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"Egalité entre les sexes et lutte contre la discrimination : APALD" : Quand la jeunesse s'engage : Regards croisés, divergences et relève
Publié dans L'opinion le 07 - 05 - 2016

Quel avenir pour l'égalité entre les sexes ? Quel impact le projet de loi 79.14 relatif à la création de l'APALD aura-t-il sur l'égalité homme femme? Tel est le sujet choisi par de jeunes filles et femmes de différents cursus universitaires d'écoles publiques et privés, pour couronner leur projet de formation. Une préparation qui leur a pris 3 mois. Cette phase terminale qui n'est autre que la création d'un événement, en fin de formation de jeunes étudiantes universitaires âgées de 18 à 30 ans au niveau de plusieurs villes du Royaume, a été couronnée avec succès. Le débat a donné une forte impression sur cette jeunesse débordante d'énergie, très expressive, qui maitrise le sujet et sait plaidoyer. Les questions de jeunes filles et garçons fusaient de toutes parts entre conservateurs, féministes...chacun a trouvé son mot à dire et des réponses concrètes et attestées de la part des représentants de Jossour et du CNDH : Conseil National des Droits des Hommes.
Dans le cadre de la campagne de plaidoyer des Droits des femmes, l'association Jossour : Forum des Femmes Marocaines'' et le Middle East Partnership Initiative « MEPI», en partenariat avec le « Mouvement pour l'égalité entre les sexes et la lutte contre toute forme de discrimination » qui est composé d'un groupe d'étudiantes de l'EGE, HEM, IIHEM, UIR, IMBT, UMV, a organisé le 05 Mai 2016 à l'Amphithéâtre de l'EGE à Rabat, une rencontre-débat. L'objectif de cette rencontre, c'était d'élargir le débat public sur le projet de loi 79.14 relatif à la création de l'Autorité pour la Parité et la Lutte contre toutes les formes de Discrimination (APALD), dans le but d'inciter les acteurs gouvernementaux concernés à s'aligner aux exigences de la Constitution de 2011, notamment dans son préambule et ses articles 19 et 164.
La rencontre a connu la participation de Mme Nadia Talbi, la représentante du MEPI : Middle East Partnership Initiative des États-Unis, qui a remercié l'association et les jeunes organisateurs de cet événement qui va dans le sens des droits des femmes. Mme Lisa Bossenbroek, représentante de l'EGE Rabat a encouragé la participation des étudiants pour de telles initiatives. Le regard de cette génération et leur intégration dans le débat politique prouve que le Maroc change et évolue. Ces jeunes donnent leur position sur la loi 79.14 relative à l'APALD, leur projet, elles en font un engagement qui peut leur ouvrir des opportunités. Il y avait aussi la participation de parlementaire, d'experts, de représentants de la société civile et d'une panoplie de jeunes, femmes et hommes. L'objectif étant, en marge de la discussion du projet de loi 79.14 au parlement, de contribuer et de participer au débat public sur ce projet afin d'interpeller les autorités concernées sur l'alignement aux dispositions de la Constitution 2011.
La présidente de l'association «JOSSOUR FORUM DES FEMMES MAROCAINES Mme Omayma Achour a tout d'abord parlé du projet prometteur et innovateur, financé par le MEPI, lequel s'inscrit dans le cadre de la campagne de plaidoyer, et qui a nécessité 12 partenariats. Ce programme ambitieux a connu de grands moments de partage et de dialogue entre ces jeunes de différentes villes et a mis en exergue leur intérêt pour ce qui est de l'égalité et leur implication dans cette cause nationale. Dire qu'il leur faut juste un espace d'échange et l'accompagnement.
Ces jeunes ont suivi trois cycles de formation au cours desquelles elles ont appris à maitriser les techniques de plaidoyer, tout un arsenal juridique, le plaidoyer à travers les nouvelles technologies d'information et de communication et le réseautage aussi bien que l'organisation d'évènements. Elles ont réussi le business plan et pu « décrocher » des partenaires de haut niveau. Parmi les 17 objectifs du développement durable(ODD), rappelle Mme Achour, le plus important, c'est de passer le flambeau, ce que Jossour a pu réaliser avec des valeurs d'égalité et de citoyenneté. Ce qui fait d'elles la relève.
Les étudiantes de 5 écoles à Rabat, ont choisi, pour ce grand évènement, un sujet d'actualité brûlante, l'APALD, consacré dans l'article 19 de la Constitution. Elles ont suivi un cycle de formation pendant un mois sur les techniques de plaidoyer, comment faire le plaidoyer sur internet, organiser un événement. Cette manifestation montre que la formation leur a bénéficié, les étudiantes ont réussi le débat sur un sujet qui prend de plus en plus d'ampleur au Maroc. Si le choix s'est opéré sur les jeunes, c'est parce que ce sont elles qui vont porter le flambeau et défendre les droits des femmes dans le futur. A jossour, nous avons une nouvelle vision, celle de sensibiliser sur les droits des femmes. Notre population marocaine est aujourd'hui constituée de 50% de femmes et de 50% de jeunes, elles doivent connaitre leurs droits et leurs obligations. A travers cette campagne de plaidoyer, ces jeunes étudiantes universitaires sont déjà outillées, sur les droits, sur la Cedaw..., elles ont commencé, à travers cet événement, à faire du plaidoyer.
Pour ce qui est de son avis sur la problématique de la mise en place de l'APALD, en tant que présidente d'une association, Mme Achour parle de la responsabilité des parlementaires, maintenant que ce projet est entre leurs mains, de faire en sorte qu'il soit recadré et veiller à ce qu'il applique les articles constitutionnels. Notre Constitution est très avancée, elle prône l'égalité et c'est le fruit de longues années de militantisme sur les droits des femmes. Un militantisme qui devrait être visible. Malheureusement, on sent qu'il y a un rejet des recommandations et des propositions des mouvements des droits des femmes, mais le plaidoyer continuera pour aboutir à l'égalité et à la parité. C'est pour le Maroc de demain, pour que les jeunes trouvent un espace de démocratie et d'égalité. La problématique réside dans une lecture non approfondie du traité de Paris. Il faut le lire jusqu'au bout, quand on prend des phrases d'un contexte, on le vide de ses valeurs et de son fondement. Toujours est-il que ce gouvernement est loin de considérer les femmes comme des priorités. Pourtant ce sont elles qui éduquent, qui investissent aujourd'hui le marché de l'emploi...
Mme Sara Loukili, co-présidente « Le mouvement pour l'égalité entre les sexes et la lutte contre toutes formes de discrimination », une association née à travers cette formation de Jossour, parle de la jeunesse marocaine, pleinement engagée dans la transition démocratique et la marche vers un état de droit. Ajoutant que les gains d'une réforme devraient être partagés. En tant que jeunes femmes, on se sent exclus, il y a certaines complexités et paradoxes dans ce volet. Le débat est une manière d'élargir la concertation et d'inciter les concernés.
M. Abd Errazak El Hanouchi, Représentant du Conseil National des Droits de l'Homme a parlé de ce sujet d'actualité assez brûlant. La démarche entreprise par Jossour est très intéressante dans la mesure où elle a impliqué la jeunesse dans cette thématique de concrétiser l'égalité entre les sexes et la lutte contre la discrimination. Surtout qu'on a besoin de relève pour s'approprier cette cause et s'impliquer pour amener le pays à plus de dignité humaine, abstraction faite de toute discrimination. Ce projet de loi a été porté par le mouvement pour les droits des femmes et l'égalité homme femme. Lors de la mise en place de la commission consultative de la Constitution, le bilan parle de 180 mémorandums, entre coalitions, associations, institutions sur la perception de la Constitution. On est arrivé à l'adoption d'une institution qui fait partie intégrante du système de protection du droit délibéré, elle est constituée par 4 organismes : le CNDH qui a une compétence globale sur les droits et les libertés ; le médiateur du Royaume dont le rôle est la protection des droits ; le CCME dédié aux marocains du monde et l'APALD qui est un mandat thématique de protection de droit et qui devrait répondre à certaines normes universelles qui sont les principes de Paris. La lecture est développée par des sous-commissions lesquelles ont donné certains indicateurs de mesure dont l'indépendance. Le rôle du CNDH est d'éclairer les décideurs : l'exécutif et le législatif, sur le respect par le Maroc des conventions internationales ratifiées. D'ailleurs, les premières études sur l'APALD ont été faites par le CNDH qui veille et suit toutes les étapes. On a produit deux mémorandums sur les pistes et propositions pour que le texte soit conforme à la Constitution.
L'avis du CNDH : le projet souffre de manquements. Les trois objectifs du CNDH, c'est tout d'abord recentrer cette institution dans le cadre du système intégré de protection. La question de la définition est importante même pour les intellectuels qui n'arrivent pas à cerner la question de la parité et de la discrimination. C'est pour délimiter le champ de travail, car, on n'a pas dans la juridiction à quoi se référer puisqu'on légifère sur des thématiques nouvelles. Le troisième objectif, c'est se conformer aux principes de Paris surtout aux prérogatives de la protection et de la promotion. Le texte est avare en matière de protection.
Pour Rhizlaine Benachir, Vice Présidente de l'association «JOSSOUR FORUM DES FEMMES MAROCAINES», si l‘objectif de la formation était d'informer et de sensibiliser les jeunes, elles nous ont devancé et crée leur propre mouvement. Cette grande militante des droits de la femme a parlé des spécificités de l'article 19 de la Constitution, mais aussi de ses 14 dispositions qui ont trait aux droits des femmes. C'est une vraie victoire du mouvement féminin qui y a travaillé d'arrache-pied. La mobilisation et l'engagement de ce mouvement féminin solidaire est encore plus forte pour que ce projet de loi soit réformé. Surtout sachant que pour ce gouvernement, la question des droits n'est pas une priorité. On a été écarté de ce processus. Plusieurs manquements planent sur ce projet. La notion d'indépendance est très importante : le chef du gouvernement nomme 10 membres de l'APALD. L'autre point, c'est la définition de la discrimination, de l'APALD...il y a cette volonté de ne pas clarifier ces points. Aussi, il y a intégration d'autres individus : famille, enfance, personnes en situation de handicap, alors que l'article19 de la Constitution est clair, l'APALD est spécifique à l'égalité homme femme. Lors de la discussion du projet de loi, mercredi, tous les parlementaires ne se sont pas impliqués, malheureusement, l'absentéisme a primé comme toujours.
On a besoin d'un pays égalitaire et démocratique, qui bénéficie à toutes les catégories hommes et femmes, pour faire avancer et développer ce pays. On n'a déposé au parlement ce projet qu'à la veille des élections, en fin de mandat gouvernemental, pour le noyer dans les réformes du code électoral et autres. S'il est voté au parlement tel qu'il est, s'il n'y a pas d'amendements, la société civile ne va pas croiser les bras et va déposer plainte devant la Cour constitutionnelle.
A propos de Jossour Forum
des Femmes Marocaines:
Jossour, une association à but non lucratif fondée en juillet 1995 par des militantes et des potentialités actives sur le terrain, a pour objectif le renforcement des compétences des femmes marocaines en vue d'une meilleure participation et investissement de l'espace public à tous les niveaux, économique, social, juridique, culturel et environnemental. L'association, qui est représentée localement par des sections à Rabat, Salé, Asilah et Mèknes, vise les hauts postes de responsabilité et de décision politique pour un rayonnement sur le plan international. Dans cette optique, Jossour FFM mène des actions de plaidoyer et de proximité afin de promouvoir les valeurs et les principes de la citoyenneté réelle et effective, d'encourager l'autonomisation des jeunes et le réseautage entre les femmes. Sa recherche action vise une modernisation des outils et des mécanismes d'apprentissage et de suivi en marge d'un meilleur plaidoyer auprès des autorités et des partis politiques. Parmi les formations assurées par Jossour, non épisodiques, la Formation des candidates aux élections législatives, communales, régionales et provinciales, la Participation à la rédaction du « Plan d'intégration de la femme au développement », le Réseautage avec le « Printemps de l'égalité » et le réseau « Femmes pour Femmes » pour la défense des droits de la Femme marocaine, l'Elaboration du mémorandum revendicatif concernant le Code de la Famille adressé au Cabinet Royal, à la Commission Royale chargée de l'élaboration du nouveau Code de la Famille et au gouvernement, partis politiques.....L'association a également organisé des tables rondes sur la révision du Code de la famille et du Code de la nationalité et a participé à la commission nationale de la rédaction de la constitution de 2011. En plus des actions de plaidoyer qui sont menées par l'ensemble des sections membres, deux grands créneaux de proximité ont été retenus comme domaine d'interventions prioritaires de l'association. Il s'agit de l'action d'alphabétisation fondamentale et juridique, et, du développement des activités génératrices de revenus, entre autres, en matière d'artisanat et d'art culinaire. Le meilleur moyen d'améliorer les conditions de vie des femmes et de permettre une réelle autonomie.
Jossour est membre fondatrice du réseau «Printemps de la dignité» pour la révision du code pénal, assure la coordination de la coalition « Printemps des femmes pour la démocratie et l'égalité » regroupant différents acteurs de la société civile pour la défense des droits des femmes selon la nouvelle Constitution. Au niveau international, JossourFFM est membre du réseau arabe des organisations féminines AISHA et assure la vice-coordination de la partie marocaine, Membre du réseau des femmes chercheures africaines, Membre du réseau Karama, réseau de femmes arabes de la région MENA, œuvrant pour la promotion des Droits des Femmes...
A propos du MEPI :
Le MEPI des Etat Unis, une initiative de partenariat entre des organisations et des personnes du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord, soutient les efforts des organisations de la société civile, des leaders de la communauté, des femmes et des jeunes militants, des groupes du secteur privé et autres, afin de les aider à apporter un changement positif dans la société. Ces subventions locales, régies par la demande et des accords de coopération, sont conçues pour promouvoir le changement positif, les activités de sensibilisation et l'activisme civique ; pour renforcer la société civile ; soutenir les efforts des citoyens en matière d'autonomisation économique, sociale et politique; développer les opportunités pour les femmes et les jeunes; renforcer l'État de Droit; développer des médias indépendants et permettre aux communautés de travailler avec les gouvernements afin d'améliorer leur quotidien et avenir. Grâce à des subventions régies par la demande et des accords de coopération, le MEPI soutient, dans le cadre d'un partenariat, les efforts des organisations de la société civile, des leaders de la communauté, des femmes et des jeunes militants, des groupes du secteur privé et autres, afin de les aider à apporter un changement positif dans la société.


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