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Les relations entre Israël et la Mauritanie provoquent un tollé
Publié dans MarocHebdo le 05 - 11 - 1999


ENTRE LA VERTU ET L'HYPOCRISIE
Les Arabes se sont demandés: " Ce qui avait été offert à la Mauritanie pour qu'elle normalise entièrement ses relations avec Israël? " Comme s'ils ne le savaient pas! Mensonge et duplicité. La vertu outragée a fonctionné à plein régime. L'opprobre. Mais qui a aidé la Mauritanie mise sur le carreau par la rigueur du FMI ? Quel pays a aidé les Mauritaniens en envoyant des médecins ?
Coup de tonnerre surfait dans un ciel prétendument serein : Israël et la Mauritanie ont établi jeudi 28 octobre des relations diplomatiques complètes.
Le coup de tonnerre a été un petit craquement artificiellement amplifié, et le ciel mauritanien était tourmenté
On verra quelle latitude a eue la Mauritanie de sauter le pas ou non. Sachons toutefois que cette mesure n'est que l'aboutissement d'une lente politique que les dirigeants mauritaniens auraient voulue secrète. Qu'elle résulte d'un forcing diplomatique des Etats-Unis sur une Mauritanie serrée à la gorge par la Banque mondiale et le FMI.
Avant la coopération médicale avec la présence de médecins israéliens dans une Mauritanie sous-médicalisée, le rapprochement entre la Mauritanie et Israël avait débuté avec l'ouverture réciproque de sections d'intérêt économique en 1996 à Nouakchott et Tel-Aviv.
Démenti
Ensuite, il y eut des rencontres confidentielles entre agents israéliens et responsables mauritaniens à Las Palmas, puis à Nouadhibou. L'opposition mauritanienne avait hurlé à la mort. Mais comment pouvait-elle faire autrement ? Il est dur de voir son pays traiter avec ce qu'il convenait, selon elle d'appeler l'ennemi.
Il y eut ensuite, fin 1996 l'histoire des déchets nucléaires, lorsque les Mauritaniens découvrirent soudain que la Mauritanie était la décharge de déchets nucléaires israéliens. Le président du Parti socialiste mauritanien, Ahmed Ould Daddah et deux de ses compagnons furent assignés à résidence durant deux mois, puis traînés par les autorités devant le tribunal et accusés de " diffusions de rumeurs et de fausses informations susceptibles de porter atteinte à l'ordre public ". Des journaux furent suspendus, dont Le Calame, pour le même motif.
Les autorités mauritaniennes, imperturbables pondaient démenti sur démenti. Rien n'y fit. La classe politique du pays, dans son ensemble, savait que quelque chose se tramait.
Le 28 octobre, tout le monde sut à quoi s'en tenir, une dizaine de partis signèrent une protestation énergique et les élèves et les étudiants descendirent dans la rue: la République islamique de Mauritanie était devenue le troisième pays de la Ligue arabe à établir des relations diplomatiques à ce niveau avec l'Etat hébreu, après l'Egypte et la Jordanie.
Le chef de la diplomatie mauritanienne avait beau démentir que son pays ait fait l'objet de pressions. Il est des dénégations qui fixent. Le ministre mauritanien avait ajouté que la décision d'échanger des ambassadeurs avec Israël était conforme à la politique mauritanienne visant à promouvoir une "paix juste et globale" au Moyen-Orient "qui garantisse les pleins droits du peuple palestinien et la restitution de toutes les terres arabes occupées".
David Lévy, ministre israélien des Affaires étrangères a eu cet inestimable plaisir de saluer l'attitude " sage et courageuse " du gouvernement de Nouakchott. Sage et courageuse ? Tout dépend du point de vue.
Mme Albright a de son côté rendu hommage à son "courage et à sa détermination". Question de point de vue encore et toujours. Quelle sagesse, quel courage et quelle détermination faut-il pour prendre une décision qui serait même hypocritement controversée, vilipendée ? Le besoin ni plus ni moins. Il n'y a pas de trahison, le besoin, la pénurie, la disette et la misère. Face aux appétits politiques et économiques. Investir l'Afrique, y pendre solidement pied. Exploiter le pétrole, le titane, le diamant et autres minerais rares.
Le secrétaire général de la Ligue arabe Esmat Abdel Méguid a " fustigé " l'attitude de la Mauritanie. Il l'a fait à partir du Caire. Il s'est même autorisé à juger que la "démarche est inappropriée en ce moment".
Les Arabes, comme l'ont fait les Emaratis, se sont demandés. " Ce qui avait été offert à la Mauritanie pour qu'elle normalise entièrement ses relations avec Israël? " Comme s'ils ne le savaient pas ! Mensonge et duplicité. La vertu outragée a fonctionné à plein régime. L'opprobre. Mais qui a aidé la Mauritanie mise sur le carreau par la rigueur du FMI ? Quel pays a aidé les Mauritaniens en envoyant des médecins ?
La France. Et elle seule. Le reste ne nourrit pas un pays. Sécheresse, mauvaise gestion, on abandonne un pays et on le sanctionne. Le régime mauritanien est largement responsable de la situation dans le pays. Mais le peuple, de quoi est-il coupable ?
La Libye a dénoncé le 29 octobre l'établissement de ces relations diplomatiques en le qualifiant de "coup porté à l'Union du Maghreb Arabe ". de quelle UMA la Libye parle-t-elle? L'UMA est une chimère, un mirage.
La Mauritanie avait-elle le loisir d'attendre que l'UMA soit opérationnelle pour nourrir les populations et tenter de nouveau un décollage économique avec plus d'atouts ?
Selon la radio libyenne, le dirigeant Mouammar Kadhafi a consulté au téléphone SM le Roi Mohammed VI et les présidents algérien Abdelaziz Bouteflika et tunisien Zine El Abidine Ben Ali au sujet de la décision mauritanienne.
Dénonciation
Les entretiens de M. Kadhafi avec les chefs d'Etat du Maroc, d'Algérie et de Tunisie ont porté, selon la radio, sur " la violation sérieuse (des statuts de l'UMA) commise par Nouakchott en élevant ses relations avec l'ennemi sioniste ".
La Libye conteste à Israël le droit d'exister mais le Maroc et la Tunisie ont ouvert des bureaux de liaisons avec Israël.
Le colonel Mouammar Kadhafi s'est entretenu avec les ministres algérien et tunisien des Affaires étrangères des retombées sur l'Union du Maghreb Arabe (UMA) de la décision de la Mauritanie, le 1er novembre.
L'entretien de M. Kadhafi avec le ministre algérien, Ahmed Attaf, et tunisien, Saïd Ben Mustapha, a été consacré à l'initiative mauritanienne, une "grave violation qui pourrait nuire à l'UMA au moment où l'on s'emploie à réactiver ses structures".
"Cette mesure porte un grave préjudice à l'UMA et nécessite une action rapide pour y faire face". Les Mauritaniens aimeraient peut-être savoir comment on peut porter préjudice à quelque chose qui n'existe pas.
La veille, soit dimanche, le chef de la diplomatie Mohamed Benaïssa a communiqué au colonel Kadhafi un message verbal de SM le Roi Mohammed VI " concernant les consultations permanentes entre les pays de l'UMA après la décision de Nouakchott d'établir des relations avec Israël au niveau d'ambassadeurs ".
Sur le plan intérieur, la décision du gouvernement mauritanien a provoqué une levée de boucliers. Le parti Taliaa (Avant-garde), a été accusé de menées subers ives par les autorités mauritaniennes. Il a été interdit le 3 novembre.
Le 1er novembre, le ministre de l'Intérieur, Dah Abdel Jelil, avait déclaré qu'il disposait d'informations "sûres ", selon lesquelles l'Irak préparait des actes subers ifs contre la Mauritanie avec la complicité de Taliaa.
Le 4 novembre, la Mauritanie a décidé de rompre ses relations diplomatiques avec l'Irak. La boucle est bouclée. Quel pays peut honnêtement jeter la pierre aux Mauritaniens ?
On ne sait rien de ce que le Premier ministre mauritanien a dit lors de sa visite au Maroc. Ce que l'on peut avancer c'est que s'il a entendu des critiques elles ne peuvent pas être acerbes et déloyales.Ce n'est pas dans nos manières.