Alors que 138 millions d'enfants travaillent encore dans le monde, dont 54 millions dans des conditions dangereuses, la lutte contre le travail des mineurs s'impose plus que jamais comme un enjeu global, à la croisée du social, de l'économique et du diplomatique. C'est dans ce contexte que Sarah El Haïry, Haute-commissaire à l'Enfance, entame ce mercredi un déplacement au Maroc, à Rabat puis à Marrakech, à l'occasion de la Conférence mondiale sur l'élimination du travail des enfants. Cette visite s'inscrit dans une dynamique de mobilisation internationale renforcée visant à accélérer l'éradication du travail des enfants sous toutes ses formes. Elle traduit également la volonté d'articuler protection de l'enfance, développement économique et coopération bilatérale. Rabat : convergences stratégiques et coopération renforcée Mercredi à Rabat, la Haute-commissaire doit rencontrer plusieurs acteurs institutionnels marocains afin d'échanger sur des priorités communes : protection de l'enfance, accès à l'éducation, insertion professionnelle, numérique responsable et coopération économique. Un entretien est notamment prévu avec Fatima Zahra Ammor, ministre du Tourisme, de l'Artisanat et de l'Economie sociale et solidaire. Au-delà de la dimension sectorielle, l'enjeu est d'explorer les leviers permettant de concilier développement des filières économiques et prévention des situations d'exploitation des mineurs, en particulier dans les secteurs à forte intensité de main-d'œuvre. La ministre française doit également échanger avec Hicham Mellati, directeur des affaires pénales et des grâces, engagé dans la création de l'Agence de la protection de l'enfance. Ce chantier institutionnel illustre la volonté marocaine de structurer davantage la gouvernance de la protection des mineurs, en renforçant coordination, suivi et cohérence des politiques publiques. La journée prévoit également une visite à l'Orange Digital Center, porté par la Fondation Orange. Cette séquence doit mettre en lumière un levier stratégique souvent sous-estimé qu'est l'inclusion numérique. L'accompagnement de jeunes issus de milieux défavorisés vers les métiers du digital constitue, en effet, un outil concret de prévention du travail précoce, en ouvrant des perspectives professionnelles durables. Enfin, une table ronde est programmée à l'Institut français de Rabat, réunissant des associations mobilisées pour la protection et l'inclusion des enfants. Cette étape vise à souligner le rôle central de la société civile, partenaire indispensable des politiques publiques dans la détection, l'accompagnement et la réinsertion des enfants vulnérables. Lire aussi : Genève: le Maroc et l'OIT annoncent le lancement de la campagne mondiale « Carton rouge au travail des enfants Marrakech : un cadre mondial pour un engagement renouvelé Jeudi matin, la Haute-commissaire interviendra à 9h15 à la Conférence mondiale sur l'élimination du travail des enfants, organisée au Palais des Congrès de Marrakech. Cette conférence a pour objectif de favoriser le partage de bonnes pratiques, de renforcer l'alignement des politiques publiques et de susciter de nouveaux engagements internationaux. Dans un contexte mondial marqué par les crises économiques, climatiques et géopolitiques, la question du travail des enfants demeure un indicateur sensible des fragilités sociales et des déséquilibres structurels. L'enjeu dépasse la seule condamnation de principe. Il s'agit d'inscrire l'éradication du travail des enfants dans une approche systémique : renforcement des cadres juridiques, traçabilité des chaînes d'approvisionnement, responsabilité accrue des entreprises, investissements soutenus dans l'éducation et l'insertion professionnelle. La protection de l'enfance comme axe diplomatique Ce déplacement illustre une évolution notable : la protection de l'enfance s'affirme désormais comme un axe structurant de la diplomatie contemporaine. Elle mobilise les Etats, mais également les acteurs économiques, les fondations, les organisations internationales et la société civile. Pour le Maroc, pays hôte de cette conférence mondiale, l'enjeu est double : contribuer activement à l'effort international tout en consolidant ses propres dispositifs de protection. Pour la France, il s'agit de réaffirmer son engagement multilatéral et de renforcer les coopérations bilatérales sur des thématiques à forte portée sociétale. Derrière les chiffres – 138 millions d'enfants concernés – se dessinent des trajectoires individuelles entravées et des potentiels collectifs compromis. Mettre fin au travail des enfants ne relève pas seulement d'un impératif moral ; c'est un choix stratégique en faveur du développement durable, de la stabilité sociale et de la dignité humaine. À Rabat comme à Marrakech, la séquence qui s'ouvre entend précisément rappeler que l'éradication du travail des enfants ne peut plus être un horizon lointain. Elle doit devenir un engagement concret, mesurable et partagé.