L'hydrogène vert est devenu l'un des piliers de la stratégie énergétique nationale, dépassant la simple diversification pour s'ériger en véritable vecteur de souveraineté industrielle et d'intégration géopolitique. Le Royaume, fort de son potentiel solaire et éolien, a opéré un pivot stratégique, transformant son avantage comparatif en une ambition compétitive. Cette transition, impulsée au plus haut niveau de l'Etat, est désormais encadrée par l'« Offre Maroc », un dispositif conçu pour orchestrer le passage de la vision à l'exécution industrielle. La feuille de route nationale pour l'hydrogène vert n'est pas une simple projection, mais une déclaration d'intention stratégique visant à positionner le pays comme un acteur majeur sur l'échiquier énergétique global. Comme l'a souligné l'Agence Marocaine pour l'Energie Durable (MASEN), cette ambition repose sur la reconnaissance de l'hydrogène vert comme un levier essentiel non seulement pour la décarbonation de l'économie nationale, mais aussi pour la création de valeur et d'emplois durables. La volonté de placer le Maroc dans le « club des pays à fort potentiel » a été clairement exprimée par le Souverain marocain, avec l'objectif de satisfaire plus de 4 % de la demande mondiale d'hydrogène vert d'ici 2030. Pour concrétiser cette vision, le gouvernement a élaboré l'« Offre Maroc », un cadre opérationnel et incitatif qui couvre l'intégralité de la chaîne de valeur. Cette approche intégrée est fondamentale ; elle englobe l'amont (la génération d'électricité renouvelable et l'électrolyse), le milieu (la transformation de l'hydrogène en produits dérivés comme l'ammoniac ou les carburants synthétiques), et l'aval (la logistique et l'exportation). MASEN a été désignée comme le point focal et l'interlocuteur privilégié des investisseurs, assurant ainsi une gouvernance centralisée et simplifiée du parcours d'investissement. L'architecture opérationnelle : Les piliers de l'« Offre Maroc » L'opérationnalisation de cette stratégie repose sur des fondations concrètes, dont les détails ont été précisés dans la circulaire gouvernementale relative à l'« Offre Maroc ». Le premier pilier est l'accès au foncier public, une ressource critique pour des projets nécessitant des surfaces considérables pour les parcs solaires et éoliens. À cet égard, l'Etat a identifié environ 1 million d'hectares de terrains, dont une première phase de 300.000 hectares est dédiée à l'accueil des projets, répartis en lots de 10.000 à 30.000 hectares. Cette mise à disposition planifiée du foncier, assortie d'un parcours investisseur transparent, est une mesure phare pour débloquer les investissements massifs requis. Lire aussi : Hydrogène vert : M. Akhannouch reçoit les nouveaux investisseurs sélectionnés dans le cadre de l'"Offre Maroc" Le second pilier concerne les infrastructures structurantes mutualisées. Le Maroc anticipe la nécessité de développer des capacités logistiques et de stockage à grande échelle. Selon les informations relayées par MASEN, cela inclut l'aménagement des infrastructures portuaires pour l'exportation, la planification d'un réseau national d'hydrogénoducs, et l'exploitation du potentiel de stockage dans les cavités salines. De plus, l'intégration de ces projets au réseau électrique national et le développement de stations de dessalement sont prévus pour garantir l'approvisionnement en eau nécessaire à l'électrolyse. Enfin, l'offre Maroc est assortie de mesures incitatives substantielles. Celles-ci comprennent des incitations à l'investissement direct, des avantages fiscaux et douaniers, et la création de zones d'accélération industrielle. L'objectif est de favoriser l'intégration locale, tant horizontale que verticale, pour maximiser la valeur ajoutée et le transfert de technologie au sein du Royaume. De la planification à l'exécution : Les premiers projets La crédibilité de l'« Offre Maroc » a été rapidement confirmée par l'intérêt manifeste des acteurs mondiaux. Les annonces gouvernementales de mars 2025 ont révélé la sélection de six projets portés par cinq investisseurs nationaux et mondiaux, représentant un investissement initial de plus de 32 milliards de dollars. Ces projets, qui ciblent principalement la production d'ammoniac vert et de carburants de synthèse, illustrent la capacité du Maroc à attirer des capitaux et des technologies de pointe. Cette phase d'exécution est étroitement liée à la capacité du pays à maintenir son leadership en matière d'énergies renouvelables. MASEN, en tant qu'opérateur central, vise à mobiliser des capacités additionnelles, notamment pour atteindre l'objectif de 5 GW de capacité renouvelable d'ici 2030 pour soutenir la filière hydrogène. L'opérationnalisation de l'hydrogène vert au Maroc est un processus déterminé et structuré. Le Royaume a su transformer ses atouts naturels en un avantage compétitif par une stratégie politique claire et un cadre opérationnel incitatif. Le succès de cette entreprise repose désormais sur la concrétisation des premiers projets, la mise en place des infrastructures mutualisées et la capacité à gérer l'intégration locale, confirmant ainsi le positionnement du Maroc comme un futur exportateur majeur d'énergie décarbonée.