Essaouira, Chtouka Aït Baha, Chkounda, Aït Hammou, M'ghogha, Ouled Hssaïn, Magrane... La réaction du gouvernement pour pallier les dégâts dus aux intempéries qui ont touché, cette année, pratiquement tout le pays, ne s'est pas fait attendre. Alors que les populations de plusieurs régions n'arrivaient toujours pas à sortir de la précarité engendrée par les effets des inondations et des crues, le Premier ministre Abbas El Fassi déclarait jeudi dernier que le gouvernement avait mobilisé 1,67 milliard de dirhams pour faire face aux répercussions des inondations qu'à connues le royaume depuis novembre 2009. Ce montant, alloué au financement du programme d'urgence, est constitué des budgets propres des ministères concernés (Intérieur, Equipement, Agriculture) à hauteur de 915 millions de dirhams et une contribution de 565 millions de dirhams du Fonds de lutte contre les effets des catastrophes naturelles. Les barrages exempts Toutefois, comme l'a précisé le Premier ministre à l'issue du conseil de gouvernement, le coût de ce programme d'urgence n'inclut pas les projets de réalisation des infrastructures de prévention, tels le barrage Mdez à Sefrou, le barrage Ouljat Soltane à Khémisset, le barrage Aïn Laksoub à Essaouira, le barrage Tiouine à Ouarzazate et des dizaines d'autres petits et moyens ouvrages hydrauliques. Autrement dit, les opérations prévues dans le cadre du programme d'urgence concernent les dégâts subis par le réseau routier et les ponts, et l'aménagement des voies d'accès, (un coût total de 640 millions de dirhams) et l'octroi d'une aide directe pour le relogement, pour un coût de 130 millions de dirhams (15.000 DH pour les foyers dont le logement a été totalement détruit et 3.000 DH comme les aides techniques). Pour sa part, le secteur agricole a bénéficié d'une enveloppe de 360 millions de dirhams, destinée à la distribution d'orge, la vaccination du cheptel, l'agriculture alternative et la réhabilitation des réseaux d'irrigation. Les régions du Nord et de l'Oriental n'étant pas en reste, le gouvernement leur a réservé une enveloppe de 225,5 millions de dirhams. Le montant irait spécialement à la poursuite des opérations de prévention des inondations dans la zone industrielle M'ghogha (Tanger), les villes de Fnideq, Nador, Missour et Oujda. Une mesure préparatoire pour les éventuelles pluies de l'année prochaine. Elle concerne en effet l'acquisition et la mise en place de systèmes de veille et d'alerte météorologique pour un montant de 135,5 millions de dirhams, ainsi que la reconstitution du stock de tentes, matelas et couvertures pour un coût d'un million de dirhams. Toutefois, la peur des populations n'est pas près de s'apaiser. Dans la région du Gharb, là ou les intempéries ont fait le plus de dégâts, les habitants des villages de R'zagla, Bhara Sbou, Ouled Boutabet, ou encore Sidi Abdelaziz, savent qu'ils peuvent encore une fois, être isolés l'année prochaine pendant des jours par les eaux des crues. Et Magrane ? Un programme annuel pour la construction de trois grands barrages et vingt autres de petite et moyenne dimensions, c'est ce qui a été annoncé jeudi dernier, à l'issue du conseil de gouvernement, par Abdelkébir Zahoud, le secrétaire d'Etat chargé de l'Eau et de l'environnement. L'objectif de ce programme est de protéger les secteurs encore menacés par les inondations, en accélérant la cadence de traitement de ces zones à raison de 25 cas annuellement. Selon le secrétaire d'Etat, «bon nombre de villes disposent aujourd'hui d'un niveau de protection élevé contre le risque d'inondations, dont Berrechid, Settat et Ksar El-Kebir». Toujours selon Zahoud, une trentaine de sites sur cinquante, parmi les plus exposés aux inondations, et plus de 45 sur 350 sites classés parmi les points noirs, ont été traités. Sur ces derniers, force est de constater que la région du Gharb reste encore la zone la plus sinistrée. «À titre d'exemple, chaque fois que les pluies tombent en abondance, les flots des deux grands oueds, le Sebou et Baht, se déversent dans la commune rurale de Magrane», explique ce cadre associatif installé à Sidi Slimane. Une situation dramatique que vivent les provinces de Kénitra, Sidi Slimane et Sidi Kacem, depuis l'avènement des «années de pluies». 18.000 DH pour reconstruire des ruines Le ministre de l'Habitat, Ahmed Taoufiq Hejira, le sait parfaitement : la paix sociale a un coût et l'accès à un habitat salubre est une composante de la dignité humaine. Invité au JT du vendredi sur Al Aoula, Hejira a déclaré que le gouvernement mobiliserait une enveloppe de 130 millions de dirhams comme aide à la reconstruction des habitations touchées par les inondations. Une somme dérisoire, même très dérisoire, quand on apprend que 18.000 DH seront alloués à chaque ménage, «dont 15.000 sous forme d'aide frontale et 3.000 sous forme d'aide technique, notamment pour payer les architectes, les bureaux d'études et le suivi». Le recensement diligenté par les autorités locales, lui, a fait ressortir le nombre de 11.950 ménages touchés par les inondations. Un chiffre totalement contesté par des acteurs associatifs locaux. «La situation est plus dramatique qu'on ne le suppose. Des quartiers entiers, tels El Ouarka, Ouled Zid et Ouled Malek, ont été engloutis pas les flots des crues », alerte un l'un d'eux, témoin des dernières intempéries de Sidi Slimane. Réponse du berger à la bergère, Hejira affirme que le gouvernement a déjà étudié l'éventualité de «restructuration des quartiers ayant subi des dégâts».Selon lui, le gouvernement procédera à la délimitation des zones inondables, en procédant par zones prioritaires et par niveau de danger, «en vue d'étudier la possibilité soit de faire des ouvrages d'art pour préserver ces villages des inondations, soit de reloger les habitants concernés». Barrage ou maison ? Ce sont les autorités qui en décideront !