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La bête immonde du fanatisme est toujours vivante...
Publié dans Maroc Diplomatique le 31 - 05 - 2020

Au lendemain de l'instauration de l'état d'urgence, on a pu suivre, à travers les réseaux sociaux, des vidéos montrant des hordes de gens sortir, en masse, dans plusieurs Villes : Tanger, Fès et Salé. Aux sons de tonitruants «Allaho Akbar», ils sillonnaient les boulevards, rues et ruelles de ces villes. Bien avant qu'ils ne sortent de leurs maisons, cela avait débuté dans les appartements, dont les fenêtres étaient grandes ouvertes pour faire entendre cet appel à Dieu.
La veille, et depuis quelques jours d'ailleurs, les gens avaient pris l'habitude, un peu partout et dans la plupart des villes du royaume, de scander l'hymne national, à l'instar de ce qui se fait, quotidiennement, dans toutes les villes du mondes, touchées par le coronavirus : Rabat, Casablanca, Paris, Lyon, Marseille, Madrid, Barcelone, Milan, Rome, Wuhan…
Jusqu'à présent, toutes ces évocations de l'hymne national se faisaient dans une ambiance bon enfant, accompagnées, souvent, par les agents d'autorité qui veillent au respect des consignes de confinement, dans les quartiers, tous répétaient à l'unisson les vers de ce beau poème patriotique.
Mais ce samedi soir-là, la donne a changé et dans ces trois villes. Les gens semblaient ne plus vouloir chanter l'hymne national, ne plus se contenter de psalmodier des versets du Coran chez eux, mais ils ont décidé de sortir massivement dans les rues, par grappes entières, accolées les unes aux autres, ne respectant aucune des consignes de sécurité, pourtant édictées par les autorités publiques, depuis une quinzaine de jours.
On voyait même des gens n'hésitant aucunement, par ce soir de grande pluie, à se prosterner face contre terre, dans une posture théâtrale et culpabilisante à souhait, comme si l'Armageddon avait dévasté le globe, demandant pardon à Dieu...
Mais encore ...
Cette sortie n'était pas improvisée, mais semble avoir été préméditée et préparée depuis un moment, via les réseaux sociaux, par un certain nombre de pseudo-Faqihs et de faux «Raquis». Ces guérisseurs qui prétendent exorciser les vierges autant que les veuves grâce à la lecture des versets du Coran, mais qui usent et abusent, de manière éhontée, de la crédulité de populations analphabètes, ignorantes et socialement précaires. La finalité de cette démarche étant de gommer l'appartenance à l'Etat organisé, avec ses institutions et ses structures et de soumettre ces gens à leur domination et leur influence sectaire, mâtinées d'un savant lavage de cerveau.
Ces prédicateurs de mauvais augure n'ont d'ailleurs pas froid aux yeux, pour affirmer, haut et fort, la paternité de cet événement, qui constitue en soi un acte de défiance et de quasi rébellion contre l'autorité de l'Etat, passibles de lourdes peines au pénal.
Toutefois, les autorités publiques de ces villes ont eu la présence d'esprit de ne pas user de la force, face à la masse que constituait cette population hystérique et dont des femmes, des enfants et des personnes âgées faisaient partie. Les autorités ne pouvaient pas agir non plus tant que des textes réglementaires déclarant l'état d'urgence sanitaire n'étaient pas encore promulgués.
Cela a été fait le dimanche 22 Mars 2020, en Conseil de gouvernement, par la promulgation des décrets 2.20.292 et 2.20.293, pris en respect de l'article 81 de la Constitution et qui donne tous les pouvoirs aux autorités publiques de prendre les mesures qu'elles jugent nécessaires pour lutter contre la pandémie du Covid-19, fixant aussi la durée de cet état d'urgence à un mois, du 20 mars au 20 avril 2020, à 18h00 stipulant les interdictions suivantes : l'interdiction de quitter son domicile, de se déplacer en dehors de son foyer sauf pour des cas de force majeure, de tout rassemblement, réunion ou attroupement d'un groupe de personnes, fermeture de tous les espaces de commerce et tous les lieux accueillant du public, durant toute la durée de l'état d'urgence sanitaire.
Il est à noter que toute personne qui contreviendrait aux dispositions de ces décrets est passible d'une peine d'emprisonnement de 1 à 3 mois et/ou d'une amende allant de 300 à 1.300 dirhams.
Les autorités à pied d'oeuvre
Les autorités publiques ont veillé, depuis le début de cette pandémie, à respecter scrupuleusement le cadre légal de leur intervention, afin qu'on ne vienne pas leur reprocher, par la suite, la prise de mesures qui seraient juridiquement fragiles. Elles ont aussi démontré un professionnalisme et un sang-froid remarquables, face à l'ampleur de la peur, prévisible, qui a envahi tous les esprits. Les dispositions prises par les pouvoirs publics pour organiser, autant que faire se peut, le chaos attendu par les mesures attendues ont permis d'éviter tous les débordements inutiles et les paniques dangereuses.
Par ailleurs, le fait de programmer l'intervention et le déploiement des forces de sécurité, de manière graduelle, avec un discours de sensibilisation et non de rétorsion, ont grandement contribué à la prise de conscience collective de la nécessité impérieuse de respecter les consignes sanitaires.
L'Etat et la majorité de la société marocaine arriveront, sans doute, à combattre le coronavirus, car les gens sont conscients, dans leur grande majorité, de la nécessité du confinement sanitaire. Il en sera autrement pour le combat contre le virus d'un autre genre, instillé dans les cervelles de ces populations, par ces vendeurs de chimères et des au-delà hypothétiques.
Une religion tronquée
Au nom d'une clivante approche religieuse des comportements en société, ces prédicateurs dangereux, essaient, en mêlant un humour gras et épais à leur discours religieux lénifiant et vide de sens, car imprécis et douteux sur le plan scientifique ou réthorique, de montrer aux gens le «droit chemin».
Ayant souvent des parcours scolaires chaotiques et une vie sans intérêt, à la limite de la truanderie, ils s'autoproclament, du jour au lendemain, chantres du «juste islam», ayant su trouver leur chemin, après avoir été de pauvres brebis égarées, suivis en cela par des milliers de jeunes, perdus dans les affres d'une injustice sociale patente.
Quelque part, ce qui s'est passé à Salé, Tanger et Fès, est une excellente chose afin que les pouvoirs publics puissent bien cerner ce type de problème et préparer les outils réglementaires et légaux pour le combattre. Car il est impératif et primordial de crever l'abcès dès à présent, alors que la pandémie est encore maîtrisable. Il est hors de question de permettre que des attroupements et des vagues de marchants, comme ceux de samedi, puissent se réunir une autre fois. Il y va de la sécurité et de la santé de dizaines de milliers de personnes qui risquent fortement d'être contaminées, par la folle imprudence de quelques centaines d'énergumènes écervelés.
Dans ce sens, l'Etat doit être intraitable contre tous ceux qui propagent ce nouveau virus qui attaque la pensée et le bon sens des gens. Des peines de prison exemplaires doivent être prononcées contre tous les agitateurs, qui profitent de l'Internet et des réseaux sociaux pour répandre leur venin contre la société, dans sa globalité.
Aujourd'hui les circonstances sont devenues dramatiques et le comportement de quelques-uns menace la vie de tous les Marocains.
On ne peut pas risquer la vie d'autant de monde par la faute de quelques petites frappes -malheureusement suivies par des milliers de jeunes-, qui sont invitées assez souvent à jouer leur tour de cirque, à la radio, ou à discourir dans des auditoriums de facultés ou dans des mariages. Il suffit d'ouvrir un canal vidéo sur internet pour «admirer» les saillies nauséabondes de ces énergumènes. D'ailleurs, étant connus de tous, ils doivent être neutralisés définitivement.
Ce qui est sûr c'est qu'il y aura un avant et un après Covid-19 Time. Il serait malheureux et fort dommageable, si on ne venait pas à prendre la mesure de la dangerosité de cette bête immonde qu'est le fanatisme religieux et qui est plus dangereuse encore que tous les virus de la terre...
La religion est au-dessus de tout marchandage.
Ce qui est sûr c'est qu'il y aura un avant et un après Covid-19 Time. Il serait malheureux et fort dommageable, si on ne venait pas à prendre la mesure de la dangerosité de cette bête immonde qu'est le fanatisme


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