Le chantier de la réforme des retraites entre dans une phase décisive, sous la pression d'échéances financières rapprochées. Le diagnostic de la CNSS, présenté le 16 janvier 2026, annonce des déficits dès 2026 et un épuisement des réserves en 2035. Tensions sociales et fragilités du marché du travail imposent un consensus rapide et une refonte nationale équitable et durable. Le dialogue en cours concernant la refonte du système national de retraite est entré dans une phase décisive, caractérisée par une accélération notable des consultations et un calendrier désormais resserré. L'instance technique spécialisée, chargée du suivi de ce dossier critique, multiplie ses interactions avec les diverses institutions dépositaires des caisses de pension, telles que la Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS) et la Caisse Marocaine des Retraites (CMR), afin de consolider l'évaluation et de délimiter les trajectoires potentielles de réforme. Le diagnostic financier récemment dévoilé met en lumière une érosion des équilibres financiers plus rapide que ce qui avait été initialement anticipé. Le premier déficit technique du système, résultant du déséquilibre entre cotisations perçues et prestations versées, est désormais projeté dès l'année 2026. En l'absence de mesures correctives substantielles, l'épuisement des réserves, actuellement sous la gestion de la Caisse de Dépôt et de Gestion, est envisagé à l'horizon 2035. Cette proximité des échéances confère à l'enjeu une dimension d'urgence qui transcende la simple nécessité d'un ajustement technique, l'imprégnant d'une gravité systémique. Les autorités financières suivent d'ailleurs la situation de près, considérant la viabilité du système comme un facteur potentiel de vulnérabilité macroéconomique et budgétaire pour l'ensemble du pays. Lire aussi : Réforme des retraites : Nadia Fettah Alaoui rejette le discours alarmiste et plaide pour un consensus La gravité de cette situation est amplifiée par les enjeux politiques et sociaux inhérents à la réforme. La Confédération Démocratique du Travail (CDT), suite à la présentation des données actuarielles, a exprimé des réserves significatives, évoquant des divergences sur plusieurs indicateurs fondamentaux et plaidant pour une approche plus globale et équitable. L'organisation syndicale a réaffirmé sans équivoque ses principes, notamment son opposition catégorique à toute modification structurelle qui ferait peser l'effort principal sur la population active ou qui porterait atteinte au pouvoir d'achat des retraités actuels et futurs. Elle insiste, de surcroît, sur l'engagement indispensable de l'Etat pour garantir la pérennité du mécanisme à long terme. Le message adressé aux pouvoirs publics est limpide : l'instauration d'une réforme durable est subordonnée à l'obtention d'un large consensus social. Les vulnérabilités systémiques ne sont pas uniquement imputables aux pressions démographiques ou actuarielles ; elles sont également profondément ancrées dans les déficiences structurelles du marché du travail. Le diagnostic révèle une lacune persistante dans la formalisation de l'emploi : seulement 56 % de la main-d'œuvre est déclarée pour une durée minimale de neuf mois par an. Ce chiffre, bien que marquant une légère progression, demeure symptomatique de faiblesses structurelles tenaces, incluant la saisonnalité marquée de l'emploi dans certains secteurs, le phénomène généralisé de la sous-déclaration, et l'ampleur persistante de l'économie informelle. Un défi plus récent et complexe vient obscurcir davantage le tableau : l'abstention volontaire de certains salariés à être déclarés, motivée par la crainte de perdre l'accès à des aides sociales directes. Ce choix individuel, dicté par des considérations de court terme, met en lumière la tension entre les politiques de soutien social et les objectifs de formalisation de l'emploi. Il souligne la complexité intrinsèque du chantier des retraites, qui ne saurait être dissocié des problématiques plus vastes du marché du travail et de la cohérence globale des politiques publiques.