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Sahara : Vers la réunion de rupture au Conseil de Sécurité ? [INTEGRAL]
Publié dans L'opinion le 07 - 04 - 2025

Au crépuscule de son mandat, l'émissaire onusien s'apprête à livrer son dernier rapport au Conseil de Sécurité. Une réunion qui intervient dans un contexte qui n'a jamais été aussi favorable au Royaume. Décryptage.
À une dizaine de jours de son traditionnel briefing devant les membres du Conseil de Sécurité, l'Envoyé personnel du Secrétaire général des Nations Unies, Staffan de Mistura, continue de recueillir les appréciations des parties prenantes au conflit du Sahara. Il s'est rendu, le 4 avril, aux camps de Tindouf pour sonder les dirigeants du Polisario dont il sait d'ores déjà la position dogmatique.
Quelques jours avant, il s'est entretenu avec le président mauritanien, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, à Nouakchott. Ce déplacement est tenu confidentiel par l'ONU qui n'en a pas dévoilé la teneur. Cela fait partie d'une tournée régionale que mène actuellement l'émissaire onusien en commençant par le Maroc.
Le Chef de la diplomatie marocaine, Nasser Bourita, a réitéré en face de lui la position immuable du Royaume qui, quoiqu'il arrive, n'acceptera aucunement une solution qui ne tient pas compte de sa souveraineté le Sahara, que la majeure partie de la communauté internationale soutient désormais.
Les étoiles s'alignent !
La prochaine réunion à huis clos au Conseil de Sécurité intervient dans un contexte favorable au Maroc. On parle même d'un alignement des étoiles au moment où il y a une volonté des puissances qui pèsent dans ce dossier de mettre fin à un conflit qui n'a que trop duré. Le Chef de la diplomatie espagnole, José Manuel Albares, s'est fait écho de cette aspiration en faisant savoir au micro de «La Cafetera» qu'il est temps de mettre fin à 50 ans d'impasse.
Actuellement, le contexte est de plus en plus propice. Deux membres permanents (la France et les Etats-Unis) soutiennent sans réserve la souveraineté marocaine, tandis que le Royaume-Uni s'apprête à franchir le Rubicond, comme l'a laissé entendre, le 1er avril, le ministre des Affaires étrangères, David Lammy, au Parlement de Westminster. Il n'a pas exclu un éventuel soutien au plan d'autonomie. Ceci fait l'objet de discussions en coulisse avec les autorités marocaines. "Les Britanniques sont tentés de le faire mais ils attendent le moment opportun", explique Emmanuel Dupuy, président de l'Institut Prospective et Sécurité en Europe (IPSE).
De Mistura prépare son départ !
Par ailleurs, la prochaine réunion du Conseil de Sécurité pourrait être la dernière pour l'émissaire onusien, Staffan de Mistura, qui y arrive quasiment sans progrès à annoncer sauf la poursuite du statu quo. Dire que rien ne s'est passé depuis octobre dernier ne peut conforter certains pays comme les Etats-Unis dans leur conviction que les Nations Unies ne servent qu'à perdurer les conflits au lieu de les résoudre.
De Mistura semble lui-même en perte d'espoir. Il a fait planer le doute sur son avenir lorsqu'il a présenté son dernier rapport en octobre 2024. Il a laissé entendre qu'il pourrait démissionner faute de progrès. Un marasme que le diplomate n'a pas pu désamorcer. Sa démission ne devrait pas être regrettée par la diplomatie marocaine, d'autant plus que l'ambassadeur du Royaume à l'ONU, Omar Hilale, a déclaré en octobre dernier que personne ne le retiendra s'il veut partir.
Le péché originel !
Staffan de Mistura s'est tiré lui-même une balle dans le pied en déterrant, en octobre dernier, la vieille recette de la partition du territoire. Un plan rejeté immédiatement à la fois par le Maroc et le Polisario et qui soulève d'innombrables questions sur le sérieux de l'émissaire onusien et ses talents diplomatiques. Lui, qui était censé peser par son expérience pour convaincre toutes les parties concernées de reprendre le dialogue sur une base réaliste.
À présent, tout le monde s'aperçoit que De Mistura n'est parvenu à aucun des objectifs pour lesquels il a été nommé en 2021. Il a visiblement échoué à ressusciter les tables rondes initiées par son prédécesseur, Horst Köhler, en 2018. Ce dernier, rappelons-le, était parvenu à rassembler le Maroc, l'Algérie, la Mauritanie et le Polisario autour d'une même table, ce qui fut à l'époque vu comme une prouesse diplomatique inédite par rapport au marasme actuel.
Force est de constater qu'il n'a pas brillé depuis sa prise de fonction, malgré sa longue expérience et sa profonde connaissance des rouages de la diplomatie internationale. Certes, cet ancien vice-ministre des Affaires étrangères de l'Italie demeure un diplomate chevronné avec un parcours prolifique, mais sa carrière onusienne est ponctuée d'échecs. Là, le syndrome syrien refait surface.
Son idéalisme échevelé et sa croyance dogmatique à concilier des positions irréconciliables au détriment du juste milieu lui ont coûté cher en Syrie où il a perdu la confiance à la fois de l'opposition et du régime déchu de Bachar Al-Assad au bout d'un mandat de quatre ans.
On assiste à un scénario pareil aujourd'hui. De Mistura n'a réussi à nouer des relations de confiance avec aucune des parties concernées. En dépit de la courtoisie de façade, le courant n'a jamais bien passé entre lui et les autorités marocaines, qui ne le portent pas dans leurs cœurs, lâche une source diplomatique proche du dossier.
Les Casques bleus face au risque de Shutdown !
L'échec de plus en plus incontestable des bons offices de l'ONU n'est pas sans discréditer ses Casques bleus, dont la raison d'être ne cesse d'être remise en cause. 34 après sa création, la MINURSO n'a jamais été aussi menacée au moment où les Etats-Unis sont tentés de retirer leur financement. Le think-tank américain, «Enterprise Institut», qui a l'oreille de l'administration Trump, a ouvertement conseillé de couper les vivres. Un scénario d'autant plus probable que le locataire de la Maison Blanche répugne publiquement à soutenir l'ONU qu'il juge inefficace. Aux quartiers généraux des Casques bleus, on se prépare d'ores et déjà à un tel "shutdown". La MINURSO n'a pas encore renouvelé les contrats de ses employés dits contractuels sans recruter de nouveaux agents étrangers. "Il va sans dire que l'administration américaine actuelle ne croit absolument pas aux missions de maintien de la paix", souligne Emmanuel Dupuy à ce sujet.
Cette aversion américaine pour l'ONU ne date pas d'aujourd'hui. C'est le reflet de leur mépris pour toutes les organisations multilatérales qu'ils jugent trop bureaucratiques et inefficaces. Le président Trump l'a montré dès son premier mandat en suspendant, par exemple, le financement de l'OMS, qu'il a quittée une fois de retour à la Maison Blanche. Il en est de même pour d'autres organisations, telles que l'OMC, qui ne trouvent plus grâce aux yeux des Américains. La suspension des fonds américains serait fatale pour la MINURSO qui en dépend vitalement. Washington fournit environ 61 millions de dollars, soit près de 81% du budget. Un coup de massue qui risque de peser lourd sur la trajectoire du conflit.



Trois questions à Emmanuel Dupuy : "Il n'y aura pas de recul américain même en cas de retrait du financement de la MINURSO"
* Faut-il espérer des avancées concrètes lors de la prochaine réunion du Conseil de Sécurité ?
Aujourd'hui, la prochaine réunion du Conseil de Sécurité survient dans un contexte très particulier. Peut-être Staffan de Mistura présentera-t-il son dernier rapport parce que lui-même a laissé entendre qu'il jetterait l'éponge. Il y aura évidemment des différences d'approches entre lui et le patron de la MINURSO, Alexander Ivanko, dans l'appréciation de la situation au Sahara. Le premier incarne la ligne onusienne qui reste encore accrochée à l'essence de la mission de maintien de la paix qu'est l'autodétermination, tandis que le second donne un aperçu réaliste sur la situation et mentionne les violations du cessez-le-feu par le Polisario. Maintenant, le Maroc a l'avantage d'avoir la France à la présidence du Conseil de Sécurité. La délégation française va neutraliser les coups de butoir de l'Algérie, surtout après avoir réitéré, par la voix du ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël-Barrot, sa reconnaissance de la marocanité du Sahara à l'Assemblée nationale.

* On augure avec une certitude parfois déconcertante la fin du financement américain de la MINURSO. Est-ce possible à vos yeux ?
C'est incontestable, à mon avis, pour la simple raison que le président Trump ne croit pas aux missions de maintien de la paix, qui durent longtemps sans effet sur le terrain. Il y a donc une volonté américaine de couper les financements qui, pense-il, sont inutiles. Mais cela n'empêche que l'administration américaine reste farouchement attachée à sa position même en pareil cas. Il n'y aura pas de recul en arrière.

* Concernant le Royaume-Uni, croyez-vous qu'il ira certainement vers une position favorable à la souveraineté marocaine ?
C'est possible théoriquement. Les Britanniques sont tentés de le faire. On l'annonce depuis des années. Pour l'instant, le timing ne semble pas propice pour eux. La diplomatie britannique est encore focalisée par d'autres priorités comme l'autonomie stratégique européenne et la question ukrainienne. En même temps, ils sont visiblement préoccupés de l'avenir de leurs relations avec les Etats-Unis qui ne cessent de s'en éloigner. C'est une source d'angoisse pour les Britanniques actuellement. Je crois que la reconnaissance de la marocanité du Sahara par Londres aura du sens quand les Américains réaffirment expressément leur position au Conseil de Sécurité. De ce point de vue-là, le Royaume-Uni ira dans ce sens parce qu'il voudrait certainement emboîter le pas aux pays européens et s'inscrire dans le momentum politique. C'est une question de temps.



Trois questions à Mohamed Badine El Yattioui : "Il serait intéressant de voir la position de la Russie et de la Chine"
* À quoi faut-il s'attendre de la prochaine réunion du Conseil de Sécurité ?
Les Résolutions du Conseil de Sécurité sous Trump devraient confirmer les acquis obtenus pendant le mandat de Biden en tenant compte de la reconnaissance américaine telle décidée par Trump lui-même en décembre 2020. Par conséquent, l'émissaire onusien a une marge de manœuvre très limitée parce qu'il s'oppose à l'orientation voulue par les Américains et de la dynamique impeccable en faveur du Maroc, il risque de perdre en crédibilité. Son successeur n'aura donc d'autre choix que de caresser dans le sens du poil et tenir compte des dernières évolutions de la rigidité qui a caractérisé le travail des émissaires onusiens. Les prochaines réunions du Conseil de Sécurité s'annoncent très animées. Il serait intéressant de voir la position de la Russie et de la Chine.

* Que pensez-vous du Royaume-Uni. Va-t-il franchir le Rubicond ?
La position britannique est, en effet, difficile à décrypter parce que le Royaume-Uni est traditionnellement aligné sur les positions américaines. Mais, le changement de gouvernement à Londres a ralenti le processus. Or, tout est possible.
* L'Administration américaine va-t-elle, à votre avis, retirer son financement de la MINURSO ?
Il y a un risque. L'Administration Trump croit de moins en moins en l'utilité des missions onusiennes. Plusieurs membres et des think-tanks proches de l'équipe Trump ont critiqué le bien-fondé de ce genre de missions qui ne donnent souvent pas l'effet escompté. "The American Enterprise Institute" a publié récemment un article très critique sur la MINURSO. Si on raisonne en termes de coût-bénéfice, on voit bien que la mission n'a réussi à atteindre aucun de ses objectifs, dont le recensement des habitants de Tindouf. Des sommes colossales ont été déboursées depuis 1991, sans résultat probant. Faute de référendum, dont l'application a été reconnue impossible par l'ONU, il n'y a eu aucune alternative. D'un point de vue politique, il est normal que l'Administration Trump soit peu convaincue de la pertinence de la MINURSO, puisqu'elle a d'ores et déjà reconnu la souveraineté du Maroc sur le Sahara pendant son premier mandat, sachant que Joe Biden a maintenu cette décision. Quel est donc l'intérêt pour les Etats-Unis de continuer à financer une mission dont l'existence même est contraire à leur vision du conflit.


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