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La commanderie des croyants et la stabilité religieuse
Publié dans L'observateur du Maroc le 25 - 10 - 2012

Ahmed Raïssouni est un théologien, mais aussi un membre influent du Mouvement unicité et réforme (MUR), dont il a été président. Il vient d'accorder une interview au quotidien Al Massae où il développe, avec prolixité, ses idées sur des sujets sociétaux tels que la liberté de conscience, l'avortement ou encore la rupture du jeûne en public pendant le mois du Ramadan. Mais le point qui risque d'être le plus controversé, c'est sa position sur la gestion du champ religieux.
Il l'a qualifiée d'absolutiste, parce qu'au nom d'Imarat Al Mouminine, le Ministre des Habous ne dépend pas du Chef du Gouvernement, que ce sont les rapports des services et non la compétence qui influent sur les choix des conseils des Oulémas et qu'in fine, selon lui, ce sont des fonctionnaires qui gèrent le champ religieux et son patrimoine et non pas les Oulémas compétents. Il va plus loin en affirmant que le «rite malékite, socle de l'unité religieuse, est égorgé chaque jour».
Ahmed Raïssouni avait déjà suscité une controverse en s'attaquant à la commanderie des croyants. Controverse qui a abouti à son départ en Arabie Saoudite pour quelques années. Cette fois, espérons un débat plus serein, mais sérieux et déterminé, parce qu'«Imarat Al Mouminine» est un facteur essentiel de la stabilité du pays. Quand Raïssouni soutient que «la gestion du champ religieux est la même depuis des siècles », il prêche contre sa propre paroisse. C'est justement parce que l'institution monarchique a le monopole du champ religieux que le Maroc a pu éviter toutes les convulsions, à caractère religieux, qu'a connu, au fil de l'histoire, la sphère arabo-musulmane.
Si cette institution n'existait pas, la bataille entre les Zaouias à la fin du 19ème siècle aurait pu dégénérer en guerre qui aurait disloqué le Maroc. Aujourd'hui, alors que le pays est traversé par des courants comme le wahhabisme, le chiisme et que des hérésies apparaissent ici et là, il est fondamental que l'hégémonie, le monopole religieux, reste aux mains du Roi, de l'institution monarchique, garante de l'unité autour du rite malékite. La constitution du 1er juillet consacre ce principe et ce rôle. Or, elle a été plébiscitée par l'ensemble des forces vives de la nation, y compris le PJD et le MUR dont Raïssouni est un dirigeant. Sa nouvelle déclaration est totalement hors de propos alors que lui-même reconnait que les sujets sérieux, ceux relatifs à la dignité des citoyens, ne manquent pas. La critique faite au conseil des Oulémas est injuste.
Ces derniers se prononcent en toute liberté, parfois contre les positions officielles, sur les questions qui sont de leur ressort. Ce que Raïssouni propose en fait c'est l'idéologisation du champ religieux en faveur de l'Islam politique. De livrer ce champ à ses amis, mais aussi aux wahhabites et aux salafistes jihadistes. Cela ne pourrait conduire qu'à une anarchie puisque chaque tendance considère qu'elle a le monopole de la bonne interprétation de l'Islam. Depuis quatorze siècles, les Marocains n'ont pas connu de guerres de religion grâce au monopole du Roi, y toucher c'est jouer avec le feu?


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