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Huiles frelatées : Après 57 ans, l'affaire est toujours d'actualité
Publié dans L'opinion le 01 - 08 - 2016

Il s'agit du drame qui a paralysé des dizaines de milliers de personnes, causant le décès d'enfants dans la fleur de l'âge, détruisant l'avenir d'autres, qui, presque sans soutien matériel, s'estiment grandement lésés, sans formation professionnelle, et dans l'incapacité de reprendre le chemin de
l'éducation, se retrouvaient tantôt obligés de mendier, tantôt pris en charge difficilement par leurs familles ou ce qu'il en restait.
En effet, la majorité des victimes étaient de familles à revenu plus ou moins modeste, séduites par le prix très attractif de l'huile proposée à 50 centimes le litre, et ne se souciant guère de ses composantes. Mais on ne peut tout de même les accuser d'inattention, car le seul indice qui pouvait les alarmer était sa couleur foncée, que les vendeurs justifiaient par le fait que l'huile était fraîchement pressée. Ni odeur ni goût, le crime parfait, auraient dit les malfrats. Les bénéfices furent astronomiques et extrêmement rapides, vu que l'huile de moteur d'avion, que les victimes avaient reçue des bases américaines fraîchement récupérées de Sidi Kacem, Nouacer et Sidi Yahya, dans le but de les mélanger à l'huile de table, ne leur avait coûté qu'une bouchée de pain.
Le noyau de l'opération se situe à Meknès dans une petite usine artisanale. L'huile avait été entreposée dans un local qui se trouvait à Bab Serrak en face du mausolée de Moulay Ismaïl.
Les premières vagues de victimes commencèrent à se ruer vers les hôpitaux de la ville en septembre 1959, dans la période des fêtes du Mawlid.
Derrière cette tragédie était un commerçant en huiles comestibles de la marque « Le Cerf», nouvellement créée en 1959 pour la circonstance. Il est resté en liberté et a même repris ses affaires, surprenant toutes les personnes qui le croyaient mort après sa condamnation, ou au moins derrière les barreaux.
Des mois d'enquête et l'aide de plusieurs pays, furent nécessaires pour remonter la filière et expliquer cette énorme intoxication collective.
Selon un témoin français qui vivait à Meknès au moment des faits : «Après un procès exemplaire, ce commerçant fut condamné à mort. Quelques années plus tard, quelle ne fut ma surprise en le croisant Bd de Strasbourg, vaquant à ses affaires ! L'ami qui m'accompagnait m'annonçait qu'il avait été gracié puis relâché».
Triomphante de son succès, l'huile se propagea rapidement sur une grande partie du territoire. En juillet et août 1959, elle arriva à Nador et Al-Hoceima, et, en octobre, à Sidi Kacem. Mais l'affaire concernait d'abord Meknès où avait été écoulée une bonne partie de la production, notamment auprès des fabricants de beignets traditionnels, qui l'avaient achetée en grandes quantités, faisant des ravages sur le banc des écoliers. La composante principale qui causait ces dégâts était le TCP (Tri-meta-Cresyl Phosphate), substance incolore, inodore et sans goût, qui rien qu'en l'inhalant pouvait provoquer des maladies incurables.
Les symptômes de la maladie étaient : fièvre, nausée et paralysie des mains et des jambes. L'imaginaire populaire avait donné le nom de «Bourekabe» à cette maladie que personne ne connaissait mais qui n'épargnait pas son homme.
Lors de l'enquête de l'OMS et de l'université d'Oxford, il a été démontré qu'un litre d'huile «Le Cerf» était mélangé à 67% avec de l'huile de moteur et à 33% l'huile de table.
Au début, les personnes empoisonnées étaient considérées comme victimes de la poliomyélite, une maladie infectieuse d'origine virale pouvant entraîner des paralysies plus ou moins graves. Mais en l'absence de symptômes concluants, aucun traitement spécifique n'était donné aux victimes. On se contentait de faire une injection aux victimes et de leur donner quelques vitamines. Le Maroc demanda donc l'aide internationale de l'OMS, de la Croix Rouge et des pays comme la France, le Canada et la Grande-Bretagne. En octobre 1959, grâce à l'aide de l'OMS, deux éminents épidémiologistes anglais arrivent d'Oxford, les docteurs J.M Spalding et Honor Smith.
Le temps commençait à presser, c'est ainsi qu'en septembre 1959, 300 cas étaient signalés quotidiennement à Meknès, sans oublier les autres villes comme Khémisset. Les autorités sanitaires savaient que ce n'était pas la poliomyélite, mais la maladie restait toujours étrange. Les médecins soupçonnaient un virus d'être à l'origine des infections, ils tardaient toujours à donner un nom à la mystérieuse maladie. Pour eux, l'étude statistique paraîtra comme la seule solution pour détecter l'origine de la maladie. Le constat fut sans appel. La catastrophe n'a touché que les classes défavorisées de la société. L'empoisonnement alimentaire devenait la cause la plus tangible.
Les médecins anglais analysent alors la farine, où ils ne trouvent aucun poison. C'est ainsi qu'un médecin de Meknès leur signala que des habitants de l'ancienne médina soupçonnaient une bouteille d'huile de table dont la couleur se rapprochait de l'huile à moteur. Accompagnés d'agents de l'État, les deux médecins vont à l'ancienne médina, et y découvrent chez un épicier la bouteille d'huile «Le Cerf» qui était de couleur plus foncée que les autres marques. Elle est immédiatement envoyée à l'Institut d'Hygiène de Rabat.
Ce 2 octobre 1959, l'origine de la maladie était connue, et le verdict tombe : cette huile est mélangée avec de l'huile de moteur qui contient le TCP.
À ce moment-là, déjà 9.000 personnes ont été paralysées dans les différentes villes. 20% des habitants dans la ville de Khémisset et des milliers dans d'autres régions. Quand les contaminations se sont arrêtées, en 1961, on décomptait près de 20.000 personnes atteintes, sans compter les morts.
Les victimes de l'empoisonnement aux huiles frelatées ont reçu des indemnisations, quoique faibles, juste après la condamnation des malfaiteurs. La loi marocaine ne prévoyait pas à l'époque des sanctions pour ce genre de délits dans le droit positif. Les juges se sont référés au droit religieux, ce qui n'a eu toutefois qu'un effet temporaire puisque les multiples peines d'emprisonnement n'ont pas été purgées, et les condamnés à mort n'ont eu aucun souci à se faire.
Les rares personnes ayant purgé leur peine d'emprisonnement furent relâchées en 1963, bénéficiant de la grâce royale. La prise en charge des victimes fut défaillante, le Maroc ne disposant alors ni des structures adéquates, ni du nombre suffisant de médecins face aux nombreuses victimes. Malgré l'aide des organisations étrangères telles l'OMS et la Croix Rouge, de même que le matériel fourni par de nombreux pays, et la formation faite aux médecins marocains par leurs homologues canadiens, les cadres formés n'ont pas continué sur cette lancée. Ajouter à cela le montant de l'indemnisation de 50 dhs, qui de 1961 n'a été revu à la hausse qu'en 1992 où une augmentation de 25 dhs fut prononcée. Et ce n‘est que dans les années 2000 que la revalorisation fut plus conséquente sans pour autant pouvoir subvenir aux besoins du moment, sa valeur étant de 1000 dhs mensuelle depuis 2010.
L'association des victimes a vu dans la nouvelle ère l'opportunité d'accéder à leurs droits, mais le dossier traîne depuis des années et le fonds alloué à la cause n'a toujours pas servi depuis sa création, laissant les victimes perplexes quant à l'usage réel de cet argent. Ce fonds étant issu des timbres postaux fixés au prix de 4 dhs et imposés à l'achat de tout nouveau véhicule, mais aussi de nombreux évènements sportifs et culturels de l'époque, et de dons faits par des particuliers. Tout cet argent est versé dans une caisse spéciale ouverte pour l'occasion.
Les victimes assurent avoir plus qu'assez de manifester pour un argent qui devrait être le leur. Il leur permettra de vivre leur retraite dans des conditions décentes, puisqu'elles ont pour la plupart plus de 60 ans, et n'ont pas de quoi se payer le minimum vital. Elles revendiquent, entre autres, une revalorisation à hauteur de 7500 dhs par mois, et que le gouvernement accepte de les entendre pour négocier. Ils veulent cesser ainsi ces poursuites en justice qui ne leur rapportent pas plus que les manifestations en face du parlement.


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