Chez les jeunes marocains âgés de 19 à 24 ans, 100 % utilisent les réseaux sociaux. Plus d'un quart d'entre eux consultent leur téléphone au moins douze fois par heure, révélant une dépendance numérique préoccupante, devenue presque ordinaire. Les téléphones se sont imposés comme des compagnons permanents de notre quotidien. Du premier regard posé à l'écran au réveil jusqu'à la consultation des notifications avant le sommeil, le défilement devient réflexe. Cette hyperconnexion constante fragilise peu à peu nos relations humaines et met également notre cerveau à rude épreuve. Cette utilisation excessive a progressivement fait de nous des « nomophobes », c'est-à-dire dépendants du téléphone. Selon le Recensement général de la population et de l'habitat (RGPH) 2024, 84,4 % de la population marocaine âgée de 15 ans et plus possède un téléphone portable personnel, un chiffre qui atteint 89,3 % en milieu urbain, contre 75,5 % en milieu rural. La dernière enquête TIC 2024-2025 révèle que 99,3 % des internautes marocains fréquentent les réseaux sociaux, avec une adoption totale chez les 19-24 ans. 92,4 % s'y connectent chaque jour, contre 81,3 % en 2019, tandis que seulement 7,1 % limitent leur usage à une fois par semaine. 13 % y passent plus de quatre heures par jour, 35 % entre une et deux heures, et 26 % entre deux et quatre heures, alors que les experts recommandent de ne pas dépasser deux heures quotidiennes pour les adultes. Lire aussi : France: vers une interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans dès la rentrée 2026 Les comportements confirment cette dépendance. 79 % consultent leur téléphone avant de dormir, 71 % dès le réveil, 56 % devant la télévision et 41 % pendant les repas. Plus d'un quart des jeunes entre 19 et 24 ans vérifient leur appareil au minimum douze fois par heure, et un internaute sur deux le consulte toutes les 30 minutes, tandis que 16 % le font toutes les 5 minutes. Il n'est donc pas étonnant que la fatigue mentale se fasse sentir dès le matin. Réduire l'utilisation des réseaux sociaux est devenu une nécessité. Comme le souligne Anna Lembke dans « Un monde sous dopamine : Retrouver l'équilibre à l'ère du plaisir instantané », chaque like, commentaire ou vidéo déclenche un pic de dopamine, l'hormone du plaisir, et crée une dépendance comparable à celle de certaines drogues. Cette réalité a même inspiré Oxford University Press à désigner « Brain rot » (pourrissement du cerveau) comme mot de l'année 2024. Le doomscrolling, ce défilement compulsif de mauvaises nouvelles, amplifie le cortisol, l'hormone du stress, surtout le matin. Pour préserver son bien-être, il devient essentiel de se déconnecter, ne serait-ce que quelques heures par jour, et de retrouver un équilibre entre vie réelle et vie numérique. Face à ce constat, certains pays prennent des mesures pour limiter l'exposition des jeunes aux réseaux sociaux. Depuis décembre 2025, l'Australie applique une loi interdisant l'accès aux réseaux sociaux aux enfants de moins de 16 ans. En France, Emmanuel Macron a annoncé un projet de loi comprenant deux volets : le 1er interdit l'accès aux réseaux sociaux aux moins de 15 ans, et le 2ème généralise l'interdiction des téléphones portables dans les lycées, avec une entrée en vigueur prévue pour le 1er septembre 2026.