L'Association marocaine des médias et des éditeurs (ANME) a accueilli favorablement la décision rendue le 22 janvier 2026 par la Cour constitutionnelle concernant la loi n° 026.25 relative à la réorganisation du Conseil national de la presse (CNP). Mais derrière cette satisfaction de principe, l'organisation professionnelle dresse un constat sévère : celui d'une instrumentalisation politique ayant plongé le secteur dans une crise institutionnelle profonde. Saisie par 96 députés de la Chambre des représentants, la Cour constitutionnelle a été appelée à se prononcer sur la conformité de douze dispositions de la loi précitée. Dans son verdict, l'institution a jugé cinq de ces dispositions contraires à la Constitution, rappelant avec force les exigences de légalité et de respect de l'autorégulation qui fondent l'exercice du journalisme dans un Etat de droit. Dans un communiqué publié le 23 janvier, l'ANME salue une décision qui, selon elle, « réaffirme les principes constitutionnels encadrant une profession centrale pour la vie démocratique ». L'Association y voit un signal clair en faveur de la légitimité juridique et institutionnelle de l'autorégulation, souvent mise à l'épreuve dans le débat public. Mais cette satisfaction n'efface pas les inquiétudes. L'ANME se dit profondément préoccupée par le contexte politique ayant entouré la saisine de la Cour. Elle dénonce une démarche qu'elle qualifie de sélective, pointant le choix de certains acteurs politiques de soumettre exclusivement la loi sur le Conseil national de la presse au contrôle constitutionnel, tout en laissant de côté d'autres textes majeurs, aux implications tout aussi structurantes pour la vie publique. Lire aussi : L'ANME réaffirme son engagement pour les causes nationales Pour l'Association, cette approche ne relève pas du hasard. Elle s'inscrit, selon elle, dans des calculs politiciens étroits, menés au détriment de l'intérêt général et de la stabilité d'un secteur déjà fragilisé. Dans les faits, cette situation a contribué à une paralysie du fonctionnement institutionnel du CNP, avec des conséquences directes et tangibles pour les professionnels des médias. Le communiqué dresse ainsi un tableau préoccupant : suspension de la délivrance des cartes professionnelles et des cartes de train, retards de plus de trois mois dans le paiement des salaires de certains employés du Conseil, blocage des mécanismes de négociation collective censés garantir le versement des arriérés dus aux journalistes et aux salariés des entreprises de presse. Autant de dysfonctionnements qui, aux yeux de l'ANME, ont vidé l'autorégulation de sa substance et fragilisé l'ensemble de l'écosystème médiatique. Se présentant comme l'organisation la plus représentative du secteur – rassemblant les principales entreprises de presse ainsi qu'un large socle de journalistes professionnels – l'ANME avertit que cette situation ne saurait perdurer sans réaction. Elle annonce la convocation prochaine d'une réunion générale de ses membres afin d'évaluer la phase actuelle et de définir les mesures à même de défendre l'indépendance de la profession, la viabilité des entreprises de presse et les droits des travailleurs du secteur. En conclusion, l'Association réaffirme une position de principe sans ambiguïté : la presse ne peut être ni un instrument de règlement de comptes politiques, ni un laboratoire d'expérimentations conjoncturelles. Le respect de la Constitution, insiste-t-elle, demeure la seule garantie d'un journalisme professionnel, responsable et indépendant, au service de la société. « La presse n'est ni une monnaie d'échange ni un terrain d'essai. Toute dérive engage la responsabilité de ses auteurs devant l'histoire et l'opinion publique », prévient l'ANME.