Travail précaire : 1.500 infractions et 856 délits relevés dans les sociétés de gardiennage, de nettoyage et de restauration    L'opération de recensement relative au service militaire, du 2 mars au 30 avril    Benchemmach lance le "Manifeste du Maroc à une seule vitesse" pour "extraire les tumeurs de la corruption"    Holding Al Omrane affiche une progression de 9% de son chiffre d'affaires consolidé en 2025    Bourse de Casablanca : clôture dans le rouge    iPhone 17e : Apple mise sur la puissance accessible pour élargir sa gamme    Un datacenter d'AWS touché en pleine offensive iranienne aux Emirats    Deux décisions de Zoning pour entamer le processus de réforme de la gestion des pêcheries    futuREady, d'une Success story à un Success system    L'Iran met en garde les pays européens contre toute implication dans la guerre    Guerre au MO : l'ONU parle d'au moins 30.000 déplacés au Liban    Guerre au MO : les Émirats affichent une double préparation aussi bien militaire qu'économique    Nordin Amrabat absent trois semaines, le Wydad active un programme spécifique    Maroc : João Sacramento, ex-adjoint de Mourinho, pressenti pour intégrer le staff du futur sélectionneur    Al Ahly : Achraf Dari prêté au club suédois Kalmar FF jusqu'à l'été    L'administration d'Al Arjat 1 s'explique sur les conditions de détention de Ibtissam Lachgar    Le Maroc vit un nouvel épisode de perturbations avec pluies, neige et vents soutenus    Maroc–Belgique : vers un dialogue sécuritaire renforcé, incluant la sécurité spirituelle des MRE    Ramadán a través de la historia #4: Los Saadíes, del auge dorado al caos    CAN 2025 au Maroc : le bilan sécuritaire annonce 396 interpellations pour spéculation sur les billets    Casablanca : un trafiquant de chira et de "poufa" arrêté dans un cimetière du Hay Mohammadi    Service militaire 2026 : Lancement de l'opération de recensement    Bourita : «L'ambition est de positionner la Belgique parmi les dix premiers partenaires du Maroc»    Rapport du Parlement européen : 92% des retours des Iles Canaries vers le Maroc restent inexécutés    AACIS'26 : le Maroc au cœur de la coopération économique Sud-Sud    Guerre au Moyen-Orient : Un Marocain raconte sa frayeur en plein vol pour la Omra    Alerta meteorológica: Se esperan nieve, tormentas y fuertes vientos en varias regiones de Marruecos    Conflit Iran-USA : trois avions américains abattus « par erreur » par le Koweït    Dakar et Abidjan accélèrent leur intégration stratégique    Mehdi Ezzouate : "Le marché marocain a du potentiel, mais il reste encore en phase de maturation"    Racisme en Espagne : La FRMF exprime sa solidarité avec Omar El Hilali    Munir El Haddadi fuit l'Iran par la route via la Turquie    SGTM affiche des performances record en 2025    Enquête à Tanger sur des fraudes de visa espagnol suite à des documents falsifiés    FM6SS inaugure un Hub de Médecine de Précision pour transformer la prise en charge des maladies rares au Maroc    Décès de Boncana Maïga, monument de la musique africaine    Le site historique de Chellah s'illuminera avec les concerts Candlelight®    Casablanca accueille pour la première fois Magic Garden Light Festival    La 5G et la numérisation au cœur d'un partenariat prometteur entre le Maroc et la Finlande    Caftans au Maroc #2 : Le caftan de Fès, emblème d'un savoir-faire ancestral    Maroc : Naufrage d'un navire panaméen au large de Laâyoune    L'UE condamne les attaques iraniennes au Moyen-Orient    Sénégal : entre accusations dans la rue et demande officielle de grâce royale    Zakaria El Ouahdi au PSG : rumeur crédible ou simple observation de marché ?    Safi : Après les crues, la reconstruction et la revalorisation du patrimoine    Food Bladi, une immersion dans la gastronomie marocaine sur Medi1 TV    Christophe Leribault, nouveau président du musée du Louvre    L'Université Mohammed VI Polytechnique rejoint le réseau mondial APSIA    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.



Genévrier thurifère : Ce doyen des forêts confronté à de multiples dangers
Publié dans L'opinion le 04 - 07 - 2021

Arbre millénaire enraciné à des altitudes où il est le seul à pouvoir se maintenir, le genévrier thurifère est une splendeur de la Nature qui est menacée d'extinction. Visite du doyen des forêts marocaines.
Serpentant dans les routes forestières entre Azrou et Midelt, nous arrivons au détour d'un virage au plateau d'Aguelmane Sidi Ali. S'étendant devant nos yeux, le lac aux teintes bleutées renvoie les couleurs du ciel et les ombres de quelques arbres vénérables qui surplombent la plaine. Rugueux, tortillés et, surtout, multi-centenaires, plusieurs genévriers thurifères meublent des feulements de leurs branches, le silence lourd de cette radieuse après-midi d'été.
Contemplant ces doyens de la forêt avec respect, un de nos accompagnateurs, Abdelhak Amhaouch, naturaliste et fils de la région, pointe les genévriers du doigt : « Ils sont là depuis des lustres. Bien avant nous, nos grands-parents et leurs grands-parents avant eux ». Les genévriers thurifères sont manifestement des êtres d'un autre âge, fouissant leurs racines dans des sols rocailleux où il ne fait pas bon vivre, à des altitudes où aucune autre espèce d'arbre ne peut se maintenir. « De ces arbres dépend souvent la survie de plusieurs familles. Sans eux, certaines régions ne seraient plus habitées », explique Abdelhak Amhaouch.
Un arbre « palatable »
Pour comprendre le sens derrière l'assertion de notre interlocuteur, il serait pertinent de rappeler les paroles du grand botaniste Louis Emberger, qui soulignait en termes admiratifs, il y a plus de 80 ans déjà, le rôle social du genévrier thurifère : «Là où nos arbres renoncent à la conquête du sol, il est le seul à assurer pendant l'hiver la vie des montagnards aussi vaillants que lui. Il donne son bois pour le chauffage et la cuisine et son feuillage au troupeau. Lui seul retient encore les hommes dans les plus hauts villages du Grand-Atlas; il les empêche de désespérer et tant qu'il vivra, il y aura là-haut quelques foyers humains qui resteront fidèles à la montagne.
La mort du thurifère éteindrait bien des feux «. Comment se fait-il que le bétail mange les branches d'un arbre quand la neige ne permet plus aucune autre option ? « Bien que millénaire, le genévrier est un arbre palatable. C'est-à-dire que, contrairement à d'autres espèces, les troupeaux peuvent en manger des branches. C'est en même temps sa force et sa faiblesse », explique Abdelhak Amhaouch.
Les thuriféraies du Royaume
Sa force est donc sa longévité et son impressionnante capacité à résister au froid et à la sécheresse. Sa faiblesse en revanche est sa croissance très lente qui s'avère comme un handicap pour récupérer rapidement les branches que la hache lui arrive de tailler. En plus du surpâturage qui empêche les jeunes pousses de prendre le relai, les thurifères du Royaume vieillissent sans relève et se dépouillent peu à peu de leur majesté. « Les forêts marocaines de genévriers thurifères ne sont pas toutes dans le même état. Celle de Saghro est par exemple menacée et très attaquée par l'activité artisanale de fabrication d'outils en bois.
La thuriféraie à l'Ouest de Jbel Roudane est presque morte à cause du surpâturage excessif et des coupures de bois pour la construction et le chauffage », explique pour sa part Brahim Bakass, naturaliste et guide des milieux naturels. « Il existe encore plusieurs splendides thuriféraies qui sont bien préservées dans le Parc Toubkal notamment, dans la région de Tagleft ou encore dans l'Assif Melloul », nuance Brahim Bakass.
Un avenir incertain
La relation des populations de la haute montagne avec le genévrier thurifère est très ancienne. « Cette forme tortueuse qu'on peut remarquer chez plusieurs arbres s'explique par de très anciens élagages. Quand l'arbre repousse après ce genre d'intervention, il a tendance à se déformer de cette manière. Il existe cependant certains genévriers qui sont volontairement épargnés par les populations même en temps de froid et de besoin.
Ceux-là ont une certaine « baraka » et sont considérés avec beaucoup de respect par les familles », précise Abdelhak Amhaouch.Sur un des massifs qui surplombent le plateau du lac Aguelmane Sidi Ali, nous continuons à flâner autour de ces monuments de la nature dont la splendeur a été malmenée par la dent du bétail et la hache du berger.
Avec le changement climatique, les scientifiques prédisent la montée en altitude des espèces arborescentes. Colonisant déjà les plus hautes altitudes, le genévrier pourrait alors s'éteindre, et avec lui s'éteindront aussi ses dons, sa splendeur et sa baraka.

Oussama ABAOUSS
Les genévriers méditerranéens
Le genévrier thurifère (appelé Tawalt en Amazighe) appartient à la famille des cupressinées, laquelle constitue la plus grande part de la flore forestière de l'Atlas. L'espèce se distingue par sa longévité et par sa croissance très lente. Un genévrier thurifère fait habituellement 3 à 12 mètres de haut, mais peut exceptionnellement atteindre les 20m de haut. La circonférence de son tronc est la plus importante parmi toutes les espèces arboricoles nationales. Son bois, très aromatique (d'où le nom de l'espèce) est pratiquement imputrescible.

Les genévriers du temple d'Apollon
En Méditerranée orientale, des espèces de genévriers arborescents originaires des montagnes de Grèce et d'Asie Mineure (Juniperusexcelsa, Juniperusdrupacea) ont sensiblement la même écologie que le genévrier thurifère. L'espèce était nommée « kedros » par les anciens Grecs. Un éminent botaniste anglais avait par ailleurs soutenu que « les poutres du temple d'Apollon à Utique étaient de genévrier et non de cèdre, et sans doute en était-il de même pour l'ancien temple de Salomon à Jérusalem ».
3 questions à Abderrahman Aafi, directeur de l'ENFI
« La recherche scientifique a développé plusieurs méthodes pour favoriser la régénération du genévrier »
Directeur de l'Ecole nationale forestière d'ingénieurs (ENFI), Abderrahman Aafi répond à nos questions sur les enjeux de préservation du genévrier thurifère au Maroc.
- Certaines études pointent un phénomène de montée en étage des espèces à cause du changement climatique. Cela suppose-t-il qu'à terme, le genévrier thurifère marocain devra disparaître ?
- Ce phénomène de migration altitudinale des espèces a été observé de manière timide jusqu'à présent. Pour les espèces arborescentes comme le genévrier, le processus nécessitera énormément de temps, et devra s'accompagner d'un certain nombre de conditions avant de se concrétiser éventuellement.
- Abstraction faite des autres menaces, et sachant que le genévrier a pu s'adapter à divers épisodes de perturbation climatique, pensez-vous que l'espèce pourra survivre aux changements
climatiques ?
- Si les impacts des changements climatiques se font sentir fortement et brutalement, le genévrier thurifère sera tôt ou tard affecté. Cela dit, cette espèce se développe dans des habitats situés à très haute altitude. S'il y a une augmentation des températures et sachant que le genévrier occupe des altitudes allant de 1600 à 3500m caractérisées par des températures hivernales très basses, inférieures à zéro et pouvant aller jusqu'à moins 20 degrés centigrades, il fera partie des dernières espèces à être touchées.
À noter que le thurifère est très résilient et que la recherche scientifique a permis de développer plusieurs méthodes pour favoriser sa régénération. Je pense qu'en déployant les ressources nécessaires, il y aura moyen de tester ces méthodes, notamment dans les parcs nationaux, afin de favoriser les chances de maintien et de régénération de l'espèce.
- Le genévrier thurifère est protégé par la loi qui en interdit l'exploitation commerciale. Qu'en est-il des autres menaces, notamment le surpâturage et l'élagage par les populations en période de
froid ?
- Je suis globalement optimiste par rapport à l'enjeu de conservation du genévrier thurifère, car il y a actuellement la nouvelle stratégie Forêts du Maroc qui ambitionne de toucher le point nodal de l'implication des populations dans la préservation de la forêt. Au-delà des aspects techniques, la solution réside dans cette approche qui implique les populations dans une recherche d'alternatives et de solutions qui, à terme, permettront d'augmenter les chances de survie de cette espèce qui a traversé les âges et que nous souhaitons pérenniser pour les générations futures.

Recueillis par O. A.


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.