18 mois après la reconnaissance officielle par la France de la marocanité du Sahara, une chaîne publique française est revenu sur cet événement majeur dans l'histoire des relations entre Rabat, Paris et Alger et celle du Maghreb. DR ‹ › L'émission «Complément d'enquête», diffusée jeudi soir sur France 2, a suscité l'irritation de l'agence APS en abordant la crise profonde qui secoue les relations entre Alger et Paris, à travers divers témoignages. La reconnaissance par le président Emmanuel Macron de la marocanité du Sahara occidental, officialisée dans sa lettre du 30 juillet 2024 adressée au roi Mohammed VI, marque une véritable «rupture» dans les relations entre le chef de l'Etat français et son homologue algérien, Abdelmadjid Tebboune, selon Chems-Eddine Hafiz, recteur de la Grande Mosquée de Paris. ⚡️Selon le recteur de la Grande mosquée de Paris, les chefs d'Etat français et algérien étaient «à tu et à toi». Jusqu'à ce que le président Tebboune se sente trahi. Dans le dossier du Sahara occidental, la France a choisi le frère ennemi, le Maroc. Et a donc désavoué Alger. pic.twitter.com/iBXFgZk9xk — Complément d'enquête (@Cdenquete) January 22, 2026 Le directeur de la campagne électorale de Tebboune en France lors de la présidentielle algérienne de septembre 2024 affirme que le président algérien aurait mis en garde Emmanuel Macron lors de leur rencontre en marge du sommet du G20 à Bari, en Italie, en juin 2024. «Si tu le fais, ce sera terminé entre nous», aurait déclaré Tebboune, selon l'ancien avocat du Polisario auprès de la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE). Pourtant, l'ambassadeur de France à Alger, Stephan Ramatet, donne une version radicalement différente. Il souligne que la reconnaissance de la marocanité du Sahara a été soigneusement réfléchie «pendant des semaines et des semaines». «La décision a été prise de manière éclairée et en assumant pleinement les conséquences, tant dans la relation avec le Maroc qu'avec l'Algérie», précise le diplomate. Alger a feint d'ignorer les signaux envoyés par Séjourné Avant l'acte officiel du 30 juillet 2024, Paris avait envoyé des signaux explicites. Lors de sa première visite au royaume, le 26 février 2024, l'ancien ministre français des Affaires étrangères, Stephan Séjourné, avait salué les projets de développement du Maroc dans ses provinces du Sud et exprimé l'engagement de son gouvernement à soutenir Rabat dans ses efforts. Ces messages ont toutefois été ignorés par Alger, qui a fait semblant de ne pas les voir. Certains médias algériens ont même applaudi, affirmant qu'«à Rabat, le ministre français des Affaires étrangères a été discipliné dans ses mouvements et réservé dans ses déclarations, ne laissant aucune occasion aux médias de manipuler les résultats de la visite». Ces signaux ont été renforcés en avril de la même année par une «reconnaissance de la souveraineté économique» du royaume sur le Sahara, matérialisée par l'engagement du gouvernement français à financer un câble électrique de 3 gigawatts reliant Casablanca à Dakhla, comme l'avait annoncé, le 26 avril 2024, l'ancien ministre français de l'Economie et des Finances, Bruno Le Maire. Autant de décisions qui ont progressivement préparé le terrain pour l'acte politique majeur du 30 juillet 2024. Actuellement, l'Algérie s'efforce de renouer ses relations avec la France, reléguant au second plan le différend lié à la question du Sahara. Cette inflexion se manifeste notamment par les concessions faites, le 11 janvier, concernant le retour des ressortissants algériens soumis à des obligations de quitter le territoire français, ainsi que par l'expurgation, dans la loi sur la criminalisation de la colonisation adoptée hier par la Chambre haute, de dispositions susceptibles de heurter les autorités françaises.