La cérémonie de clôture, dimanche à Marrakech, du 2ème Forum mondial des droits de l'Homme (FMDH, 27/30 novembre) a été émaillée de moments d'intenses passions comme pour immortaliser dans les cœurs le succès éclatant d'une rencontre de quatre jours de débats, de discussions et d'échange d'idées, de rêves et d'ambitions. Le bal a été ouvert, dès l'entame de cette cérémonie, avec l'appel à observer une minute de silence et à lire la Fatiha à la mémoire des victimes des perturbations climatiques et des inondations qui se sont abattues, ces derniers jours, sur plusieurs régions du Maroc. Au total, douze intervenants se sont succédé sur l'estrade, chacun apportant sa touche à cette cérémonie qui, loin de verser dans la rigueur des propos sobres et dépouillés qui caractérisent habituellement le discours sur les droits de l'Homme, ont préféré donner libre cours au Pathos, au langage du cœur et des émotions. Ainsi, en est-il de l'intervention enflammée de Michel Tubiana, président du Réseau méditerranéen des droits de l'Homme, qui a livré un réquisitoire cinglant sur la situation des droits de l'Homme dans certains pays du pourtour de la Grande Bleue, tout en mettant un accent singulier sur les souffrances du peuple palestinien. «Nous refusons de voir la Méditerranée érigée en mouroir, qu'on ne vienne pas nous dire qu'elle ne peut être autrement», a-t-il sèchement lancé, en référence aux victimes de la migration clandestine, à l'adresse de l'assistance qui l'a plusieurs fois salué par un tonnerre d'applaudissements. Toujours aussi réceptif et généreux, cet auditoire a accueilli avec une standing ovation la montée sur scène de Bassima Halfaoui, veuve du militant et homme politique tunisien assassiné en février 2013, qui a, en femme chevronné et habituée des grands meetings, accompagné l'assistance à réciter l'hymne national tunisien : Ida châabou yawman. Dans la foulée, l'allocution mélancolique de l'Algérienne Nassera Dutour, présidente de l'Association SOS disparus, a plongé l'assistance dans une profonde tristesse avec ces rappels récurrents à la disparition de son fils : «Ca fait 17 ans que je cherche, 17 ans que je me demande, 17 ans que j'interroge, 17 ans que j'attends, 17 ans que je brûle pour connaître la vérité». Piqué au vif, le même auditoire allait être chauffé jusqu'à l'incandescence par l'arrivée-surprise au podium du célèbre chanteur-compositeur libanais Marcel Khalifé qui, toujours aussi calme et posé derrière une barbe sel-poivre qui cerne un visage évangélique, a confié: «J'ai opté pour la musique en vue de prendre la défense des droits de l'Homme». Après cette entrée en matière, il a invité l'assistance à entonner ensemble, sans musique ni instrument hormis sa voix douce et exquise comme pour dire une messe, une de ses chansons les plus célèbres, à savoir «Mountassiba Al Qamati Amchi, «. Et comme pour finir en beauté, l'auditoire a été plongée dans une sorte d'osmose collective que seul un hymne national comme celui du Maroc sait le faire, en récitant religieusement, avec un groupe de jeunes écoliers brandissant les couleurs nationales, «Manbita Al Ahrar «.