Invité de l'émission Yes We CAN, l'expert malien en marketing et management sportifs Makan Magassouba estime que la CAN 2025 consacre le Maroc comme un acteur central du sport business africain et révèle un modèle de développement fondé sur l'anticipation, l'infrastructure et le soft power. « La CAN est d'abord une fête africaine », rappelle t-il. Une fête populaire, culturelle et émotionnelle, qui rassemble tous les deux ans des millions d'Africains autour d'une passion commune. Mais cette dimension symbolique n'exclut plus la réalité économique. Bien au contraire. Pour l'expert, la Coupe d'Afrique des Nations est désormais un produit économique à part entière. Sponsors internationaux, partenaires institutionnels, ayants droit télévisés, plateformes numériques : la CAN s'est imposée comme l'une des compétitions les plus suivies au monde, juste après la Coupe du monde et le Super Bowl. « La CAN est aujourd'hui la première source de revenus de la Confédération africaine de football. C'est elle qui permet de financer les autres compétitions et de soutenir les fédérations nationales », souligne-t-il. Cette montée en puissance explique aussi les débats récurrents sur son calendrier, souvent disputé entre intérêts africains et européens. Preuve, selon Magassouba, que la CAN a trouvé sa place dans l'écosystème mondial du sport. Impact immédiat et multiple Pour le Maroc, l'impact est immédiat et multiple. Le premier levier reste le tourisme. La CAN a permis à des milliers de supporters africains et internationaux de découvrir – parfois pour la première fois – le Royaume. « Beaucoup de personnes n'avaient jamais visité le Maroc. La CAN leur a donné envie de revenir, de découvrir Agadir, Tanger ou d'autres régions », observe l'expert. Au-delà de l'afflux ponctuel, l'événement agit comme un déclencheur durable : image positive, hospitalité, gastronomie, infrastructures. Autant de facteurs qui renforcent l'attractivité du pays sur le long terme. Mais la CAN 2025 joue aussi un rôle stratégique : celui de répétition générale avant la Coupe du monde 2030. « S'il restait encore des doutes, le Maroc a démontré qu'il est prêt, qu'il peut dignement représenter l'Afrique après l'Afrique du Sud en 2010 », affirme Magassouba. Des retombées durables, pas conjoncturelles Contrairement à d'autres pays hôtes, où les bénéfices s'estompent rapidement, le Maroc s'inscrit dans une logique de long terme. « Les retombées sont durables parce que le Royaume a une vision », insiste l'expert. Cette vision s'est construite sur plusieurs décennies : diplomatie sportive active, montée en puissance des clubs, accueil régulier de sélections africaines, investissements continus dans les infrastructures. Résultat : le Maroc est devenu l'épicentre du football africain. « Quand une sélection a un problème, c'est naturellement vers le Maroc qu'elle se tourne », constate-t-il. Hôtels pleins, transports fluides, stades modernes, pelouses impeccables malgré les intempéries : autant d'éléments qui ont surpris les observateurs internationaux et renforcé la crédibilité du Royaume. Un modèle pour l'Afrique La réussite marocaine ne passe pas inaperçue. Les futurs pays hôtes de la CAN – Kenya, Ouganda, Tanzanie – sont déjà venus s'imprégner de l'expérience marocaine. « Le Maroc met souvent ses infrastructures à disposition d'autres équipes africaines, au nom de la solidarité et de la coopération Sud–Sud », rappelle Magassouba. Cette approche collaborative fait de la CAN un outil de soft power. Grâce à une couverture médiatique massive, à l'implication des influenceurs, aux road trips panafricains et à la mobilisation des marques, l'événement transforme l'image du pays hôte bien au-delà du sport. Vers une véritable industrie sportive africaine Pour Makan Magassouba, la CAN contribue à structurer une industrie sportive africaine émergente : agences de marketing, organisateurs d'événements, prestataires techniques, imprimeries, gestionnaires de stades. «Le football ne se limite pas aux 22 joueurs sur la pelouse. Il y a des dizaines de métiers autour », insiste-t-il. Jardiniers de pelouse, techniciens LED, managers de stades, experts en communication : autant de profils qui offrent des perspectives concrètes à la jeunesse. À condition, prévient-il, d'investir massivement dans la formation et l'éducation spécialisée. Au final, la CAN 2025 dépasse le cadre marocain. « La réussite du Maroc est la réussite de l'Afrique », résume Makan Magassouba. En organisant une compétition continentale sans incident majeur, avec un niveau d'exigence international, le Royaume envoie un message fort : l'Afrique est capable, crédible et ambitieuse.