385 dollars par conteneur. C'est l'addition que devront désormais supporter nos exportateurs d'agrumes, de primeurs, de pièces automobiles et de textiles. Une addition décidée depuis Genève, Marseille ou encore Copenhague, où on ne connaît ni les stress des conserveries d'Agadir ni les urgences logistiques des usines de Tanger. Une addition que le Maroc encaisse, comme on encaisse une facture d'électricité, en maugréant, mais en payant. Car voilà la vérité que cette guerre au Moyen-Orient met à nu : nous sommes dépendants. Structurellement, dangereusement dépendants de trois armateurs qui, du jour au lendemain, peuvent décider qu'un conteneur coûtera plus cher, sans consulter, sans négocier. Mais, derrière ces 385 dollars, bien des enjeux sont en jeu chez nous. C'est que la guerre au Moyen-Orient fait des victimes collatérales. Elles sont au Maroc et travaillent dans l'export, l'agro-industrie, la logistique. Elles ne portent pas d'uniforme, mais sont en première ligne. Que faire alors ? On se console en regardant Tanger Med engranger les 900.000 EVP supplémentaires détournés par Le Cap ? On se félicite que notre hub devienne incontournable ? Le paradoxe marocain est là. Nous avons l'un des ports les plus performants de Méditerranée, mais nous n'avons pas prévu les moyens de protéger ceux qui le font vivre. Les plus grands armateurs sont là, mais nous n'avons pas les garde-fous qui nous protégeraient quand la géopolitique s'emballe. 385 dollars, ce n'est pas qu'une surcharge. C'est le prix de notre absence de flotte nationale. Les surcharges finiront par retomber. Les routes maritimes se réajusteront. Une accalmie viendra, comme toujours. Mais nous, accélérerons-nous enfin le fameux chantier de flotte nationale ? Mereim Allam / Les Inspirations ECO