Le Maroc marque un nouveau pas vers une ouverture encadrée de sa réglementation des changes avec l'entrée en vigueur de l'Instruction Générale des Opérations de Change 2026 (IGOC 2026). Présentée mardi 17 février 2026 à la Confédération Générale des Entreprises du Maroc (CGEM) par Driss Benchikh, directeur général de l'Office des Changes, cette réforme vise à simplifier, assouplir et rendre plus lisible le cadre légal des opérations en devises pour les entreprises marocaines et les investisseurs étrangers. Une réforme structurée et progressive L'IGOC 2026 s'inscrit dans la stratégie 2025-2029 de l'Office des Changes, centrée sur la clarification, la prévisibilité et l'accessibilité de la réglementation. La réforme prévoit notamment la suppression des listes limitatives de services importables, la réduction des documents exigés et un transfert de certaines responsabilités vers les entreprises et les banques. Ce passage d'un régime d'autorisation à un régime plus déclaratif traduit la volonté des autorités de responsabiliser les opérateurs tout en maintenant un contrôle a posteriori. Selon Benchikh, ces mesures permettront de sécuriser la trajectoire vers une convertibilité élargie du dirham, conditionnée par la stabilité macroéconomique. Le Maroc dispose aujourd'hui de marges de manœuvre confortables : les réserves de change couvrent plus de six mois d'importations, et les flux liés au tourisme, aux transferts des Marocains résidant à l'étranger et aux investissements directs étrangers constituent autant d'amortisseurs face au déficit commercial structurel. Des leviers concrets pour les entreprises L'IGOC 2026 introduit des ajustements ciblés pour faciliter l'internationalisation des entreprises. Les dotations en devises pour voyages d'affaires sont relevées, les startups peuvent désormais investir à l'étranger dès leur création avec un plafond annuel de 10 millions de dirhams, et les instruments de couverture contre les risques de change, de taux et de matières premières sont étendus jusqu'à 100 % des expositions éligibles. De même, les investisseurs étrangers peuvent transférer plus librement les revenus de leurs investissements et inclure des clauses de garantie d'actif et de passif dans les contrats de cession. Ces mesures s'accompagnent d'une plateforme numérique, "OC E-Rendez-vous", visant à simplifier la prise de rendez-vous et l'accès aux services de l'Office des Changes, ainsi que d'efforts de formation de l'écosystème pour permettre une application optimale des nouvelles règles. Une réforme saluée mais à consolider Pour la CGEM, représentée par son président Chakib Alj, l'IGOC 2026 est un signal positif en faveur de la compétitivité et de l'internationalisation des entreprises marocaines. Elle constitue un outil pour accompagner la dynamique exportatrice et les investissements directs étrangers, mais devra s'accompagner d'une clarification supplémentaire du cadre juridique, notamment en matière de contrôle, de contentieux et de sanctions, pour assurer sécurité juridique et confiance. En résumé, l'IGOC 2026 combine libéralisation progressive, simplification administrative et renforcement de la compétitivité, tout en restant encadrée par les fondamentaux macroéconomiques du pays, dans une logique de soutien à l'internationalisation des entreprises et à l'attractivité du Maroc.