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Dysfonctionnement érectile et tabous sociaux
Moins on en parle, plus ça s'aggrave…
Publié dans L'opinion le 21 - 04 - 2012

On en parle de plus en plus, mais toujours pas assez, le dysfonctionnement érectile touche un peu plus de la moitié des hommes d'âge adulte au Maroc, dont un dixième de façon permanente. Ce sont les résultats d'une étude menée il y a plus de dix ans et il serait intéressant de savoir si ce taux de prévalence a baissé ou, au contraire, progressé au cours de cette décennie. Car si le facteur « Hchouma » aggrave le problème au niveau des individus et des ménages, le facteur « désintérêt » des responsables politiques retarde pour sa part la prise en charge de ce qu'il faut bien admettre être un problème de santé publique.
La santé sexuelle masculine regroupe cinq principales composantes : le désir, l'excitation, l'orgasme, la satisfaction et l'éjaculation. Ainsi, les dysfonctions peuvent être classées en troubles du désir, de l'érection, de l'éjaculation, de l'orgasme et de la sensibilité. Parmi ces derniers, le dysfonctionnement érectile est celui qui altère le plus la qualité de vie. Les dysfonctions érectiles sont définies comme étant l'incapacité constante ou récidivante d'obtenir et/ou de maintenir une érection pénienne suffisante pour permettre un rapport sexuel. Longtemps passés sous silence, ces problèmes sortent aujourd'hui au grand jour.
Selon la Société Marocaine d'Andrologie, 130.000 Marocains souffriraient de troubles d'érection. Un quadragénaire marocain sur quatre connaît des problèmes de dysfonctionnement érectile et un sur dix est totalement impuissant, terme à forte connotation péjorative le plus usité pour désigner ce problème de santé. Une autre étude, présentée à Casablanca en 2007, en marge du 15ème congrès national d'urologie, annonce que le nombre de Marocains souffrant de dysfonctionnement érectile avoisinait en fait le chiffre d'un million. Par ailleurs, une enquête réalisée à l'échelle internationale par le cabinet d'étude « Harris Interactive », dont les résultats avaient été exposés à Marrakech en novembre 2006, avait révélé que 33% des Marocains et 23% des Marocaines seulement seraient satisfaits de leur vie sexuelle. Il y a nombre de préjugés à propos de la sexualité des Marocains qu'il serait plus que temps de démystifier.
Les seuls qui profitent vraiment de la situation actuelle sont les groupes pharmaceutiques qui vendent des médicaments pour soigner les troubles d'érection. En fait, les causes de ce problème sont nombreuses. La fatigue, le tabagisme, le manque d'activité physique, une trop grande consommation d'alcool peuvent causer un dysfonctionnement érectile occasionnel. Parmi les autres causes de dysfonctions, il existe également des facteurs environnementaux. L'activité physique est un facteur protecteur des dysfonctionnements érectile, contrairement à la sédentarité. Par contre, l'hyperactivité physique ou professionnelle, le stress, le surmenage peuvent être responsables d'un état de fatigue chronique à l'origine d'un épuisement physique et psychique et d'une perte du désir. Il y a également des facteurs liés à la situation socio-économique. Bas niveau scolaire, situation économique précaire, éducation sexuelle insuffisante constituent des facteurs prédisposants. A noter que le mariage semble protéger des dysfonctionnements érectiles.
Les causes physiques sont la source du problème dans près de la moitié des cas de dysfonction érectile permanente au même titre que les troubles psychologiques, même s'il est souvent difficile de discerner ce qui est physiologique de ce qui est psychologique. Les idées, les pensées et les sentiments ont au moins autant d'importance que les manifestations physiques. Ainsi, les troubles d'érection sont souvent le symptôme d'autres problèmes sous-jacents tels que le diabète, l'hypertension ou la dyslipidémie. La dysfonction érectile est un marqueur de l'état de santé. Ainsi, une étude sur le diabète et la dysfonction érectile au Maroc, parue dans la revue de santé de la Méditerranée en 2008, avait révélé que sur 89 diabétiques, 82% ont une dysfonction érectile. L'étude a ciblé 189 hommes mariés et âgés de plus de 40 ans consultant les centres de santé au Maroc.
Sur cent Marocains non diabétiques, 17% seulement présentent une dysfonction érectile. Chez les diabétiques, la fréquence de la dysfonction érectile augmente avec l'âge, de 60% chez les personnes âgées de 40 à 49 ans, jusqu'a 94,95% chez les personnes âgées de 60 ans et plus. Chez les non diabétiques, de 6,3 à 35,4 % dans les mêmes classes d'âge. La dysfonction érectile concerne 93,3% des diabétiques ayant une durée de diabète supérieure à 15 ans. La fréquence de la dysfonction érectile ne diffère pas selon les types de diabète. La dysfonction érectile est significativement plus fréquente chez les diabétiques qui ont un niveau d'étude plus bas et qui présentent une hypertension.
Distinguer la panne occasionnelle
de la pathologie
La dysfonction érectile est une pathologie fréquente chez les patients atteints d''hypertension artérielle. L'étude que nous avons menée avait pour objectif de déterminer la prévalence de la dysfonction érectile et les facteurs de risques associés chez les patients hypertendus, et d'évaluer la prise en charge médicale chez ce groupe à risque. L'enquête a été menée auprès de 71 médecins généralistes, secteurs privé et public, exerçant dans les 3 préfectures de la wilaya du grand Casablanca (Casa-Anfa, Aïn Sebaa-Hay Mohammadi, Ben Msik-Sidi Othman) et a concerné 710 patients hypertendus. L'instrument de mesure utilisé était un questionnaire comprenant les questions ayant trait aux caractéristiques socio-démographiques, aux pathologies associées à l'hypertension artérielle, aux habitudes toxiques et à la prise en charge médicale de la dysfonction érectile. Les résultats ont montré que la prévalence de la dysfonction érectile chez les patients hypertendus était de 89,5% et que cette prévalence était significativement liée à l'âge.
La panne érectile isolée ou occasionnelle qui, bien que souvent vécue de manière gênante, devrait être perçue pour ce qu'elle est, c'est à dire normale. La grande majorité des hommes connaissent un jour ou l'autre de telles périodes sans que leur vie ou celle de leur partenaire n'en soit pour autant perturbée. Une infinité de facteurs peuvent nuire au désir. La culture, les valeurs, la situation économique et le contexte social en sont quelques-uns. La tension nerveuse générée par des préoccupations, telles que les inquiétudes liées au travail, à la famille, aux difficultés financières, l'anxiété et la dépression réduisent bien souvent l'énergie et le désir sexuel. Il peut aussi y avoir une appréhension vis-à-vis des relations sexuelles, en raison de mauvaises expériences antérieures ou de la peur de l'échec, appelée anxiété de performance.
En fait, un véritable trouble du désir est diagnostiqué lorsque la baisse de libido survient sans raison apparente et persiste dans le temps. Mais comment réagissent les Marocains quand surviennent les « pannes » sexuelles à répétition ? C'est à ce moment-là qu'il faut en parler au sein du couple, qui doit aussitôt s'adresser à un spécialiste. Mais encore faut-il oser le faire. Il y a la «hchouma» de parler de sa sexualité, il y a une espèce de dévalorisation de la personne si elle s'ouvre aux autres à ce sujet. Les Marocains ne s'expriment pas sur leur sexualité, encore moins sur leurs problèmes sexuels. Ils ont toujours du mal à comprendre comment un médecin peut les aider à résoudre leurs problèmes sexuels. S'ils vivent un blocage psychologique, ils réfléchiront à deux fois avant de sauter le pas et frapper à la porte d'un sexologue.
La dysfonction érectile, appelée péjorativement «impuissance sexuelle», est une catastrophe dans la vie d'un homme et peut mener au pire. Les études sur la question ne laissent aucun doute : une panne d'érection est synonyme de dépression, d'anxiété, et peut détruire la vie d'un couple. Les tabous et la « hchouma » musèlent les couples au sein desquels les spécialistes notent la même absence de dialogue sexuel. Lequel handicap dégénère rapidement pour causer bien des séparations et divorces, au mieux une froideur au sein du couple. Les dysfonctionnements érectiles sont ainsi à l'origine de 20% des séparations de couple dans le monde.
Lorsque ces troubles érectiles ne sont pas traités et en l'absence de dialogue au sein du couple, il s'ensuit des sanctions personnelles chez l'homme sous forme d'auto-culpabilité, un manque d'estime de soi, de la dépression… Ceci se transforme en sanctions conjugales et sociales. Des sanctions qui finissent par toucher tous les aspects de la vie de la personne jusqu'à son épanouissement professionnel. L'homme devient sujet à l'irritabilité, la mauvaise humeur, anxieux, dépressif. C'est le malaise général. 9% seulement des Marocains souffrant de dysfonctionnements érectiles sont sous traitement. Or, sans une prise en charge précoce, le problème ne peut qu'aller en s'aggravant.
Une évolution socioculturelle
qui tarde à s'imposer
La sexualité est un besoin physiologique très important. C'est tout l'équilibre physiologique et psychologique de l'individu qui se trouve lié à la pratique sexuelle. En effet, l'équilibre du comportement chez l'individu est largement conditionné par la qualité de la pratique sexuelle. Un manque ou une mauvaise qualité des rapports sexuels sont donc largement susceptibles de se répercuter sur la personnalité de la personne en question et ses rapports avec son entourage. De plus en plus de couples franchissent le pas ces dernières années pour aller consulter des sexologues et procéder à des thérapies de couples. « On constate que les femmes parlent plus facilement et plus aisément de leurs problèmes sexuels que les hommes. C'est un changement de mentalité et une prise de conscience très remarquables », souligne un psychologue. La femme au Maroc est de plus en plus épanouie, de plus en plus ouverte et exigeante sur le plan sexuel. Cette évolution de la femme marocaine touche à l'égoïsme de l'homme qui s'en trouve angoissé. Ayant parfois cette peur de ne pas assurer, ceci provoque chez lui des troubles d'érection.
L'idée serait donc de commencer par dédramatiser le problème du dysfonctionnement érectile. Depuis 1974, l'Organisation Mondiale de la Santé a souligné l'importance de la santé sexuelle en tant que composante du bien-être auquel chaque individu a droit. « L'individu possède des droits fondamentaux, dont le droit à la santé sexuelle et au plaisir ». Etre actif sexuellement contribue à une bonne santé physique, ce qui augmenterait la longévité, à en croire des spécialistes. Mais le manque flagrant, voire l'absence totale de la notion même de l'éducation sexuelle au sein de la société marocaine, que ce soit en famille ou dans les écoles, pour aider l'enfant puis l'adolescent à comprendre son corps et ses besoins en sexualité, ne fait que compliquer les choses encore plus. Car, finalement, à part quelques discussions timides sur le sujet entre amis ou amies, et quelques recherches « clandestines » dans les revues et sur Internet, la plupart des Marocains n'ont jamais reçu une éducation sexuelle que ce soit durant l'enfance ou l'adolescence. La notion de performance chez les Marocains est plutôt culturelle. Avoir 4 ou 5 orgasmes de suite n'est pas un signe de performance sexuelle. Révélateur de ces fausses notions de sexualité, il n'y a pas que les personnes qui souffrent de pannes sexuelles qui utilisent les médicaments destinés à soigner les dysfonctionnements érectiles.
Des jeunes de 20 ou 30 ans, normalement au faîte de leur puissance sexuelle, prennent régulièrement un de ces médicaments pour être plus «à la hauteur», et pour « faire durer le plaisir ». D'autres encore, des quadragénaires encore performants sexuellement, se font délivrer par leur médecin une ordonnance, obligatoire pour l'achat de ces médicaments, pour se sentir encore comme de jeunes étalons. Prendre du Viagra ou du Cialis pour augmenter sa performance sexuelle est une chimère. Tout médicament, quel qu'il soit, traite un problème de santé. C'est le cas de ces produits qui traitent la dysfonction érectile, qu'il faut d'ailleurs distinguer d'une éjaculation précoce ou d'une absence de libido. Ces médicaments ne sont pas des aphrodisiaques ou des produits de « performance sexuelle », ils ont été originellement conçus pour traiter les dysfonctions érectiles. Tous les spécialistes consultés sont unanimes pour dire que ces médicaments ne doivent être utilisés que sous strict contrôle médical.


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