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Virologie / Covid-19 : Zoom sur les leçons tirées de la riposte au VIH
Publié dans L'opinion le 16 - 06 - 2022

La réduction des risques, qui a fait ses preuves avec le syndrome d'immunodéficience acquise (Sida), peut contribuer à endiguer la pandémie du Covid-19 en aidant les gens à changer de comportement. Professeure Françoise Barré-Sinoussi, lauréate du Prix Nobel de médecine 2008, nous explique comment.
Alors que le monde passe du confinement à la vie difficile avec le Covid-19, les scientifiques mettent en avant les leçons que nous pouvons tirer d'une pandémie avec laquelle nous vivons depuis plus longtemps : le VIH.
Dans le cadre du cycle de conférences organisé par l'Académie Hassan II des Sciences et Techniques, avec le concours du Service de Coopération et d'Action Culturelle près l'Ambassade de France au Maroc, Professeure Françoise Barré-Sinoussi, lauréate du Prix Nobel de médecine 2008, a donné, lundi 13 juin à l'Académie du Royaume du Maroc, une conférence sur le thème « Leçons du VIH/Sida : forces et faiblesses dans la réponse à la pandémie du Covid-19 ». «De l'identification du virus au traitement thérapeutique, les approches de réaction médicale du VIH et du SARS-CoV-2 sont très semblables», a-t-elle relevé.
Cependant, si le Covid-19 reste très différent du VIH dans ses modes de transmission et la propagation mondiale rapide de cette pandémie qui a conduit à la mise en quarantaine d'une grande partie de la population mondiale, les quatre décennies de riposte au VIH offrent des leçons qui sont vitales pour la lutte contre le Coronavirus et la stigmatisation qu'il crée. Il y a près de 40 ans, les pays du monde entier se sont retrouvés face à la pandémie du VIH qui a failli ébranler les fondements humains, sociaux et économiques des sociétés.
Théorie de complot et stigmatisation : entraves à la perspicacité scientifique
Immunologue et virologue française, spécialisée dans les rétrovirus, Françoise Barré-Sinoussi, qui a contribué à la découverte du virus de l'immunodéficience humaine (VIH) à l'origine du Sida, découverte qui lui a valu de recevoir le 6 octobre 2008 le Prix Nobel de médecine, rappelle que le VIH a d'abord été présenté comme une maladie des homosexuels, puis des consommateurs de drogues, et des travailleurs du sexe, dénonçant la stigmatisation associée à ces catégorisations qui reste l'un des plus grands défis de la riposte au VIH.
Qu'il s'agisse de le qualifier de virus chinois, de virus de Wuhan, d'une création du département américain de la Défense ou d'un complot de Bill Gates, la plupart des discussions sur les origines virales alimentent plutôt le ressentiment que la perspicacité scientifique, s'indigne l'experte.
La lutte contre les méfaits de la stigmatisation et de la désinformation doit donc constituer une priorité avec le Covid-19 et la variole du singe et, en effet, des réponses efficaces à la pandémie bénéficieraient grandement de toutes les leçons des approches multisectorielles relatives aux réponses à la pandémie du VIH.
Que sait la science ?
Pour être efficaces, les réponses de santé publique doivent être fondées sur des preuves scientifiques solides concernant les modes de transmission de la pandémie, sa prévention et ses traitements potentiels, fait valoir la professeure, soulignant que les preuves scientifiques doivent guider les actions des dirigeants politiques et des décideurs et que les experts et les institutions de la santé jouent un rôle essentiel dans le développement et la diffusion de données scientifiques sur la pandémie et la riposte. Les données probantes sur la prévention et la gestion du Covid-19 doivent être bien communiquées aux médias et aux communautés, avec des efforts particuliers pour lutter contre les « fake news ».
L'implication communautaire s'impose
Les preuves scientifiques en elles-mêmes ne suffisent pas à mettre fin à la peur, à combattre la stigmatisation et à garantir l'implication de la communauté dans les réponses aux épidémies. Des efforts spécifiques supplémentaires sont nécessaires pour éduquer et mobiliser les communautés. Dans ce sens, la virologue a indiqué que l'engagement communautaire est nécessaire pour assurer la compréhension et l'acceptation de l'isolement et d'autres restrictions, et qu'il a également un rôle essentiel dans le suivi et la responsabilisation.
Ceci dit, une combinaison d'interventions comportementales et structurelles aux niveaux individuel, communautaire et national est nécessaire dans la riposte à toute épidémie. Pour Barré-Sinoussi, les ripostes au Sida n'ont pas été suffisamment prises en compte lors des réponses au Sars-CoV-2, à part sur le plan scientifique.
Renforcer les systèmes de santé, impliquer et consulter la société civile, mobiliser le secteur privé et les fonds internationaux et la transparence des décisions politiques sont, selon la virologue, les principales leçons à tirer de l'expérience humaine avec le VIH, ainsi qu'avec la tuberculose.
Kawtar CHAAT
3 questions à Françoise Barré-Sinoussi
« Nous aurons d'autres pandémies dans l'avenir, nous devons nous préparer »

Plus de quarante années de riposte à l'épidémie de VIH ont fourni une expérience considérable sur les approches de réponses aux pandémies. Professeure Françoise Barré-Sinoussi, lauréate du Prix Nobel de médecine 2008, nous parle des points forts, mais aussi des failles de ces approches.
- Dans quelle mesure l'expérience humaine avec le VIH a-t-elle servi de leçon en matière de réponses au Covid-19 et de définition de stratégies d'interventions thérapeutiques ?
- Nous aurons d'autres pandémies dans l'avenir, nous devons nous préparer, et surtout prendre en considération les leçons des épidémies du passé. En matière de stratégies thérapeutiques, l'approche a été similaire, puisqu'on sait aujourd'hui que pour l'infection par le Covid-19, il faut procéder au traitement le plus tôt possible, notamment dans les cinq premiers jours, c'est quelque chose qu'on avait appris avec les infections par le VIH. Plus on traite la maladie tôt après l'exposition au virus, plus il y a une diminution de la mortalité des patients et une diminution de leur capacité à contaminer d'autres personnes.
-Comment inclure la R&D du domaine médical dans les actions politiques en faveur de la santé publique ?
- Les données et les évidences scientifiques doivent être mises à la disposition des décideurs politiques pour qu'ils élaborent des dispositifs de santé publique adaptés au contexte épidémiologique et aux spécificités du pays. Toute réponse doit être basée sur les recommandations du Conseil scientifique qui doit être mis en place et renforcé dans tous les pays lors des pandémies. Toutefois, ce qui est regrettable est que ces Conseils n'ont pas suffisamment de représentants de la société civile.
-Vous avez souligné que parmi les traitements révolutionnaires dans le monde des virus, on trouve les anticorps, pouvez-vous nous éclairer davantage sur ce point ?
- Pour le Covid-19, les vaccins ARN ont été perçus comme des miracles, mais, aujourd'hui, on est en train de s'apercevoir que ces solutions, même si elles représentent un grand progrès dans le monde des vaccins et empêchent le développement de formes sévères, ne sont pas aussi efficientes, notamment le fait qu'il va falloir une injection de rappel tous les trois mois. Donc, il nous faut d'autres solutions pour le futur, notamment les anticorps ou la réponse cellulaire.
Recueillis par K. C.

Sida
Quarante ans de lutte et toujours pas de vaccin

En quelques mois, on a réussi à inventer un vaccin contre le Covid-19, alors qu'en vain des efforts considérables ont été déployés pour trouver un vaccin contre le VIH. 32 millions personnes en sont mortes depuis 1981.
Le monde a célébré le mois dernier la Journée internationale du vaccin contre le VIH, fêtée chaque année le 18 mai. Depuis 2000 et jusqu'à 2020, les recherches scientifiques ont progressé et l'apparition des traitements antirétroviraux ont drastiquement fait chuter la mortalité et la propagation du virus. Néanmoins, cette pandémie demeure un grave fléau qui affecte de plus en plus de victimes, particulièrement celles des pays pauvres, mais aucun vaccin n'est prévu à un horizon proche.
Selon les scientifiques, un vaccin requiert de longues années de développement pour arriver à des résultats plus ou moins concrets. En effet, pour prévenir toute contamination par le VIH, aucun vaccin n'est prévu dans un horizon proche.
D'après des données publiées sur le site officiel de l'Institut Pasteur en France, ''les recherches fondamentales et cliniques ainsi que dans le traitement et la prévention ont permis en 2012 d'enrayer la montée de la pandémie''. Cependant, ''ce virus continue aujourd'hui d'être un problème majeur''.

Monkeypox
Le Maroc dispose des unités médicales nécessaires

«Aujourd'hui, des unités sont installées à tous les points de passage marocains pour diagnostiquer le virus avec facilité et alerter le ministère pour prendre des mesures au niveau régional», a indiqué le ministre de la Santé et de la Protection sociale, Khalid Ait Taleb, à la deuxième Chambre du Parlement mardi.
Le ministre a fait savoir qu'il existe quatre laboratoires qualifiés pour effectuer des tests de confirmation de présence de Monkeypox, considérant que le pays «n'a pas besoin d'agréer d'autres laboratoires, car la maladie n'est pas répandue et les choses sont en ordre».
Un nouveau cas suspect de variole du singe (Monkeypox) a été détecté au Maroc, a ajouté le ministre. Ce cas, s'il est confirmé, s'ajoutera au premier cas confirmé qui a été annoncé dans le Royaume le 2 juin, a relevé le ministre. Ait Taleb a également expliqué que 7 cas suspects se sont révélés négatifs depuis l'alerte sanitaire mondiale sur le Monkeypox, soulignant que l'expérience du Maroc avec le virus Covid-19 est très utile pour faire face à cette nouvelle maladie. Le ministre a souligné que son département «dispose d'une expérience dans la gestion des crises sanitaires».
Le ministre a rappelé qu'il n'y a pas de remède contre le virus Monkeypox, notant que la guérison intervient au bout de trois à quatre semaines, alors que tout contact avec des personnes infectées doit être évité. Il a averti que « la période d'incubation du virus est comprise entre 3 et 21 jours, une période pendant laquelle une personne peut transmettre le virus, même en l'absence de symptômes», rappelant que «la variole du singe est causée par un virus connu depuis 1959 et s'est propagée en Afrique centrale et en Afrique de l'Ouest en 1970 ».

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