Le 14 décembre 2025, la ville de Safi a été frappée par un drame d'une ampleur exceptionnelle. Le bilan provisoire fait état de 45 décès, de dizaines de blessés et de plusieurs disparus. Au-delà de l'aléa climatique, cette catastrophe révèle surtout de profondes défaillances structurelles, urbanistiques et environnementales longtemps ignorées. La cité océane a connu, le dimanche 14 décembre 2025, un épisode pluvieux d'une intensité rare, provoquant des inondations aux conséquences tragiques. Selon les autorités locales, ces intempéries ont entraîné des pertes humaines considérables ainsi que d'importants dégâts matériels. Face à l'urgence, une mobilisation rapide et coordonnée des services de l'Etat, notamment la Protection civile, la police et les forces auxiliaires, a été déployée, en étroite collaboration avec les citoyens, afin de mener les opérations de secours et de sauvetage. Cependant, au-delà du déclencheur météorologique, les témoignages recueillis sur place pointent des causes structurelles profondes. « La ville est dans un état catastrophique depuis toujours... les inondations ne sont pas causées uniquement par la pluie », confient plusieurs habitants à Maroc Diplomatique. Un consensus se dégage parmi les résidents interrogés : le débordement de l'Oued Chaaba serait à l'origine principale de la catastrophe. Transformé au fil des années en décharge sauvage, le cours d'eau aurait vu son lit obstrué, entravant l'écoulement naturel des eaux. Cette situation met en évidence les défaillances présumées du réseau d'assainissement et des buses d'évacuation, jugés largement inopérants par la population locale. Lire aussi : Intempéries à Safi : Activation d'un plan d'urgence à l'hôpital Mohammed V pour accueillir les blessés Les conséquences sur le tissu urbain sont dramatiques. Des quartiers entiers, notamment Sidi Boudhab et l'ancienne médina, ont été submergés. Les images largement relayées sur les réseaux sociaux témoignent de la gravité de la situation, montrant un patrimoine historique durement touché, à l'instar du mausolée de Sidi Bou Dhahab, entièrement envahi par les eaux. « L'ancienne médina est dans une situation critique », alertent les citoyens, alors que la ville se retrouve noyée sous la boue, laissant ses habitants démunis face à la destruction de leurs commerces et de leurs habitations. Cette catastrophe met également en lumière une crise environnementale latente. « La pollution envahit la ville », poursuit une source locale. Ce constat est corroboré par une étude de l'Université Cadi Ayyad de Marrakech, publiée en octobre dernier dans la revue scientifique Scientific Reports, qui documente, avec une précision alarmante, la diffusion de métaux lourds dans les sols et la flore de la région. Depuis plusieurs décennies, l'écosystème de Safi subit une dégradation continue, avec des répercussions sanitaires directes sur la population, exposée à de multiples pathologies et allergies. L'état des infrastructures constitue ainsi le cœur des critiques. « L'infrastructure n'est qu'une rumeur. Safi est oubliée depuis des années », déplorent les habitants. Plusieurs témoignages évoquent l'absence de systèmes de pompage autrefois fonctionnels, suggérant un déficit manifeste de maintenance, de planification et d'anticipation. À cela s'ajoute un urbanisme défaillant : l'expansion rapide et souvent anarchique de la ville, au mépris des zones inondables, a rendu des quartiers entiers extrêmement vulnérables face aux aléas climatiques. Pour rappel, la Direction Générale de la Météorologie (DGM) a émis un état de vigilance concernant plusieurs villes du Royaume. Entre le 15 et le 16 décembre, des averses orageuses de 35 à 45 mm sont attendues à Fès, Casablanca, Rabat, ainsi que dans d'autres villes. Pour les provinces d'Al Haouz, Khénifra et Ouarzazate, les précipitations pourraient atteindre 45 à 65 mm, appelant les autorités et les citoyens à redoubler de vigilance et à prendre les précautions nécessaires afin d'éviter de nouvelles catastrophes.