Les filles dominent les classements scolaires et occupent, chaque année, les premières places au baccalauréat. Pourtant, cette réussite académique ne se reflète pas pleinement sur le marché du travail. Les données du Haut-Commissariat au Plan (HCP) mettent en évidence une réalité paradoxale : les femmes marocaines réussissent mieux à l'école, mais demeurent sous-représentées dans l'accès aux opportunités économiques. Elles brillent sur les bancs de l'université, obtiennent davantage de diplômes que les garçons et s'imposent dans plusieurs filières. Cependant, cette performance éducative ne se traduit ni par une égalité réelle des chances ni par une reconnaissance économique équivalente. Le défi dépasse ainsi le seul cadre de l'éducation pour s'inscrire dans des dimensions sociales, économiques et culturelles plus larges. Tant que les diplômes féminins resteront partiellement déconnectés de l'emploi, l'égalité effective demeurera inachevée. Selon le dernier rapport du HCP, « La femme marocaine en chiffres », publié en octobre 2025, le taux de scolarisation des adolescentes âgées de 15 à 17 ans atteint 100 % chez les filles en milieu urbain en 2024, contre 92,4 % chez les garçons. Ces données témoignent des progrès significatifs réalisés en matière d'accès à l'éducation pour les jeunes filles. En revanche, en milieu rural, le taux de scolarisation recule nettement pour s'établir à 55 % chez les filles, contre 60 % chez les garçons, révélant une vulnérabilité persistante des jeunes rurales, souvent confrontées à l'abandon scolaire précoce, aux mariages précoces ou aux contraintes économiques. Lire aussi : Participation politique des femmes au Maroc, d'une présence marginale à un enjeu démocratique Les statistiques du HCP confirment également l'investissement massif des Marocaines dans l'enseignement supérieur. En 2022-2023, les femmes représentaient 61,2 % des diplômés de ce cycle, contre 58,4 % l'année précédente. Cette présence est particulièrement marquée dans les filières paramédicales, où elles constituent 75,7 % des effectifs, illustrant une forte dynamique féminine dans les parcours académiques spécialisés. Toutefois, le diplôme ne garantit pas systématiquement l'insertion professionnelle. Le taux de chômage des jeunes femmes s'élève à 21,6 %. D'après un rapport du HCP publié le 6 janvier 2026, ce taux a enregistré une hausse de 0,8 point, passant de 20,8 % à 21,6 %. Les diplômés demeurent également touchés, avec un taux de chômage atteignant 19 %, traduisant les difficultés structurelles du marché du travail. Par ailleurs, une enquête du HCP publiée en octobre 2024 révèle que 58,4 % des Marocains estiment qu'il n'existe pas d'égalité entre les genres. Cette perception est encore plus marquée chez les femmes, avec 63,3 %, et atteint 65,8 % en milieu rural. Chez les jeunes âgés de 18 à 29 ans, 63,6 % considèrent que l'égalité de genre reste difficile à concrétiser. Face à ces constats, le Royaume du Maroc multiplie les programmes publics et place l'émancipation des femmes au cœur de sa stratégie de développement. Le Programme national intégré d'autonomisation économique des femmes et des filles à l'horizon 2030, Maroc Attamkine, ainsi que le plan ICRAM2, mettent l'accent sur le renforcement de l'employabilité et de l'autonomie économique des femmes. Ces initiatives visent notamment à garantir un accès équitable à un travail décent, à soutenir l'entrepreneuriat féminin et à améliorer les conditions économiques des femmes rurales, en facilitant l'accès aux moyens de production et au foncier.