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Espagne : la « Morophobia » refait surface
Publié dans L'opinion le 01 - 07 - 2021

Face aux attaques racistes contre des citoyens d'origine marocaine, attisées par l'effet de la crise diplomatique entre les deux pays, les manifestations et les signes de solidarité se multiplient en Espagne.
L'Histoire de l'Espagne est émaillée d'épisodes de racisme, de xénophobie ou encore de haine religieuse, les Marocains ou les « Moros », comme les Espagnols les appellent, ont toujours été parmi les plus visés de la Reconquista à nos jours. Une tendance qui semble ressurgir exacerbée par les déclarations à l'emporte-pièces des partis comme VOX souhaitant capitaliser sur la crise en cours entre Rabat et Madrid.
Des attaques contre des Marocains à Murcie et Carthagène, commis durant ce mois de juin, ont ainsi réactivé le spectre du racisme. En réaction, le gouvernement espagnol n'a eu qu'une réponse timide qui s'est traduite par une tentative de minimisation de ces agressions. Cette situation peut s'expliquer d'abord par l'inquiétude de notre voisin ibérique des répercussions de ces actes xénophobes sur sa réputation internationale, alors qu'il est déjà pointé du doigt sur la question par différentes ONG internationales, puis, ensuite, par le souci de sauvegarder son image en tant que destination touristique prisée par les Marocains et d'autres touristes d'origine arabe.
Flambée de racisme contre les Marocains
« La multiplication d'actes racistes dans la durée d'une ou deux semaines envers les Marocains dans notre région inquiète tout le monde. Moi personnellement, je suis né en Espagne, j'ai la nationalité espagnole et pourtant je ne me sens plus en sécurité », déclare Hassan, épicier d'origine marocaine dans la ville de Murcie. Dans cette région qui abrite plus de 222.000 immigrés, les Marocains viennent en tête de liste, ce qui augmente leur visibilité et leur risque d'être victimes de racisme.
En effet, les actes racistes envers les Marocains se multiplient et touchent toutes les catégories de migrants, qu'ils soient en situation régulière, irrégulière, travailleurs saisonniers ou même des mineurs non accompagnés.
Le 5 juin, Moumen Koutaibi a été agressé par un collègue sur son lieu de travail. L'agresseur, ex-collègue de Moumen, avait été licencié le jour-même, parce que son rendu était jugé faible par rapport à celui du « Moro ». Le salarié licencié aurait poursuivi le Maroco-Espagnol « sans dire un mot », avant de l'attaquer avec une barre de fer. La police n'a pas encore indiqué si le mis en cause a été arrêté ou non. La gravité de son état a nécessité une opération mais la famille du jeune mécanicien automobile de 22 ans reste inquiète pour son pronostic vital.
Une semaine après, c'est Youness Blal, Marocain âgé de 39 ans, qui se trouvait avec des amis sur la terrasse d'un bar quand le meurtrier présumé, ancien membre de l'armée espagnole, a fait irruption dans l'établissement. En état d'ébriété, il s'est mis à proférer des propos racistes envers les Marocains en les menaçant de mort avant de quitter le bar. Puis dans la soirée, il y est revenu muni d'une arme à feu avant de tirer à bout portant trois balles sur Youness. La victime a rendu l'âme, malgré les soins dont il a bénéficié aux urgences. L'agresseur a par la suite été arrêté par la police et placé en détention. La Fondation CEPAIM pour la coexistence et la cohésion sociale en Espagne a comparé ce crime au cas de George Floyd, aux Etats-Unis.
Les travailleurs saisonniers se sont trouvés également victimes de racisme, de violences et même d'harcèlement et de viol. La crise pandémique a mis en lumière cette situation critique. Selon le quotidien français Le Monde, les saisonniers ont été à l'origine de plusieurs clusters durant le pic de la crise pandémique, vu qu'ils ne disposaient pas des conditions de travail adéquates et qu'ils n'ont pas réussi à avoir un logement décent à cause du racisme.
D'ailleurs, une étude du Conseil de la communauté marocaine à l'étranger (CCME) réalisée en collaboration avec l'Institut international d'études d'opinion (IPSOS), a montré que pour les jeunes marocains installés en Espagne, 50% peinent à trouver un logement et plus de 59% rencontrent des difficultés à trouver un emploi.
Les politiciens attisent l'animosité contre les Marocains
Avant d'être un acte individuel, le racisme demeure un résultat de la culture, de l'éducation et des idéologies politiques et médiatiques véhiculées dans le pays. Les discours, slogans et caricatures racistes, portés par quelques politiciens, surtout ceux de droite et d'extrême droite, peuvent augmenter l'hostilité à l'égard des Marocains en Espagne.
En réaction aux crimes survenus, ce n'est qu'après quelques jours que le président régional de Murcie, Fernando López Miras (PP), est sorti de son silence pour exprimer sa « préoccupation face à toutes ces agressions aux connotations racistes ». Le parti Vox, par ailleurs désireux d'agrandir sa base de votants, a vu la crise entre Rabat et Madrid comme une aubaine, multipliant les sorties xénophobes depuis son secrétaire général, jusqu'aux représentants du parti dans les gouvernements autonomes, notamment en Andalousie ou dans les villes occupées de Sebta et Mellilia.
La déléguée du gouvernement espagnol (équivalent de Wali) à Sebta, Salvadora Mateos, n'a pas hésité à demander aux habitants de Sebta, toute honte bue, « à ne pas donner à manger aux mineurs marocains dans les rues ». La déléguée, selon la presse locale, a choisie d'esquiver sa responsabilité de chercher des solutions et a aggravé le problème en refusant la solidarité sociale et internationale et en prônant des valeurs xénophobes et racistes.
Une vague d'indignation contre ce racisme
Le vendredi, une manifestation s'est tenue à l'appel de la Plateforme Stop Racisme à Murcie, pour dénoncer l'instrumentalisation de l'extrême droite sur les questions migratoires et la montée des violences racistes. Dans son appel à manifester, la structure a estimé « nécessaire et impératif qu'une loi globale contre le racisme voit le jour ». Un autre rassemblement s'est tenu le dimanche à Carthagène. Alors que le droit de tous à l'égalité devant la loi et à la protection contre la discrimination est un principe fondamental de toute société démocratique, le racisme est un fléau qui continue de cibler les Marocains en Espagne.

Hiba CHAKER

El Ejido : flash-back sur des émeutes racistes
Suite au meurtre d'une Espagnole imputé à un jeune marocain déséquilibré, la ville andalouse d'El Ejido, dans la province d'Almeria, a connu de graves émeutes racistes dirigées contre les ouvriers maghrébins travaillant dans les serres. Durant trois jours de ratonnade, les 5, 6 et 7 février 2000, quelque 56 blessés ont été enregistrés à la suite des affrontements et attaques dont les Maghrébins ont été victimes. Les émeutiers ont saccagé tous leurs commerces, incendié leurs voitures, dévasté leurs mosquées, etc.

CCME : jeunes marocains en Europe
Le Conseil de la communauté marocaine à l'étranger (CCME) a réalisé une enquête sur la jeunesse marocaine immigrée en Europe, en partenariat avec l'Institut international d'études d'opinions. L'échantillon est constitué de 1433 jeunes marocains, âgés de 18 à 35 ans, résidant dans 6 pays européens : France, Espagne, Italie, Belgique, Pays Bas et Allemagne. Globalement, les jeunes marocains ont plus de difficultés que les jeunes des autres pays à trouver un travail ou un logement, avec, respectivement, un taux de 64% et de 57%. Par ailleurs, 42% trouvent des difficultés à pratiquer leur religion.
3 questions à Sabah Yacoubi
Au lieu de lutter contre les discriminations, le gouvernement opte pour la politique de l'autruche

Présidente de l'Association Marocaine des Travailleurs Immigrés ATIM _Murcie, Sabah Yacoubi a répondu à nos questions à propos de la montée du racisme envers les MRE en Espagne.
- Votre association a organisé une manifestation contre le racisme en Espagne suite au meurtre de Younes. Pouvez-vous nous décrire ce contexte marqué par la montée du racisme ?
- Le racisme a toujours existé, en Espagne, et partout dans le monde, mais à des degrés différents. Les propos racistes et haineux ont toujours sonné ici et là, mais c'est la première fois depuis 1992 qu'un crime si atroce se produise de la sorte. Les Marocains sont de plus en plus ciblés, puisque, comme on l'a vu, plus de 3 actes racistes se sont produits en l'espace de quelques jours.
- Quels sont les causes du racisme contre les Marocains en Espagne et comment peut-on expliquer sa flambée après la crise diplomatique ?
- Cette flambée n'est pas corrélée à la crise diplomatique entre les deux pays, puisque les acteurs de ces actes sont principalement des personnes qui appartiennent à la classe ouvrière qui ne suivent pas l'actualité mondiale mais qui sont influencés par les discours politiques de la droite. En effet, la montée de Vox, parti prônant un discours anti-immigration, à tendances racistes et haineuses, s'est accompagnée d'une augmentation du taux d'attaques racistes.
- Que fait Madrid pour protéger ces citoyens qui se trouvent sur ses territoires ?
- Le gouvernement espagnol est dans l'obligation de protéger tous les citoyens espagnols et les migrants installés sur son territoire sans discrimination. Toutefois, la réaction du gouvernement était discrète, presque inexistante. Que ce soit politiquement ou médiatiquement, l'Espagne a essayé de dissimuler ces actes pour protéger sa réputation internationale et donc son économie. Alors que l'Espagne souffre déjà, par exemple, des répercussions de son exclusion de l'opération Marhaba, le pays ne peut pas risquer de perdre plus en se faisant pointer du doigt par le racisme.
Les produits agricoles de la région Murcie par exemples ont déjà été boycottés par toute l'Europe en réponse aux conditions inhumains des travailleurs saisonniers. Au lieu de lutter contre les discriminations, le gouvernement opte pour la politique de l'autruche. C'est d'autant plus regrettable qu'il est urgent de mettre en place un véritable dispositif juridique pour protéger les citoyens et lutter contre les discriminations, le racisme et la xénophobie.

Recueillis par H. C.


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