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Approvisionnement en vaccins anti-Covid-19 : où en est-on ?
Publié dans L'opinion le 21 - 10 - 2020

Le ministre de la Santé a récemment déclaré que le Maroc serait sur le point de recevoir 7 millions de doses du vaccin d'Astra Zeneca, suivis de 13 millions supplémentaires au début de l'année prochaine. C'est ce que nous confirme le Dr Samir Machour, Vice-Président Senior et membre du Comité de Direction du géant sud-coréen Samsung Biologics.
- Un mémorandum d'entente pour acquérir le vaccin anti-Covid-19 a été signé en votre présence, en septembre dernier, entre le Maroc et la société R-Pharma. Comment avez-vous préparé ce projet ?
- Le Maroc avait (et a toujours) deux options pour se procurer les vaccins Covid-19. Vu la demande et l'offre et en sachant que la capacité de fabrication au niveau mondial ne couvrait pas plus de 20% de la population, il fallait réfléchir à unemanière ‘'directe'' d'approvisionnement. La première option aurait été d'approcher et de négocier avec l'OMS, le CEPI (Coalition for Epidemic Preparedness Innovations), et le réseau Covax (Gavi, CEPI et OMS ensemble) un approvisionnement en vaccins anti-Covid-19. Cette première option nous aurait garanti des vaccins pour probablement la mi-2021. Cette option n'était pas viable à court terme vu les conséquences de la pandémie sur notre pays. Nous avons accéléré la première option, dans laquelle j'ai eu effectivement un rôle moteur de par mon expérience et mes relations au niveau pharmaceutique mondial, tout en gardant la porte ouverte à toutes les autres options. Accélérer la première option voulait dire, conjointement avec le ministère de la Santé, négocier tous les détails de cet approvisionnement directement avec Astra Zeneca et avec R-Pharm, le fabricant sous licence du vaccin en Russie.
- Où en est-on avec R-Pharm et l'approvisionnement en vaccins ?

- Nous sommes, au Maroc, le premier pays qui a pu signer une Entente d'Approvisionnement du vaccin d'Astra Zeneca en Afrique, au Moyen Orient et en Europe de l'Est, pays couverts par R-Pharm. Nous serons également le premier pays livré par R-Pharm cette année, une fois le vaccin approuvé par les autorités de Santé russes et marocaines, et une fois, bien sûr, qu'il aura démontré son efficacité.
Le Maroc, comme vous le savez déjà, a signé un accord d'entente avec R-Pharm en présence de plusieurs ministres du gouvernement. J'y ai également participé. La prochaine étape serait de signer le contrat d'approvisionnement avec un peu plus de détails sur les volumes. Cet accord est en cours, et je pense qu'il sera signé dans les prochains jours. La troisième étape serait d'approuver de part et d'autre, entre le ministère de la Santé et R-Pharm, le Contrat Qualité et le Contrat Pharmacovigilance. Ces deux derniers contrats sont également en cours de révision. Une fois le Contrat d'approvisionnement signé, nous aurons une idée plus précise sur les dates d'approvisionnement du vaccin en 2020 et en 2021. Je pense que l'on aura finalisé tous ces contrats au plus tard au début de décembre (en parallèle avec l'approvisionnement).
- Pourquoi avez-vous ciblé le vaccin d'Astra Zeneca en priorité et pas ceux développés par d'autres entreprises ?
- Il n'y a pas de « préférence » pour un vaccin ou un autre. Les 7 vaccins aujourd'hui en phase 3 (Sinovac, Sinopharm, CanSino, Astra Zeneca, Moderna, Pfizer et Johnson & Johnson) utilisent pour certains des plates-formes de développement différentes. Chacune a une « manière » d'attaquer, de ralentir ou d'affaiblir le virus et de l'empêcher de se répliquer. Le Maroc a choisi, comme beaucoup de pays, de diversifier son approvisionnement en vaccins anti-Covid. C'est ce que nous avions fait en garantissant
un approvisionnement chez Astra Zeneca en plus de celui de Sinopharm. L'avantage du vaccin d'Astra Zeneca, en plus des résultats cliniques à ce jour, est qu'il ne crée pas de complications additionnelles en termes de logistique et de chaîne de froid. Le vaccin d'Astra Zeneca peut être stocké entre 2 et 8 degrés Celsius comparé aux vaccins de Moderna et de Pfizer, qui le sont respectivement à -20 et -70 degrés Celsius. Nous n'avons au Maroc aucune pharmacie capable de stocker un vaccin à -70 degrés Celsius et probablement même pas à - 20 degrés Celsius.
- Et qu'en est-il du conditionnement du vaccin d'Astra Zeneca ?
- Le vaccin sera conditionné en arrivant au Maroc, en accord avec les règlements du ministère de la Santé, et plus particulièrement ceux de la DMP. Le ministère de la Santé décidera de la stratégie et de la logistique de distribution et bien sûr de la stratégie de vaccination. Il n'est pas prévu que le Maroc réalise le conditionnement du vaccin d'Astra Zeneca. Nous l'aurions même voulu, ce sont des activités qui prennent du temps à se mettre en place. Et nous n'avons pas le temps.

- Le vaccin d'Astra Zeneca est-il en concurrence avec celui chinois, actuellement testé au Maroc, et avec les autres en cours de développement en Russie ou en Amérique ?
- Nous ne pouvons pas parler de concurrence entre les vaccins surtout qu'aujourd'hui, il n'y a aucun vaccin dans le monde qui a été approuvé contre le Covid-19 en tant que produit commercial. Il y a encore beaucoup d'inconnues concernant tous les vaccins en cours de phase clinique 3, notamment la durée de leur immunité, les effets secondaires dans le temps, etc. Comme je l'ai dit tout à l'heure, le Royaume, sous l'égide de Sa Majesté le Roi, que Dieu le protège, a choisi la bonne stratégie : diversifier son approvisionnement, technologiquement et géographiquement, et surtout le faire assez vite. Je suis fier d'avoir pu y participer et encore plus de l'avoir fait en tant que Marocain.
- Est-il possible de le produire localement au Maroc ?
Nous ne possédons pas au Maroc, pour le moment, l'infrastructure prête pour fabriquer des vaccins pour usage humain de A à Z sur place. Nous ne pouvons pas fabriquer le vaccin anti-Covid-19 aujourd'hui au Maroc. Et même si nous le pouvions, le transfert de technologie vers le Maroc prendrait probablement un an à 18 mois au moins avant de fabriquer les premiers lots de vaccins. Ce n'est donc pas possible. Ce que l'on pourrait faire aujourd'hui, en supposant que nous avons la capacitéen volume pour le faire, c'est le conditionnement en flacons ou en seringues préremplies des vaccins que l'on importerait en vrac.
- D'autres accords sont-ils en cours de négociation ?
- Tout le monde, je pense, comprendrait que vu les incertitudes sur les volumes existants et surtout vu la demande et l'offre de vaccins anti-Covid- 19, les deux accords signés entre le Maroc et Sinopharm, d'un côté, et R-Pharma, d'un autre, ne seraient probablement pas suffisants sur le long terme. Sans vous dévoiler quoi que ce soit en ce moment, au moins de mon côté en tant que citoyen responsable, je ferais tout ce que je peux afin d'aider mon pays à se procurer tout le volume de vaccins dont il aura besoin et dans la continuité, aujourd'hui et dans le futur. Et je le ferai en travaillant avec les autorités marocaines.

Recueillis par
Safaa KSAANI
Portrait
Un parcours brillant et sans faute
Pour ce Marocain expatrié depuis plus de 40 ans, le Maroc est certes loin des yeux, mais toujours près du coeur. Véritable globetrotter, Samir Machour a travaillé sur presque tous les continents. Il a occupé, pendant plus de 30 ans, d'importants postes de responsabilité au sein des plus grandes firmes pharmaceutiques et biotechnologiques mondiales dont GSK, Johnson & Johnson, Pfizer et maintenant Samsung Biologics.
Avant de rejoindre le géant coréen Samsung Biologics, dont il est, depuis 2019, Senior vice-président et membre du Comité Exécutif en Corée du Sud, Samir Machour était vice-président et membre du Comité Exécutif de la division Pharma et Biotech de Lonza, le géant suisse de la pharmacie, où il a été l'artisan, en 2016, de l'acquisition de la firme américaine Capsugel, à 5,5 milliards de dollars. En 2018, il a été classé dans le Top 50 des leaders mondiaux de la santé. Au-delà de ses activités industrielles, Samir Machour est également le fondateur de l'ONG Executives Without Borders, connectant les milieux industriels avec les associations à but non lucratif.
Diplômé de la Medical School de Harvard et de la Harvard Kennedy School of Government, en plus d'avoir décroché une maîtrise en physique nucléaire de l'Université Concordia (Canada), Samir Machour a fait ses études dans sa ville natale, Rabat, au lycée Hassan II, avant de rejoindre le lycée Tarik Ibnou Ziad à Azrou.
Repères
Le 18 septembre
Le ministre de la Santé, Khalid Ait Taleb, a procédé, en visioconférence, le 18 septembre dernier, à la signature d'un mémorandum d'entente pour l'acquisition de vaccins contre le Covid-19 produits par la société russe R-Pharm, sous licence du groupe anglo-suédois Astra Zeneca, basé à Oxford. Ont participé à cette cérémonie de signature, le ministre de l'Intérieur, le ministre délégué auprès du ministre de l'Intérieur, le ministre de l'Economie et des Finances, en présence du Dr Samir Machour, depuis la Corée du Sud.
L'industrie pharmaceutique marocaine en quête d'un vrai essor
Champion régional et continental du façonnage, le Maroc pourrait rapidement franchir d'autres paliers de la très florissante industrie pharmaceutique. Notamment en misant sur la Recherche et le Développement. "Nous avons construit depuis 1949, et bien avant, beaucoup d'autres pays, toute une infrastructure pharmaceutique au Maroc. Ce qu'il nous faut aujourd'hui, c'est de passer à la vitesse supérieure, et de construire ensemble un champion marocain de la Pharmacie avec comme marché le Sud et le Nord. On ne peut pas avancer sérieusement dans cette direction si on ne remet pas en cause ce qui nous a fait réussir aujourd'hui, et ce dont on a besoin pour réussir demain. Cela inclut une réflexion profonde sur nos universités, notre recherche et développement, notre infrastructure industrielle et également nos structures règlementaires. Je pense, et je le dis par expérience, et également après en avoir récemment parlé avec tous les interlocuteurs, au gouvernement, et avec les patrons de l'industrie pharmaceutique et les Universités, que le Maroc est prêt aujourd'hui (et d'ailleurs il n'a pas le choix) à se dépasser et devenir une plaque tournante dans la recherche, le développement et la fabrication de produits biotechnologiques dans le monde. Ce n'est pas un rêve. C'est un objectif. De mon côté, je suis prêt à aider mon pays si on me sollicite », affirme le Dr Samir Machour.


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