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La Côte d'Ivoire tend-elle vers une Présidentielle apaisée en 2020 ?
Publié dans Maroc Diplomatique le 19 - 03 - 2019

A l'approche de la course vers le Pa­lais d'Abidjan en 2020, les événe­ments semblent se succéder à une vitesse vertigineuse en Côte d'Ivoire, fai­sant que la scène politique dans ce pays de l'Afrique de l'Ouest, se placera désormais sous la loupe d'experts et d'observateurs parmi les plus avertis.
Face aux gesticulations à répétition des principaux acteurs politiques ivoiriens, la question qui se pose est celle de savoir si la Côte d'Ivoire serait en mesure de préserver la paix et la stabilité pour la tenue d'élection présidentielle apaisée en 2020 ? La question est d'autant plus légitime que ce pays a tra­versé des moments difficiles et des pages sombres par le passé notamment, avec une crise postélectorale de 2010- 2011 aux sé­quelles les plus marquantes à ce jour. Une crise qu'on puisse qualifier pour la moindre de «sanglante» et «meurtrière», avec plus de 3.000 vies humaines perdues et des milliers de familles endeuillées, selon les chiffres des Nations unies.
La question est logique car, la Côte d'Ivoire qui, depuis 2011, plus précisément depuis l'accession officielle du Président Alassane Dramane Ouattara (ADO) aux commandes de son pays, continue de réali­ser des performances économiques considé­rables : entre autres, un taux de croissance annuel soutenu, aux alentours de 10%, de grandes performances dans le Doing Bu­siness 2019, etc. Un exploit qui n'était guère possible sans un véritable climat de paix et de stabilité, et de renforcement de l'édifice démocratique, gage de toute confiance des investisseurs. Ceci dit, si les Ivoiriens se trouvent épuisés par les longues années de crises politico-militaires et aspirent plus à une paix durable et une réconciliation effec­tive, 2020 serait-elle celle de la consolida­tion de ces acquis ?
ADO et les promesses d'une présidentielle apaisée en 2020 :
Dans son discours adressé aux Ivoiriens, à l'occasion du nouvel an 2019, Alassane Dramane Ouattara a promis de continuer à consolider l'édification démocratique de la Côte d'Ivoire. « Notre débat démocratique doit être à la mesure des attentes des Ivoi­riens, conforme à nos idéaux de tolérance, de respect et de paix. Il y va de la consolida­tion de notre démocratie et de la stabilité de notre Nation », a-t-il souligné.
A ce propos, des instructions ont été données au Premier ministre à l'effet d'in­viter dès le mois de janvier, les respon­sables des partis politiques à se joindre au gouvernement en vue de réexaminer la nouvelle composition de la Commission électorale indépendante (CEI) et ce, en prenant compte des recommandations de la Cour africaine des droits de l'Homme et des peuples, pour que cette instance soit à la hauteur de la Présidentielle de 2020.
Alassane Ouattara a rappelé qu'au-delà des divergences politiques, il n'y a qu'une « seule Côte d'Ivoire, notre patrie com­mune ». Elle est une et indivisible. C'est pourquoi, a-t-il dit, « nous devons veiller à ce que les mutations politiques en cours ne fragilisent pas la cohésion des Ivoiriens ».
Si dans sa missive adressée à la nation, ADO s'est engagé solennellement à conti­nuer à travailler pour l'union et le rassem­blement de tous les Ivoiriens autour des idéaux de paix, de dialogue et de fraternité, tels que légués par le Président Félix Hou­phouët-Boigny, sur le terrain, beaucoup d'événements laissent prédire que cette ambition ne serait nullement une entreprise aisée.
La rupture RDR et PDCI-RDA ouvre le pays sur d'autres scénarii :
A commencer par la rupture entre ADO (fondateur du parti le Rassemblement des Républicains : RDR), et Henri Konan Bé­dié (HKB), patron du Parti Démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI) en raison, de di­vergences de taille concernant le parti unifié dit : le Rassemblement des Houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), et le rejet par le RDR de toute alternance en 2020 en faveur d'un président PDCI. Ce re­trait du PDCI de la coalition au pouvoir, dit-on, laisse dire que c'est toute une coalition RHDP qui gouvernait le pays depuis 2011, qui a volé en éclat.
Au lendemain de cette rupture, HKB oeuvre pour un PDCI, nouvelle version, qui émet tout l'espoir de pouvoir renforcer cette formation politique et mieux la préparer pour les prochaines élections présidentielles, sans exclure la possibilité de recourir à des alliances avec d'autres partis politiques. En effet, ce n'est pas uniquement cette rupture avec le parti unifié (RHDP) qui a marqué, ces derniers mois, la vie de la plus vieille for­mation politique de Côte d'Ivoire. Le PDCI est en phase d'opérer des réaménagements internes. Devant ce chantier mené par HKB, c'est le 23 décembre 2018, qu'un collectif de ministres PDCI avec à leur tête, l'ex-Pre­mier ministre et actuel vice-Président de la République de Côte d'Ivoire, Daniel Kablan Duncan, qui vient annoncer la création du mouvement PDCI- Renaissance au sein de ce Parti.
La Côte d'Ivoire du XXIe siècle saura, sans nul doute, compter sur ses fils et ses filles, ceux et celles épris de justice, de paix et de stabilité pour franchir le cap de 2020 et poursuivre sa marche vers le développement, le progrès et l'émergence.
Dire « Niet » à la rupture du PDCI d'avec les autres partis membres du RHDP afin que se poursuive le dialogue entre les Présidents Alassane Ouattara et Henri Konan Bédié. Voici là, l'essentiel du message dont étaient porteurs Daniel Kablan Duncan, Albert François Amichia, Siandou Fofana et l'en­semble des autres ministres membres du PDCI-RDA.
Faisant montre de sa « grande sagesse » , Daniel Kablan Duncan avait estimé que les enjeux et les défis pour la paix aux­quels la Côte d'Ivoire fait face, doivent maintenir le PDCI dans l'esprit du dia­logue permanent avec ses frères et soeurs de l'alliance des Houphouetistes. Il avait estimé, certes, légitime pour le PDCI de vouloir accéder au pouvoir d'Etat mais, cela ne pourra se faire nulle part ailleurs qu'avec le RHDP. Cela laisse comprendre que ce collectif des ministres PDCI ne dit pas « solennellement » qu'il quitte le PD­CI-RDA, ni encore qu'il adhère désormais au RHDP unifié. Seulement, il refuse la rupture entre ces deux formations et pré­conise le dialogue.
Il a donc fallu attendre le jeudi 03 janvier 2019, pour que le divorce soit désormais consommé entre le « Sphinx de Daoukro », et Daniel Kablan Duncan, compte tenu des divergences de vue entre les deux hommes d'Etat concernant le RHDP unifié. Dans ce cadre, HKB a finalement décidé d'éloigner Daniel Kablan Duncan de la vice-présidence du PDCI ainsi que trois autres ministres pro- RHDP.
Au rang des personnalités du PDCI qui subissent le courroux de HKB, figurent aussi Patrick Achi qui occupe le poste de secrétaire général de la Présidence ivoi­rienne, Théophile Ahoua N'Doli, Jean Claude Kouassi, Aka Aouélé et François Albert Amichia. D'autres personnalités, no­tamment le Gouverneur d'Abidjan, Robert Beugré Mambé, Jeannot Ahoussou-Koua­dio et Charles Koffi Diby, respectivement président du Sénat et président du Conseil économique, social, environnemental et culturel.
Quid des nouveaux scénarii du PDCI-RDA sur la scène politique ivoirienne ? Toute la question qui se pose est de savoir si le PDCI mènera le combat seul en prélude à la Présidentielle de 2020 ou s'il accepte­ra d'adhérer à des alliances politiques pour augmenter ses chances lors des prochaines joutes électorales ? Dans ce sillage, on se rappelle la rencontre de HKB avec le lea­der du Front populaire ivoirien (FPI- op­position), Pascal Affi N'Guessan, au terme de laquelle, HKB s'est dit favorable à un rapprochement avec son ennemi politique d'autrefois.
« Rien ne s'oppose à ce que dans une plateforme comportant toutes les forces vives de la Nation, dont les partis politiques, le PDCI et le FPI se retrouvent ensemble », a-t-il assuré.
Si, une telle alliance arriverait à prendre corps, elle aurait toutes les chances de dé­crocher de meilleurs résultats. Ces deux for­mations politiques disposent de larges bases populaires et d'un nombre conséquent de sympathisants sur l'ensemble du sol ivoi­rien. Une rencontre similaire a été tenue à Daoukro entre HKB et Guillaume Kigbafori Soro, président de l'Assemblée nationale, dont les membres du mouvement dit les « Soroistes » affichent déjà l'ambition de le voir briguer un mandat pour 2020.
L'acquittement de Laurent Gbagbo par la CPI et ses retombées
Mieux encore, la décision prise mardi 15 janvier 2019, par la Cour pénale interna­tionale (CPI) au sujet de l'acquittement de l'ancien Président, Laurent Gbagbo, et de son bras droit, Charles Blé Goudé, n'a pas laissé HKB indifférent. Ce dernier, dans un communiqué officiel rendu public le 15 janvier 2019 depuis Daoukro, son fief, a, au nom du PDCI, exprimé sa grande joie de la libération définitive de Gbagbo.
« Je me félicite et salue, au nom du PD­CI-RDA et de mes compatriotes, cette dé­cision courageuse qui honore la justice in­ternationale », écrit-il, avant d'affirmer que « cette décision m'apparait assurément être une opportunité qui renforce les chances de la réconciliation nationale et de la consoli­dation d'une paix durable dans notre démo­cratie ». Si l'acquittement de Gbagbo des charges de «crimes contre l'humanité» a constitué, sans nul doute, un événement ma­jeur aux répercussions directes sur la scène politique ivoirienne, la CPI vient de sus­pendre mercredi soir 16 janvier 2019, cette décision après un nouvel appel interjeté par le Procureur de cette juridiction.
Suite à cet appel, la CPI a décidé que les deux hommes doivent «rester sous sa garde» jusqu'à ce que l'appel du parquet contre leur acquittement soit examiné. Gba­gbo et Blé Goudé avaient à leur charge 4 chefs d'accusation à savoir : crimes contre l'humanité, meurtres, viols et persécutions et autres actes inhumains. En cas d'acquit­tement total de Gbagbo, plusieurs questions trouvent leur justification à savoir : Décide­ra-t-il de regagner la Côte d'Ivoire ? Quel rôle jouerait-il sur l'échiquier politique ivoi­rien en prélude à la Présidentielle de 2020 ? Réussirait-il à réunifier les rangs du FPI ?
Dans cette même logique, la décision de la CPI du 15 janvier 2019 a provoqué une grande liesse au sein des partisans du fils de la commune abidjanaise de Yopougon, poussant le gouvernement à appeler les Ivoiriens à « garder de la compassion pour les victimes» de la crise postélectorale de 2010- 2011. Pour les autorités ivoiriennes, le retour à la Côte d'Ivoire est une décision qui revient à Laurent Gbagbo, appelant «l'ensemble des populations au calme, au pardon et à la réconciliation ».
Et Guillaume Soro dans ce nouveau paysage politique ivoirien ?
Homme politique fort de la Côte d'Ivoire, le patron de l'hémicycle, Guillaume Kig­bafori Soro (GKS), continue de susciter la curiosité des observateurs. Le 17 décembre 2018, au-lendemain de la rupture consom­mée entre le RDR et le PDCI-RDA, on assistait à une rencontre solennelle entre HKB et GKS dit son « protégé », « son fils brillant », « valeureux et courageux ». Un rapprochement politique qui n'a pas été vu du même oeil par des acteurs politiques ivoi­riens. Certains allaient jusqu'à avancer que si les deux hommes rejettent l'adhésion à un parti unifié, chacun d'eux demeure ani­mé par des ambitions présidentielles qui devraient les diviser. D'autres voient dans cette concertation une « trahison » au chef de l'Etat, ADO. D'autres y voient un rap­prochement de circonstance en arrivant mal à concevoir comment une conciliation avec le FPI pourrait prendre corps.
Face à toutes ces interprétations «poli­ticiennes», il ne faut pas oublier que les deux hommes politiques entretenaient des relations depuis 23 ans après des années de militantisme politico-syndical mené par GKS au cours desquelles, il avait fait preuve d'une intelligence remarquable et d'une vi­sion stratégique en matière de gouvernance politique. Aux termes donc de cette ren­contre, GKS n'avait pas affiché clairement ses ambitions pour la Présidentielle de 2020, se contentant de faire valoir les valeurs de paix, du pardon et de réconciliation comme condition sine qua non d'un avenir radieux pour la Côte d'Ivoire.
Il a donc fallu attendre le jeudi 3 janvier 2019, pour que le divorce soit désormais consommé entre le « Sphinx de Daoukro », et Daniel Kablan Duncan, compte tenu des divergences de vues entre les deux hommes d'Etat concernant le RHDP unifié.
Il a aussi démenti toute allégation concer­nant sa rupture avec ADO, notant avoir in­formé le locataire du Palais d'Abidjan, de son déplacement à Daoukro. Le 13 janvier 2019, Guillaume Soro a fait couler encore beaucoup d'encre après avoir effectué des visites fraternelles et de solidarité, aux dé­putés Jacques Ehouo (PDCI) et maire du Plateau, accusé de détournement de fonds, et Alain Lobognon, un proche de Soro placé sous mandat de dépôt et incarcéré à la prison d'Abidjan. Un autre fait majeur qui a suscité l'intérêt des médias a été relayé par l'hebdo­madaire Jeune Afrique qui dans sa livraison avait annoncé que fin décembre 2018, onze membres de la garde rapprochée de Soro ont été envoyés en formation sans être rempla­cés.
Pour sa part La Lettre du Continent, croyait savoir que Soro a signifié, orale­ment, à Alassane Ouattara, sa démission du poste de président de l'Assemblée nationale, lors de leur entrevue du samedi 5 janvier 2019. Le conseiller en communication de Soro, Moussa Touré, appelé à tirer au clair ces affaires, a affirmé qu'effectivement des membres de la garde rapprochée de Soro ont été rappelés sans avancer de chiffres. Et d'ajouter que «depuis 2014, on a assisté à une réduction progressive des éléments de la garde rapprochée» sans fournir de commentaires ou de critiques à ce sujet. Concernant l'éventuelle démission remise «oralement» au président de la République, Moussa Touré s'est dit «fortement surpris», avant de rappeler le principe de la sépara­tion des pouvoirs. Il a précisé à ce sujet que «Si M. Soro, Président de l'Assemblée na­tionale devait remettre sa démission, ce ne serait pas au Président de la République Alassane Ouattara. Mais plutôt au collège de députés l'ayant élu».
Toutefois, malgré ces précisions, plusieurs médias ivoiriens continuent de parler d'une «hypothèse très sérieuse» de démission du PAN (président de l'Assemblée nationale), car c'est bien lui qui s'est montré peu favo­rable à la création du parti unifié (RHDP). Aussi, il s'est montré distant des préparatifs du congrès du parti unifié prévu le 26 janvier 2019. A cela s'ajoute qu'au sein du RDR (parti d'origine de Soro) certains cadres ap­pellent déjà à sa démission en cas de rejet du RHDP. Du côté de son entourage, on tient à avancer que si le Patron de l'Assemblée na­tionale sera amené à jeter l'éponge, ce serait pas en raison de «pressions» qu'on lui fait subir mais plutôt, «un choix délibéré» moti­vé par des raisons personnelles car, c'est bien lui qui cherche désormais à se donner du temps pour glaner des diplômes, en décidant d'obtenir un «Ph D en Finances» à la pres­tigieuse université américaine de Harvard après avoir décroché un MBA en finances de l'école de commerce de Lyon.
De ce qui précède, la Côte d'Ivoire du XXIe siècle saura, sans nul doute, compter sur ses fils et ses filles, ceux et celles épris de justice, de paix et de stabilité pour fran­chir le cap de 2020 et poursuivre sa marche vers le développement, le progrès et l'émer­gence. Le pays a réalisé de grands acquis sur la voie du pardon et de la réconciliation, et ne serait en aucun cas prêt à les faire tomber dans l'eau, pour laisser le champ libre à des calculs politico-politiciens étriqués.


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