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Entretien avec Aziz Hasbi, recteur de l'université Hassan II de Casablanca ''L'UNIVERSITE N'EST PAS MALADE''
Publié dans MarocHebdo le 31 - 10 - 1998

Entretien avec Aziz Hasbi, recteur de l'université Hassan II de Casablanca
''L'UNIVERSITE N'EST PAS MALADE''
Aziz Hasbi
Propos recueillis par Abdellah CHANKOU
· Maroc Hebdo International : Comment comptez-vous contenir l'influence des Associations islamistes dans l'enceinte universitaire et faire en sorte que l'université soit un espace d'ouverture, de pluralisme et de débat d'idées? Avez-vous une politique en la matière?
- Aziz Hasbi : Pour que l'université reste un espace d'ouverture et de pluralisme, nous sommes condamnés à nous adapter aux mutations rapides que connaît le monde actuellement. La mondialisation n'est pas seulement économique, elle touche également le savoir et les connaissances avec tout ce que cela suppose comme universalisation des problèmes. Dans ce cadre, l'université doit immanquablement rester un espace de liberté et d'ouverture.
· Est-ce le cas aujourd'hui ?
-Le monde estudiantin est un monde non organisé. Cela est dû à une espèce de désaffection au niveau des organisations politiques. Par conséquent, un monde aussi sensible, à des moments aussi importants de la vie de notre pays, est convoité par toutes sortes d'associations. Mais en ce qui nous concerne, notre souci va vers la masse. C'est-à-dire l'écrasante majorité des étudiants. Nous partons de l'idée selon laquelle nous avons l'obligation d'organiser dans les meilleures conditions et dans une atmosphère sereine, la régularité des cours. Car nous avons une université fréquentée par plus de 30.000 étudiants. Quelles que soient les velléités des uns et des autres, nous travaillons pour la masse et non contre une minorité donnée.
·Mais pourquoi cette minorité islamiste agissante a-t-elle un impact important sur le monde estudiantin?
-C'est vous qui employez le mot "impact". Quand nous avons tenté de savoir qui fait quoi, nous avons constaté que 14 étudiants exactement ont essayé de perturber la marche de la Faculté de droit, l'année dernière et cette année. Ces étudiants ont été suspendus pendant cinq mois, selon les procédures et les règles disciplinaires en vigueur. Lorsqu'ils sont revenus à de meilleurs sentiments, ils ont été réintégrés et ont pu passer normalement leurs examens. Donc je ne vois pas quel pourrait être l'impact de 14 individus sur 22 000 étudiants? Encore une fois, il n'y a aucune démarche contre des personnes, mais une volonté de permettre à tous les étudiants de bénéficier de leur droit à des cours réguliers. Or, les perturbations portent préjudice à ce droit.
· Le rectorat n'est-il pas en train d'occuper le terrain laissé vacant par l'UNEM pour contrer l'activisme islamiste?
- Pas du tout. Ce programme culturel et sportif n'a pas été mis en place parce qu'il fallait, comme vous dites, occuper le terrain. Il y a deux ans, nous avons lancé un sondage auprès d'un échantillon de 8000 étudiants pour connaître les besoins de l'université en termes d'occupations culturelles et sportives. C'est sur la base de cette enquête que nous avons élaboré ce programme. Cela donne une âme, une identité aux établissements et les étudiants sont heureux d'appartenir à des facultés qui leur offrent non seulement des cours magistraux et des travaux dirigés mais aussi des possiblités d'épanouissement culturel.
· Selon vous, les activités de ce type sont le remède contre le phénomène islamiste dans l'enceinte de l'université...
- Selon moi, l'université doit rester un espace ouvert sur son environnement extérieur. Outre les programmes culturels et éducatifs, nous avons banni le système du guichet fermé, adopté jusqu'ici faute de structures d'accueil. Résultat: l'administration s'est rapprochée de l'étudiant grâce, notamment, à l'encadrement des étudiants par un groupe d'enseignants qui leur expliquent le programme et le cursus universitaire.
Cette année, nous avons réalisé un saut qualitatif en consacrant une journée à l'accueil de l'étudiant nouvellement inscrit. En plus de la multiplication des guichets et leur systémisation, il a été décidé de mettre en place un système de tutorat visant l'encadrement sur le plan pédagogique et en matière d'orientation, ainsi qu'au niveau social des étudiants pendant leur cursus universitaire (chaque enseignant prenant en charge un groupe de 30 à 40 étudiants). Un centre médico-social est en cours de réalisation et sera mis, incessamment, au service des étudiants. Comme nous organisons avec le concours de la RAM, un programme d'achat d'ouvrages et de supports pédagogiques au profit des étudiants nécessiteux de l'université Hassan II-Aïn Chock. Ce que j'aurais souhaité, personnellement, c'est que chaque établissement dispose d'un médecin, d'une assistante sociale et d'un psychologue.
· Avec le chômage justement des diplômés, on assiste à une sorte de dévalorisation des études universitaires et des diplômes. Avez-vous une stratégie de réhabilitation de l'université, d'abord au niveau de sa crédibilité vis à vis du public et ensuite sur le plan de l'opérationalité du diplôme sur le marché de l'emploi?
- Vous abordez là une question assez large. Pour résumer, le leitmotiv actuel est l'ancrage de l'université à son environnement socio-économique. Nous avons tenté l'expérience des licences appliquées. Elles ont été montées sur la base d'un cahier des charges ou d'un accord avec les acteurs économiques (assurances, banques ) .
· Cette formule fonctionne-t-elle bien?
- Oui. La semaine dernière, par exemple, un certain nombre d'opérateurs économiques sont venus à la Faculté de droit pour distribuer 120 stages pré-professionnels dont les bénéficiaires sont pour la plupart titulaires de licences appliquées. Certaines entreprises ont même lancé des offres d'embauche sur place. Aujourd'hui, le problème de la crédibilité de la formation universitaire se pose moins que celui du rétrécissement du marché du travail. À y regarder de plus près, l'université doit donner au lauréat une formation assez solide et suffisamment d'atouts pour qu'il puisse s'adapter. Car il est très difficile de répondre à toutes les demandes du monde professionnel. Il se peut que celles-ci ne soient pas bien exprimées ou qu'elles soient simplement conjoncturelles.
· Pour vous, les données du marché de l'emploi ne sont pas stables. D'où la nécessité pour l'étudiant de s'adapter...
- Absolument. Parallèlement à l'expérience des licences appliquées, nous avons entrepris la réforme du troisième cycle. Réforme fondée également sur la base d'un partenariat visant à mieux asseoir l'université dans son lien avec son environnement immédiat. Il s'agit de mettre tout le monde au travail pour que l'université ne soit plus une tour d'ivoire mais un champ d'interaction et de synergies entre les enseignants, les étudiants et les acteurs économiques.
· A votre avis, le système de sélection et les méthodes d'évaluation, sont-ils adaptés pour que ce soient les meilleurs qui arrivent dans des proportions plus importantes qu'elles ne le sont d'aujourd'hui?
- C'est un problème délicat qui n'est pas encore tranché. Si la sélection n'a pas lieu au moment de l'intégration de l'université, il faut bien que l'on sache à un moment si l'étudiant est bon ou mauvais. En général, la sélection se fait lors des examens. Elle se fait aussi à l'entrée, mais dans certaines structures comme les écoles d'ingénieurs, les facultés de médecine, de médecine dentaire et de pharmacie. Ce qui n'est pas le cas dans les facultés de masse comme la filière du droit. La réforme du troisième cycle de février 1997 impose obligatoirement la sélection quel que soit l'établissement et ce, sur la base d'un certain nombre de critères.
·Ne peut-on pas imaginer demain un système de paiement pour l'accès à l'université, ne serait-ce que pour pallier le problème du sureffectif. D'autant plus que les Marocains paient déjà les études supérieures dans les écoles privées?
- Il m'est difficile de me prononcer sur des questions qui font l'objet d'un débat national. Dans l'état actuel des choses, ce qui est sûr, c'est que le budget alloué par l'Etat à l'enseignement supérieur est insuffisant. D'un autre côté, il est impossible de refuser à un étudiant de s'inscrire. Il est vrai que le problème du sureffectif a un impact sur le déroulement de la formation, notamment sur les travaux dirigés.
Cela dit, l'université a les moyens d'améliorer la formation pédagogique. C'est un problème facile à régler. Car nous avons les formateurs nécessaires et de bons programmes. Reste la question de l'augmentation du budget de l'université, soit par un effort de l'Etat soit, comme vous dites, par le système des études payantes, avec un système de prise en charge des étudiants nécessiteux. Pour ce qui est de l'évaluation des systèmes d'évaluation interne et bientôt externe du troisième cycle, des licences appliquées
·Mais l'évaluation n'existe pas au niveau du premier et du second cycle. Là où l'enseignant doit corriger un millier de copies en l'espace de 10 ou 15 jours...
- Heureusement qu'il existe des gens qui ont le sens du sacrifice. L'évaluation est continue. Elle ne concerne pas seulement la correction des copies, mais elle englobe aussi les programmes et l'établissement lui-même.
· Et l'évaluation du corps enseignant?
- À l'heure actuelle, nous disposons d'un système d'évaluation prévu par les textes de 1997, à travers les concours, les passages de grade, etc. Mais il est possible d'affiner le système. Le corps enseignant n'a pas peur d'être évalué.
· Que pensez-vous des enseignants qui se dépensent dans le privé au détriment du public. Cette pratique est-elle légale?
- Non, elle ne l'est pas. Maintenant, il est souhaitable qu'un enseignement privé de qualité vienne renforcer les structures universitaires nationales. Certains établissements performants existent. Mais il faudrait qu'il y ait une véritable université privée, autonome pour ce qui est du corps enseignant, et créatrice d'emplois.
· Vous dites que l'enseignement privé emploie les professeurs du public et ne crée pas de ce fait d'emplois
- Je n'accuse personne. Mais nous constatons que nombre d'établissements privés fonctionnent avec les enseignants du public.
Ils disposent d'atouts motivants, les effectifs sont réduits et les moyens dont ces écoles disposent sont importants. Quant à la formation, elle s'améliore. Mais il devrait y avoir un système fiable d'évaluation de la qualité. Toutes ces questions sont actuellement examinées par le ministre avec les intervenants.
· L'université marocaine est-elle malade ?
- L'université n'est pas malade. Elle est vivante. Malgré le problème du sureffectif (22.000 étudiants au lieu de 7000), la Faculté de droit de Casablanca, pour ne citer que cet exemple, fait des efforts importants pour accueillir les étudiants et leur assurer la formation nécessaire.
Disons que l'université présente des symptômes qui ne sont pas très sains...
- Franchement, je récuse cette approche. Le jour où l'entreprise s'intéressera plus à ce qui passe à l'université, on aura économisé beaucoup de choses.
· Mais actuellement l'entreprise est mal placée pour faire ce genre de diagnostics.
- Je voulais dire que le jour où l'université bénéficiera d'un regard plus attentif, on saura alors qu'il y existe des moyens pour améliorer la productivité et pour rationaliser la gestion de l'entreprise à un moment où celle-ci est confrontée aux défis de la mondialisation. Encadrement adéquat et formation optimale sont liés au budget réservé à la recherche. Mais tout le monde fait des efforts. D'ailleurs, le ministère a signé cette année, en présence du Premier ministre, une convention de partenariat avec la CGEM. Les structures de gestion de cette convention sont en train d'être mises en place. Le corps enseignant compte énormément sur un tel partenariat.
· Néanmoins, on n'a pas encore sorti l'université du ghetto..
- Le ghetto dont vous parlez n'existe pas. Il est imaginaire. La société, dans son ensemble, connaît l'université et le rôle qu'elle joue.
·"Ghetto" dans le sens où l'université n'est plus un vecteur de promotion sociale, alors qu'autrefois, elle était ouverte sur toutes les couches de la société
- C'est là un problème universel. Quant à nous, Marocains, nous devons prendre conscience de nos capacités économiques, des possibilités de recrutement des entreprises et cerner le profil exact demandé par le monde économique.
· Pourquoi, à votre avis, le sujet de l'enseignement universitaire est un sujet qui fâche la classe politique marocaine ?
- Je ne suis pas politicien. Je ne vois donc pas en quoi ce sujet fâche à ce point nos hommes politiques.
· Le fameux pacte national à propos de l'enseignement n'a toujours pas vu le jour
- Les politiques doivent résoudre leurs problèmes. Quant à l'université, elle est capable de se prendre elle-même en charge en matière pédagogique.
· L'université est un champ d'intérêt politique. Elle ne peut échapper à cela
- Il est vrai que l'université participe à la formation des élites du pays, mais il faut que l'intérêt des politiques soit positif.
Ceci dit, l'université est l'affaire de tous. Et en aucun cas, un champ réservé au seul discours politique.