Le Mercosur et l'Union européenne ont signé, samedi à Asuncion, un accord historique de libre-échange, mettant fin à plus de 26 années de négociations et ouvrant la voie à l'élimination progressive des droits de douane sur plus de 90 % des échanges entre les deux blocs. La présidente de la Commission européenne, Ursula Von der Leyen, a souligné que ce traité, qui concerne quelque 720 millions de personnes et représente un PIB combiné de 22.000 milliards de dollars, envoie « un message fort au monde » et crée un canal de dialogue entre les deux blocs pour aborder des enjeux géopolitiques, tels que la protection de l'environnement et la réforme des institutions internationales. « Nous choisissons le commerce équitable plutôt que les tarifs, nous choisissons un partenariat productif plutôt que l'isolement, et surtout, nous voulons offrir des bénéfices concrets à nos populations », a-t-elle ajouté. Lire aussi : La France votera contre la signature de l'accord UE-Mercosur Le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva n'a pas assisté à la cérémonie, préférant une rencontre la veille à Rio de Janeiro avec Ursula Von der Leyen et le président du Conseil européen António Costa, afin de réaffirmer son rôle de principal artisan du traité. Sur les réseaux sociaux, il a qualifié l'accord de « victoire du multilatéralisme » et souligné qu'il apportera « emplois, revenus, développement durable et progrès économique » aux populations des deux blocs. Bien que son absence à Asuncion ait été remarquée, son rôle a été largement salué par les responsables présents. « Sans Lula, nous n'en serions pas là », a déclaré le président paraguayen Santiago Peña, hôte de l'événement et actuellement à la tête du Mercosur, ajoutant que le traité établit une base solide pour le développement et la prospérité partagée. La cérémonie a également réuni les présidents Javier Milei (Argentine), Yamandú Orsi (Uruguay) et Rodrigo Paz (Bolivie), ainsi que des représentants européens. L'accord prévoit une suppression progressive des droits de douane sur 91 % des exportations européennes vers le Mercosur sur 15 ans, et sur 92 % des exportations du Mercosur vers l'Union européenne sur dix ans. Selon une étude de l'Institut brésilien de recherches économiques appliquées (Ipea), le Brésil devrait être le principal bénéficiaire, avec un gain potentiel de 0,46 % de son PIB d'ici 2040, soit environ 9,3 milliards de dollars. Les exportations et importations brésiliennes pourraient progresser de 3 %, et les investissements de 1,5 % sur quinze ans. La mise en œuvre de l'accord devra être approuvée par le Parlement européen et les législatures nationales des pays du Mercosur, avec une possibilité d'entrée en vigueur immédiate si le Congrès brésilien et le Parlement européen donnent leur aval. Le Parlement européen doit également statuer sur des recours juridiques visant à évaluer le traité, ce qui pourrait retarder son application. Selon le ministre brésilien des Affaires étrangères, Mauro Vieira, le Mercosur-UE constitue « une alliance stratégique et durable, qui favorisera l'emploi, les investissements, l'innovation technologique et le développement durable » et représente « un engagement fort des nations européennes et sud-américaines en faveur d'une multipolarité stable et pacifique ». Le Mercosur, composé du Brésil, de l'Argentine, du Paraguay, de l'Uruguay et plus récemment de la Bolivie, est le principal bloc économique d'Amérique du Sud. Cet accord de libre-échange, négocié depuis 1999, représente une étape majeure pour renforcer l'intégration commerciale et géopolitique entre l'Amérique latine et l'Europe.