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Tous des Marocains
Publié dans MarocHebdo le 20 - 06 - 2003

La «Communauté Juive» du Maroc, une organisation Caduque
Il est temps de s'adapter à la déclaration, dès 1956, du Roi Mohammed V désignant les sujets juifs comme citoyens à part entière, il serait impératif de s'adapter à la Constitution de décembre 1962, accordant des droits et devoirs égaux à tous les citoyens du pays.
Robert Assarraf *
• Des juifs marocains célébrant le shabbat.
Il apparaît nécessaire de définir la réalité des institutions de la «communauté juive» du Maroc, depuis le «Secrétariat Général du Conseil des Comités des Communautés» jusqu'aux Communautés urbaines connues. Il faut, tout d'abord, préciser que seuls existent juridiquement les Comités de Communautés, dont les présidents se réunissent, au sein d'un Secrétariat Général de leur «Conseil». La Kehila (la Communauté» a toujours existé dans l'histoire des juifs du Maroc, alors celle des Dhimmis. Chaque comité de chacune des Kehilot dans les villes et les villages avait à sa tête un Naguib, pour assurer la liaison avec les autorités (le Naguib était, d'ailleurs, nommé par le Makhzen). À côté du Naguib, les autorités utilisaient, également le Cheikh Al Yahoud, dont les compétences étaient d'abord d'ordre sécuritaire.
Comité
Aux côtés de ces deux responsables officiels, siégeait une direction collégiale le Comité, de sept notables (les Tove ha-ir, les meilleurs de la ville…), désignés par une assemblée des pairs (le Maamad des familles riches et des érudits) pour gérer le Kehila: la répartition de l'impôt, les biens, les œuvres des bienfaisance, les affaires de culte et, d'une façon générale, les problèmes de la vie quotidienne de la communauté.
Le Comité avait un rôle réglementaire. Il édictait les takanot (des décisions judiciaires faisant jurisprudence), un système importé d'Espagne par les mégourachim (les expulsés). Au complet, le comité désignait le président du tribunal rabbinique, composé de trois ou cinq juges. Ceux-ci, une fois désignés en qualité de rabbins-dayanim (juges) étaient indépendants et appliquaient les règles de la Halakha (la Règle Religieuse). (Voir mon livre: «Mohammed V et les Juifs du Maroc» - pages 61-64)
Dès le 22 mai 1918, après six années d'hésitations, la Résidence du Protectorat français, par deux dahirs, conservait le principe de l'autonomie des comités soumis à un contrôle plus strict : le comité ne disposant pas de la personnalité morale et ses attributions étant limitées à la bienfaisance et aux affaires du culte. Le président devait être élu et le budget soumis à l'approbation du pacha de la ville.
Le 23 juin 1919, la Résidence créait le poste d'Inspecteur des Institutions Israélites, dépendant de la Direction des Affaires Indigènes du Protectorat. La tutelle des communautés juives passait, ainsi, du Makhzen à l'autorité coloniale. Il s'agit d'une volonté de diviser la «Communauté Nationale» en rendant autonome la «Communauté Juive» et en prévision du dahir berbère du 16 mai 1930. Au lendemain de la guerre mondiale, la Résidence s'intéresse à nouveau à la communauté juive qui avait subi le régime fasciste et anti-juif de Vichy auquel Mohammed V a tout fait pour s'y opposer et le retarder (voir mon livre cité, page 176). Après une longue préparation animée de toutes les controverses habituelles à la communauté juive, une assemblée générale est convoquée à Casablanca le 12 octobre 1944 – regroupant les représentants de toutes les associations de la ville, des sociétés et des comités des petites villes de l'intérieur -, pour confirmer l'envoi d'une délégation marocaine au Congrès Juif Mondial, prévu à Atlantic City. Outre le dossier de bienfaisance et celui des problèmes sociaux (logement), une réforme de l'organisation des Communautés avait été préparée.
Cette réforme prévoyait, tout d'abord, l'abrogation pure et simple du dahir de 1918, avec une élection (et non une désignation) des Comités ; un rôle politique pour assurer la défense des personnes et des intérêts des Juifs ; des ressources avec des subventions municipales et régionales au profit des «indigents », enfin la constitution d'une Fédération des communautés pour défendre l'intérêt général de la population juive marocaine : donc , un rôle politique.
Malgré l'esprit de Vichy qui régnait dans l'administration du Protectorat, le Résident accepta de considérer le principe d'une réforme, en se limitant à celle de l'organisation des communautés. Ce fut le dahir du 7 mai 1945, élargissant le champ d'action des comités chargés «d'émettre des avis motivés et de présenter des suggestions sur toutes les questions intéressant leurs communautés». Ajoutant des élections censitaires indirectes, au lieu de la simple désignation en abandonnant «la fiction de la bienfaisance et de la gestion du culte comme uniques compétences». Ceci va permettre, aux nouveaux riches de l'économie de guerre d'assurer leurs ambitions et à l'assemblée Générale créée, se transformera, au fil des années en un organisme permanent, quasi-politique, représentatif de l'ensemble de la Communauté du Maroc. Le Conseil des Communautés s'installera avec un Secrétaire Général permanent.
Le Résident général, en 1947, ira encore plus loin pour accentuer la division de la société marocaine dans l'autonomie des «communautés» religieuses. Il nommera parmi les membres du Secrétariat Général du Conseil des Communautés Juives, six délégués «israélites», dont le Secrétaire Général, qui entraient au Conseil du Gouvernement, organe consultatif de la Résidence du Protectorat (comprenant également un groupe, à part, des délégués musulmans…). Les Juifs seront, plus tard, (soustraits de la juridiction chérifienne».
Déclaration
Rien n'ayant changé dans le dahir du 7 mai 1945, totalement caduc aujourd'hui, il est enfin temps de s'adapter à l'indépendance du Pays, une cinquantaine d'années plus tard. Il est temps de s'adapter à la déclaration, dès 1956, du Roi Mohammed V désignant les sujets juifs comme citoyens à part entière, il serait impératif de s'adapter à la Constitution de décembre 1962, accordant des droits et devoirs égaux à tous les citoyens du pays. Ne doit-on pas, enfin, revoir les «institutions israélites» des citoyens du Maroc?
Le statut, l'existence de ces institutions jusqu'à ce jour, ne s'explique que par le silence du Ministère de l'Intérieur, un tuteur évitant de soulever un problème gênant. Tout cela doit être aujourd'hui dépassé. Il est indispensable – ou tout simplement normal – de revoir des institutions caduques : les comités urbains et leur Secrétariat Général national qui exercent un rôle de gestion des affaires des citoyens et leur représentation auprès de l'Administration et de la Justice, doivent être réformés conformément à la réalité d'un système constitutionnel.
Kehila
Les citoyens Juifs et Musulmans -, sont, en effet, représentés par des institutions conformes à la Constitution Nationale. Il n'en demeure pas moins que la Kéhila (la communauté Juive) doit s'organiser sur le plan du culte d'abord, mais aussi de la culture, de l'éducation et de la bienfaisance religieuses. D'un autre côté ; elle doit disposer de tribunaux des Rabbins-juges dont le rôle est strictement limité au droit des personnes. Pour le reste, sur le plan social et associatif en général, le Dahir de 1958 (récemment modifié) donne aux citoyens la possibilité de créer des associations à but particulier, et dans tous les domaines souhaitables.
Le drame du vendredi 16 mai 2003 à Casablanca a obligé des responsables, du Gouvernement ou de la vie politique, à prendre conscience des lacunes de l'organisation de notre société dans ses diversités.
Le Judaïsme marocain existe et il représente des besoins spécifiques dans sa religion. Il est donc nécessaire d'étudier l'actualisation de son organisation dans le domaine religieux et de réfléchir, enfin, à l'adaptation des institutions caduques ou dépassées aux réalités de notre pays: dans lequel les droits des citoyens sont individuels – et en aucun cas communautaires – sur le plan national, politique ou administratif.o
(*) Président du Centre de Recherche Sur les Juifs du Maroc