Après des années dans la zone grise, la position officielle de la Suède a basculé vers un soutien à la proposition d'autonomie présentée par le Maroc en 2007 comme solution au différend du Sahara. Ce revirement est un coup dur pour le Front Polisario, qui a longtemps vu dans les pays scandinaves un allié européen. DR ‹ › Hier, la Suède a officiellement rejoint la liste des pays soutenant la proposition marocaine d'autonomie pour le Sahara, selon une annonce officielle de son ministère des Affaires étrangères. Cette déclaration a fait suite à un entretien téléphonique entre la cheffe de la diplomatie suédoise, Maria Malmer Stenengard, et son homologue marocain, Nasser Bourita. Cette position marque la fin d'une longue période de tensions et de confusion dans la position de Stockholm sur le différend régional. Il y a des années, une crise diplomatique avec Rabat a été causée par l'opposition de la Suède à l'intégrité territoriale du Maroc. Avec la montée de la coalition de gauche au pouvoir en 2014, la Suède a commencé à adopter une politique hostile à l'égard de la souveraineté marocaine sur le Sahara. Avant cela, la gauche au sein de l'opposition a poussé, en décembre 2012, au vote d'un mémorandum pour reconnaître du Sahara occidental en tant qu'Etat. Elle a été soutenue par des votes d'extrême droite. En plus d'explorer la possibilité de reconnaître le Polisario, la Suède a également décidé de boycotter les produits en provenance des provinces du sud, ainsi que les entreprises opérant dans la région. À cette époque, le gouvernement marocain qualifiait la position suédoise d'«hostile». Dans ce contexte de tensions, l'ouverture du premier magasin IKEA au Maroc, prévue à Casablanca en septembre 2015, avait été reportée. Le pays avait également boycotté la Suède et ses entreprises. La Suède revoit ses cartes En octobre 2015, des milliers de Marocains ont organisé une manifestation près de l'ambassade de Suède à Rabat, en protestation contre les dispositions du gouvernement suédois pour une éventuelle reconnaissance de la «RASD». Dans ce contexte, des représentants de certains partis de gauche marocains, menés par Nabila Mounib, alors secrétaire générale du Parti socialiste unifié (PSU), ont été envoyés à Stockholm pour tenir des réunions avec des responsables et des parlementaires. L'objectif a été de contenir la crise entre les deux pays. La campagne diplomatique marocaine a porté ses fruits. En janvier 2016, la Suède a décidé d'abandonner l'idée de reconnaître la «RASD». Alors ministre suédoise des Affaires étrangères, Margot Wallström a annoncé que son pays n'avait pas l'intention de franchir le pas. Par ailleurs, elle a affirmé le soutien de son pays aux négociations en cours sous l'égide des Nations unies. Elle a déclaré que cette décision était venue après la réception du rapport de «consultation interne», confirmant que «les critères fixés par le droit international pour reconnaître l'Etat du Sahara occidental ne sont pas remplis». Ainsi, cette décision a mis fin à une crise diplomatique inédite dans l'histoire des relations entre les deux pays, qui a duré de septembre 2015 à la mi-janvier 2016. En septembre 2016, la ministre des Affaires étrangères de la Suède s'est rendue à Rabat, où elle a été reçue par son homologue marocain, Salaheddine Mezouar. Le chapitre des différends a été fermé. Les actions du Polisario : Un coup d'épée dans l'eau Le Polisario a misé sur les pays européens où la gauche accède au pouvoir, pour réaliser une percée historique en Europe, où aucun pays n'a reconnu la «RASD». Déçu du revirement du gouvernement suédois, le front séparatiste a intensifié ses actions à Stockholm alors que la Suède siégeait au Conseil de sécurité en janvier 2017. Il espérait ainsi faire adhérer des parlementaires suédois à sa cause et pousser le gouvernement vers une position favorable à l'autodétermination, au sein de l'organe exécutif de l'ONU. Mais ces tentatives ont été vouées à l'échec. Lors des élections de septembre 2022, la gauche a perdu sa majorité au Parlement, après huit ans au pouvoir. Ulf Kristersson, leader du Parti conservateur, a formé un exécutif en octobre 2022, en alliance avec des formations libérales et de droite et libéraux. Le Polisario a alors repris ses initiatives. L'année dernière, il a intensifié ses actions et a participé en mai à la «Journée de solidarité» avec le «peuple sahraoui» à Stockholm. Il a également envoyé une délégation au 42e Congrès du Parti social-démocrate suédois. En octobre dernier, le Front a invité une délégation de députés suédois à visiter les camps de Tindouf. Un mois plus tard, le parlement suédois a accueilli un séminaire sur la question du Sahara, organisé par le «Groupe d'amitié parlementaire avec le peuple sahraoui». Ces action n'auront pas empêché la Suède de changer sa position pour soutenir la proposition d'autonomie marocaine, la considérant comme une «base crédible» pour des négociations en vue de parvenir à une solution définitive. Dans ce nouveau contexte, le Polisario ne s'est pas encore prononcé sur ce revirement, opéré par l'un des pays d'Europe qu'il a considéré comme l'un de ses principaux soutiens.