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« Le retour du fils » d'Ahmed Boulane… ou le déchirement identitaire
Publié dans L'opinion le 11 - 05 - 2012

J'ai eu un grand plaisir d'assister au film « Le retour du fils » d'Ahmed Boulane, que je considère comme un chef-d'œuvre du cinéma marocain. En fait, il aborde une problématique philosophique très profonde et qui touche des milliers de familles marocaines immigrées : ce film met en exergue le déchirement identitaire que vivent les enfants issus des mariages mixtes, c'est-à-dire de pères musulmans et de femmes chrétiennes. En effet, les enfants restent désemparés devant deux civilisations, qui diffèrent en plusieurs points, ils subissent des situations pathétiques atroces.
Dans le film : Younès Mégri (le père) et Warren Guetta (la mère) tentent, chacun de son côté, d'attirer le fils dans son propre monde. Prenons pour preuve la scène de la circoncision qui met face-à-face deux conceptions de l'éducation et de mode de vie. La mère refuse catégoriquement que son fils soit circoncis, en son absence et proteste énergiquement contre cette pratique, qu'elle juge inacceptable, par contre, le père affirme que la circoncision est une obligation religieuse et sociale que chaque garçon doit subir. La séparation du couple va amplifier les malheurs du fils qui est tiraillé entre la vie au Maroc ou en France, mais le père dans, un élan purement humanitaire, exhorte le fils à rester auprès de sa mère. Une fois la majorité atteinte, le fils décide de revenir au Maroc, où il va tomber amoureux d'une jeune fille, et ne voit aucune gêne à l'embrasser dans un lieu public, à savoir la plage, ce qui va le conduire en prison. Or, la civilisation occidentale, dont il est imprégné, tolère ce genre de conduites. Là encore, nous remarquons le choc social entre deux genres de vie contradictoires. Le père lui rappelle que nous vivons en terre musulmane et qu'il doit respecter les traditions du pays. En fait, le film est une suite de situations pathétiques que vit le fils entre deux conceptions civilisationnelles. Laquelle poursuivre ? C'est ce qui fait la force du film.
Le fils décide alors de retourner en France, où il se sent plus indépendant à faire ce qu'il lui plaît avec une amie et où il a vécu toute sa jeunesse. Alors, intervient le père qui organise un voyage, en duo, vers le Sud marocain, pour ressourcer son fils, le plonger dans la vie authentique du pays, pour lui montrer la beauté des paysages naturels de sa patrie, pour lui faire goûter la gastronomie nationale et en résumé pour lui faire aimer son pays, le Maroc, terre de tolérance et d'hospitalité.
Au début du voyage, le fils est émerveillé par les richesses culturelles qu'il découvre pour la première fois. C'est un appel indirect à la jeunesse marocaine pour s'accrocher éternellement à l'amour sincère de sa terre vénérée.
Mais à la fin, le fils reste indécis : quel cheminement poursuivre ? revenir en France ou continuer à vivre ici parmi les siens ? La décision est dure à prendre et d'ailleurs, le film se termine sur cette note d'indécision pour laisser libre parcours à l'imagination du spectateur afin qu'il cherche la fin, qu'il juge adéquate. Malgré sa relative courte durée (à peine 1 heure) ce film est digne d'être visionné, car il analyse éloquemment le drame que vivent certains de nos jeunes acculturés et déchirés entre les attraits de l'extérieur ou l'attachement à leur terre marocaine.


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