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Sahara : après 51 ans d'impasse, le temps du réalisme est venu
Publié dans L'opinion le 11 - 01 - 2026

À l'aube de l'année 2026, le conflit du Sahara demeure l'un des plus anciens différends non résolus inscrits à l'agenda des Nations Unies. Cinquante et une années se sont écoulées depuis 1975, laissant derrière elles un lourd héritage humain : un exil prolongé, une dispersion sociale durable et une rupture progressive entre plusieurs générations sahraouies et leur environnement naturel, culturel et politique.
Ce temps long impose aujourd'hui une interrogation essentielle, trop souvent évitée : qu'a réellement produit plus d'un demi-siècle de confrontation et de blocage ?
Le constat est difficilement contestable. Ni le retour massif des populations déplacées ni une perspective crédible de règlement définitif n'ont vu le jour. En revanche, un statu quo figé s'est installé, au détriment direct des populations concernées.
Les populations sahraouies, de tradition bédouine, n'ont jamais été asservies cherchant à être libérées. Leur relation à la liberté s'inscrivait historiquement dans un mode de vie fondé sur la mobilité, l'autonomie et le lien organique à l'espace. Pourtant, au fil des décennies, cette réalité anthropologique a été éclipsée par des constructions idéologiques rigides, souvent déconnectées des transformations du monde et des équilibres régionaux.
Des générations entières sont ainsi nées et ont grandi dans les camps de réfugiés, loin de la terre, de la transhumance et des repères culturels qui structuraient l'identité sahraouie. Cette réalité soulève une question de responsabilité politique : peut-on continuer à proposer les mêmes schémas à une société profondément transformée par un exil prolongé ?
Le statu quo comme rente politique
L'expérience montre que le statu quo ne bénéficie ni aux réfugiés, ni aux familles séparées, ni à la jeunesse sahraouie privée d'horizon. Il tend plutôt à nourrir des logiques de rente politique, dans lesquelles la perpétuation du conflit devient une source de légitimité en soi.
L'exclusivité de la représentation et la négation de la pluralité sahraouie ont contribué à rigidifier le dossier et à renforcer son isolement diplomatique. Les solutions dites «définitives», répétées depuis des décennies sans tenir compte des équilibres réels, se sont révélées incapables d'ouvrir une perspective crédible.
Résolution 2797 : un appel explicite au réalisme
C'est précisément cette impasse que le Conseil de Sécurité des Nations Unies cherche à dépasser à travers ses Résolutions successives, et plus récemment par la Résolution 2797, qui réaffirme la primauté d'une solution politique réaliste, pragmatique et durable, fondée sur le compromis.
Cette Résolution s'inscrit dans une continuité onusienne qui privilégie désormais les solutions négociées, ancrées dans les réalités du terrain, plutôt que des options théoriques difficilement applicables. Elle invite explicitement à sortir de l'immobilisme et à explorer des pistes susceptibles de mettre fin à une souffrance humaine prolongée.
Dans ce cadre, la proposition d'autonomie apparaît comme l'une des options sérieuses répondant aux critères de réalisme, de stabilité et de gouvernance locale promus par le Conseil de Sécurité. Loin d'être une simple formule administrative, elle ouvre un débat concret sur la capacité des Sahraouis à gérer leurs affaires, à préserver leur identité et à participer pleinement à la vie politique, dans un cadre reconnu internationalement.
Rôle du Mouvement des Sahraouis pour la Paix
C'est dans cette dynamique que s'inscrit la démarche du Mouvement des Sahraouis pour la Paix (MSP). Acteur sahraoui émergent, le MSP rompt avec la logique de l'exclusivité politique et propose une lecture interne du conflit, fondée sur le dialogue sahraoui-sahraoui, la reconnaissance de la diversité des sensibilités et l'adhésion à une solution pacifique conforme aux paramètres onusiens.
En assumant l'option de l'autonomie comme base de discussion, le MSP ne renonce pas à l'identité sahraouie ; il cherche au contraire à la préserver face à l'érosion provoquée par l'exil prolongé. Sa démarche repose sur une conviction simple : le réalisme n'est pas une reddition, mais un choix de responsabilité envers les générations présentes et futures.
Un fait demeure incontournable : ceux qui étaient adultes au début du conflit ont aujourd'hui dépassé les soixante-dix ans. Le temps biologique ne coïncide plus avec le temps diplomatique. Quant à la jeunesse sahraouie née dans l'exil, elle aspire moins aux slogans qu'à des perspectives concrètes de stabilité, de mobilité et de dignité.
Continuer à différer toute solution revient à accepter la normalisation de l'exil et la perte progressive des repères identitaires. À cet égard, l'année 2026 pourrait marquer un tournant, non par un renoncement, mais par une réévaluation courageuse des options réellement disponibles.
Sortir de l'illusion, entrer dans la responsabilité
Le conflit du Sahara ne manque pas de récits, mais il manque d'issues. À l'heure où la communauté internationale appelle à des solutions réalistes, ignorer les initiatives sahraouies favorables au compromis constituerait une erreur stratégique et morale.
La question n'est plus de savoir qui a raison historiquement, mais comment mettre fin à une souffrance prolongée, en conformité avec les Résolutions des Nations Unies, notamment la Résolution 2797. Dans cette perspective, le dialogue inclusif, l'option de l'autonomie et l'implication d'acteurs sahraouis pluralistes comme le MSP constituent aujourd'hui des leviers crédibles pour sortir d'une impasse vieille de plus d'un demi-siècle.


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