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Pokermania Le dessous des cartes
Publié dans Le temps le 30 - 04 - 2010

La mode du poker attire de nouveaux adeptes qui en font une passion et un business.
«J'ai besoin de mon shoot», confie Mouna, jeune mariée de 32 ans et ancienne chef de projet, en référence au poker. Joueuse professionnelle très connue du milieu underground, elle enchaîne les tournois et les soirées privées à travers le pays avec son mari, à la recherche de «poissons», comme elle s'amuse à dire, des novices fortunés, nouveaux entrants dans l'engrenage du jeu qui misent gros sur la table pour flamber et ressentir cette adrénaline si propre au poker. Mouna ne cache pas sa passion viscérale pour le Texas Hold'em, une variante du poker qui a littéralement explosé au Maroc depuis 2 ans. «C'est très simple, j'ai tout lâché, boulot, train-train quotidien, pour taper le carton. J'en ai fait mon métier à partir du moment où j'ai vu que je gagnais mieux ma vie. Le problème c'est que j'ai refilé le virus à mon mari, et à la longue j'ai peur que cela crée des tensions au sein de mon couple», raconte-t-elle, éprise mais inquiète à la fois. Mouna, qui ne jouait au départ qu'occasionnellement avec ses amis a très vite été emportée par la tornade poker, pour en faire un style de vie à part entière. Modeste, elle ne se considère pas comme professionnelle, mais prend très au sérieux son nouveau job.
Attention, mode addictive
«Le mois passé, j'ai gagné 120 000 dirhams lors d'une soirée privée à Casablanca. Il y a quelques jours, j'en ai perdu 50 000. Ce sont les risques du jeu. Et à côté des sommes astronomiques jouées lors des tournois et des soirées privées, je fais pâle figure. Ceci dit, ma règle d'or est de ne prendre que du cash lors de mes excursions de pokériste. C'est pour justement éviter de tout claquer», détaille la jeune femme. L'addiction peut devenir très forte. Mouna est assez représentative de ce fléau nommé poker qui s'est répandu en un rien de temps dans les grandes villes du royaume. Après avoir séduit les jeunes entrepreneurs ambitieux aimant fricoter avec le danger, les grands patrons mégalomanes, les héritiers branchés, les seniors profitant d'une retraite confortable, ou encore les MRE aux pratiques ostentatoires, le poker s'est démocratisé. Représentant à lui seul un nouveau mode de vie, un signe extérieur de richesse, il a fait des adeptes parmi de nombreux cadres trentenaires ou quadras. «Ces joueurs n'ont pas les moyens de jouer et misent tout leur salaire sur le tapis vert», ajoute Mouna, qui malgré un penchant incontestable pour le poker semble rester lucide. Son inquiétude est d'autant plus grande qu'un de ses amis, à peine la vingtaine, a tout laissé tomber (études, famille, entourage), avec la certitude de se «refaire au poker». Pour lui, les cartes sont jouées, il a complètement gâché son avenir.
Mazagan, chef-lieu de la pokermania
La poussée des casinos un peu partout dans le royaume n'est pas étrangère à cette fièvre du poker qui a pris de court les Marocains. Que ce soit l'Atlantic Casino à Agadir, le Mövenpick de Tanger, Es Saadi de Marrakech ou, plus récemment, le casino Mazagan, tous font des mains et des pieds pour attirer le chaland. Le Texas Hold'em est désormais partout et les tournois professionnels se multiplient, à l'exemple de l'Open poker de Marrakech ou des French et European poker tours du casino Mazagan.
Inauguré en octobre 2009 en présence du chanteur et ex-champion du monde de poker, Patrick Bruel, le casino du Mazagan Beach Resort, à El Jadida, est le nouveau rendez-vous de la jet-set casablancaise. En quelques mois, ce casino s'est transformé en une gigantesque trappe à souris. Tous les players et gamblers du pays s'y donnent rendez-vous les 1er samedi du mois pour le Mazagan Poker Million - tournoi où le ticket d'entrée est à 22 000 dirhams- ou les Cash Games, des classiques de la maison où les mises (des jetons à valeur réelle) vont de 5000 à 50 000 dirhams. Rien que sur ces derniers, le casino s'offre des marges confortables à hauteur de 5% des mises de départ.
Dans le parking du complexe géant, un homme d'âge mûr sort de sa voiture avec quelques liasses de billets de 100 dirhams fraichement retirés de sa banque, qu'il range à l'abri des regards indiscrets dans les poches de sa veste, pour annoncer la couleur. Direction l'entrée principale. Sur les Billboards, la maison propose des passeports VIP pour les prestigieux tournois de Las Vegas, de quoi faire tourner la tête à plus d'un. A quelques pas, les tables des Cash Games, roulettes, et autres machines à sous se suivent. Les clients aussi, beaucoup d'étrangers, mais pour la plupart des Marocains. «Les joueurs préfèrent garder l'anonymat ici. Ils n'aiment pas être épiés pour des raisons culturelles et religieuses», nous confie discrètement un employé du casino. Les Marocains n'ont pas tous peur d'afficher leur vice au grand jour. Deux entrepreneurs malchanceux éjectés de la compétition semblent prendre les choses à la légère. Ils retentent leur chance aux Cash Games, mais rebelote, ils perdent, à nouveau, 10 000 et 12 000 dirhams. «On est résidents à l'année nous», s'amusent-ils. Avant d'ajouter : «D'habitude on claque beaucoup plus. Avez-vous entendu parler d'El Ouali qui a été plumé ici à Mazagan il y a quelques semaines». Non, mais il y a fort à parier qu'ils sont nombreux à vivre cela, et ce n'est pas le jeune Khalid, étudiant de 23 ans à l'allure frêle, qui dira le contraire. «Je suis tout simplement accro au poker, je ne m'en cache pas. Ca fait huit soirs d'affilés que je viens. Cette fois je n'ai joué qu'aux Cash Games, mais la semaine dernière je suis reparti avec 18 000 dirhams.», s'enorgueillit-il. Et lorsqu'on lui demande d'où lui vient l'argent il fait profil bas en répliquant : «J'ai des parents aisés, mais par contre ils sont loin de se douter que je mise mes thunes au poker».
Coke, sexe et tournois
Khalid fait partie de ces jeunes qui après avoir gagné une ou deux fois au poker lors de soirées entre amis ou sur internet a décidé de passer à un stade supérieur : les casinos. Dans ces hauts lieux du «9mar» les choses prennent une autre tournure. Stress psychologique, intimidation, et bluff en série rythment les parties de poker réelles. Et même si les enjeux financiers sont de taille, les désillusions aussi. Khalid court aussi après ces soirées privées de Casablanca, dans des villas ou des locaux loués pour l'occasion par des anciens joueurs professionnels de poker qui se recyclent dans l'évènementiel, en toute illégalité. Là encore, il y a de l'argent à se faire. Les organisateurs, toutes charges comprises (croupiers professionnels payés 4000 dirhams la soirée, traiteurs dernier cri, et préparations en tout genre), repartent avec un sacré pactole. «Dans ces soirées, pas d'argent, pas de poker. Les sommes en jeu sont incroyables. Il s'agit de millions, raconte le jeune casaoui, fidèle de ces rencontres. Ce sont des réseaux selects qui organisent de gros tournois de poker. Quand les flics font une descente, l'organisateur donne une petite enveloppe d'argent ni vu ni connu.» Lors de ces fameuses soirées privées, il n'est pas rare de rencontrer quelques masseuses proposant des extras, de l'alcool à foison, cannabis et autres drogues. «Les joueurs sont déjà drogués au poker, le reste n'est qu'accessoire. Il faut les voir lors des soirées et des tournois. Au début ils arrivent les poches pleines d'argent, mais lorsqu'ils n'ont plus rien en fin de soirée ils mendient pour pouvoir continuer de jouer, quitte à se ruiner encore plus, tant qu'ils ont leur dose», déplore Mouna.
1 500 000 DH à gagner !
Retour à Mazagan, au fond du casino. Cinq tables sont rassemblées. Une cinquantaine de participants âgés de 25 à 65 ans, des hommes majoritairement, se livrent bataille pour le butin final. Ce soir, la cagnotte est gonflée à bloc : 1 500 000 dirhams. Dix concurrents se partageront le lot, avec 30 % des gains pour le premier et 20% pour le second, etc... El Ahlou, retraité fassi, est sur son trente-et-un. Affalé sur une des tables, ce fidèle client du casino carbure au café et collectionne les jetons de poker qu'il a amassés depuis le début du tournoi. Le grand favori de la compétition est venu avec sa progéniture qui gît à une table un peu plus loin. «Le poker reste peu profitable pour notre casino. Il existe un intérêt financier indéniable, mais c'est davantage un club social avec un sentiment d'appartenance, de défi personnel lors des tournois», nous déclare Robert Brassai, directeur du casino. C'est oublier de mentionner les rumeurs sur le suicide supposé d'un joueur compulsif ruiné au casino.
Minuit passé, la partie touche à sa fin. Huit autres joueurs sont repartis avec leur butin. Deux retraités s'affrontent en face à face. El Ahlou prend une petite pause et accourt vers le directeur du casino pour négocier une chambre qu'il espère obtenir grâce aux «points poker fidélité» qu'il a accumulés lors de ses précédentes virées à Mazagan. Stratégie marketing ? Attrape-nigauds ? Ou simple technique d'usurier ? La recette plait en tout cas aux accros et au casino qui voit les gains remisés dans son enceinte. Notre retraité surexcité sortira grand vainqueur du tournoi où il empochera la coquette somme de 460 000 dirhams, butin qu'il s'empressera de rejouer dans le même casino. «Jamais je n'aurais cru que les Marocains puissent claquer autant d'argent dans les casinos», prête-t-on à Sol Kerzner, propriétaire des lieux. Il peut se frotter les mains.
Nabil Hajji
2007 Le Maroc, autre victime
Le poker s'empare des Marocains, jeunes et seniors, hommes et femmes. Véritable nouveau business, ce jeu déchaine les passions et attire tous les jours de nouveaux adeptes, misant chaque jour plus gros. La diversité des sites de poker online, à l'instar des Planet poker, Paradise poker et autres Poker stars n'a fait qu'entretenir le phénomène. Le premier forum internet marocain entièrement consacré au poker est créé par Othmane Kejji, un jeune joueur. Des soirées privées commencent à être organisées aux quatre coins du pays.
2008 1er tournoi à Marrakech
La ville ocre s'offre le premier tournoi d'envergure nationale, en réponse à l'engouement de toute une société. Le Marrakech open poker, organisé au casino Es Saadi, reçoit les figures emblématiques de la scène poker, et devient le rendez-vous incontournable des inconditionnels marocains. Devant le succès, le casino organisera de multiples nouveaux tournois, avec un marketing agressif (soutenu par la présence de stars du poker) et une diversité d'offres qui bat son plein en saison estivale.
2009 Mazagan, poker de luxe
En octobre, annoncé en grande pompe depuis quelques années, le casino du Mazagan Beach Resort est inauguré à El Jadida. De nombreuses personnalités du poker et de la jet-set internationale sont présentes lors de cette ouverture. Plus proche de Casablanca, le casino de Mazagan devient rapidement un haut lieu des aficionados du poker. Sa clientèle est composée à 90% de riches casaouis.
2010 Las Vegas, façon marocaine
Annoncé depuis quelques années déjà, le projet touristique «Mansour lake city» dans la ville de Ouarzazate, devrait accueillir quelque 4 casinos dans un complexe idyllique pour les accros des jeux de hasard, et plus particulièrement du poker. Les grandes manœuvres devraient commencer prochainement, espérant faire de cette région LA nouvelle destination des joueurs marocains et étrangers.
Poker online. La ruée vers l'or
Le poker sur Internet est un passage (presque) obligatoire pour les férus du jeu. Tout commence par une période d'entraînement sur les sites de Texas Hold'em, où les participants s'adonnent à des parties gratuites pour aiguiser leurs talents. Les novices peuvent se frayer, petit à petit, un chemin dans les classements des sites monnayables tels que Pokerstars, Paradise et Planetpoker. Su ces plateformes, il y a gros à gagner et toute la dimension psychologique et l'intimidation propres aux tables de poker s'estompent derrière l'écran. L'attrait de jouer en ligne réside aussi dans la rapidité avec laquelle les parties (et l'argent) défilent. Petit hic, les joueurs doivent absolument posséder un compte à l'étranger car ces pratiques sont interdites au Maroc. Nombre d'amateurs utilisent des comptes à l'étrangers de membres de la famille, d'amis ou juste d'associés par la méthode des cash-out, qui reverse à ce prête-nom un pourcentage des gains que le partenaire touche.


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