodements dont la vie de tous se suffit et se masque. On la découvre d'abord dialoguant avec sa gouvernante andalouse, Fernanda, qui se trouve avoir eu un fils caché avec le mari défunt de cette comédienne désormais âgée et comme revenue de presque tout. Eleonore Kallos est d'origine grecque et Colette Lambrichs semble avoir pris un malin plaisir à convier à cette auscultation de la « belgitude » qu'est aussi son roman, un grand nombre de personnages ayant choisi Bruxelles en étant nés ailleurs. Eleonore est certes un roman mais on y peut lire aussi une sorte de pamphlet contre l'étroitesse des jugements ou la mesquinerie des actions dès lors que Rita l'Italienne, passée des bras d'un frère à l'autre, révèle sa capacité d'exultation et fait tomber tous les masques en étant conquise par un sculpteur aussi métèque et aussi belge que possible. Il y a quelque chose dans Eléonore comme une mélancolie radieuse, un défi à l'appauvrissement des sensations et des convictions. Du misérable petit tas de secrets en quoi les vies ne méritent pas d'être résumées, Colette Lambrichs sait extraire des trésors de gourmandise intellectuelle autant que d'appétit pour la bonne chère. Elle sait dire l'amour et le dédain, sans grandiloquence, et en n'appuyant jamais le traît, dessine mieux que le contour des êtres, et nous montre le lien des uns aux autres comme si elle désignait à chaque protagoniste le halo qui le protègerait de l'inanité. La main à la plume a les doigts aussi agiles que ceux d'une marionnettiste et l'on admire la délicatesse avec laquelle l'omniscience de la romancière s'abstient de trancher le fil de l'ineffable. On apprend, à lire Eleonore, que fransquillonner signifie, à Bruxelles, vouloir se distinguer des autres en parlant le français sans accent. On découvre aussi que les pharmacies vendent du dentifrice pour chien. C'est ce genre de détail qui fait les délices de Taha Adnan, le poète marocain de langue arabe vivant à Bruxelles. Et, pour la première fois en quelques quatre décennies de bibliophagie, j'ai rencontré, grâce au roman de Colette Lambrichs le beau mot d'estacade (qui désigne une jetée ou un ouvrage assimilé aux ponts). Quant aux maatjes, ce sont des harengs. Et le « vieux présent » est le nom d'un fromage. Tel personnage d'Eléonore se plaint de la « souricière des petites villes », définition décapante de d'enfermement de tous sous les yeux de tous à Bruxelles. Mais l'essentiel, dans ce roman des passions éteintes ou explosives, c'est sans doute un amour de la langue proclamé notamment par le biais d'un hommage dialogué à la verve de l'écrivain et peintre James Ensor. Car Ostende, chantée par Ensor, n'est pas moins présente que Bruxelles dans ce roman de l'exil intérieur qu'est Eléonore, un livre qui virevolte et fouaille, analyse et apaise, sans détourner les yeux sur rien et en ne se lassant jamais de comprendre et de rêver.

Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.