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Jerada : Les autorités ne remettent pas en cause l'ordre établi
Publié dans Yabiladi le 06 - 02 - 2018

L'extraction minière telle qu'elle se pratique à Jerada est illégale mais le ministère de l'Energie et des Mines, comme la wilaya de la région de l'Oriental, ne semble pas disposés à user des leviers offerts par la nouvelle loi sur les mines pour changer l'ordre établi entre barons et mineurs. La wilaya propose cependant une alternative en demie-teinte.
Les autorités les nomment «permissionnaires», mais pour la population locale, ils sont les «barons du charbon». A Jerada, «4 sociétés, appartenant à 3 personnalités, possèdent un permis d'exploitation minière. Celles-ci emploient seulement entre 7 et 12 personnes alors que les quantités de charbon vendues sont bien supérieures à ce que douze personnes peuvent traiter. En fait, ces employés exploitent mais rachètent également, semble-t-il, via des intermédiaires, le charbon aux artisans mineurs entre 600 et 700 dirhams la tonne alors que les sociétés la revendent à 1400 dirhams », reconnaît Abderrazak El Gourji, secrétaire général de la wilaya de la région de l'Oriental.
Les trois «barons» de Jerada étaient tous mineurs ou cadres des Charbonnages du Maroc avant sa fermeture, a révélé Tel Quel dans un dossier paru début janvier. Moustapha Toutou possède deux sociétés - Best Charbon et la Société Minière Top ; il est aussi député PAM de Jerada. Mohamed Darhou possède et dirige Darhou Charbo avec son fils Yassine Darho également député Istiqlal de la circonscription de Jerada. Ils sont, ensemble, les deux seuls représentants de Jerada à la Chambre. A la tête de la commune de Jerada, se trouve aussi la propre sœur de Moustapha Toutou, Mbarka Toutou. Enfin, El Bachir Amnoun Oubaha, propriétaire de Sorexmine, est également conseiller communal pour l'UC. Face à la collusion entre les «patrons» de la région et la sphère politique, les manifestants du Hirak de Jerada, ont scandé, dimanche 28 décembre, «Ceux qui nous gouvernent forment une mafia !».
«Mafia»
Au début de l'hiver 2009, les barons avaient décidé de baisser le prix d'achat de 80 à 60 dirhams «la caisse» (environ cent kilo) de charbon et soulevé la colère de mineurs clandestins. Un nouveau permissionnaire s'était alors présenté aux mineurs se disant prêt à leur offrir 100 dirhams la caisse. Après deux semaines de «grève», «tout le monde s'est remis au travail […] mais quelques jours après la reprise du travail les représentants [des mineurs] sont revenus pour annoncer la disparition du fameux investisseur», raconte Le Journal Hebdomadaire, à l'époque. Résultat : émeutes et répression policière. Pour le Journal, il ne faisait aucun doute que c'était coup monté, avec la complicité du gouverneur de la Province, pour casser la grève. Ahmed*, 32 ans de mines, raconte une autre version. «Une nuit que cet entrepreneur providentiel était à Jerada, quelqu'un l'a menacé avec un couteau et il est parti sans jamais revenir», se souvient-il en pointant du doigt les barons.
Pour tous les mineurs, les barons se comportent en effet comme des mafieux. «Personne ne peut vendre et transporter du charbon à part eux car ce sont les seuls à avoir cette autorisation, explique Aziz Naitabou, l'un des porte-paroles du Hirak interrogé par Yabiladi sur les lieux, alors ils vendent une photocopie de leur autorisation environ 3500 dirhams à ceux qui veulent également transporter et vendre le charbon. Les mineurs n'ont donc pas le choix, ils sont obligés de vendre aux seuls intermédiaires autorisés par les barons.»
Les barons n'ont pas de mines en propre
Surtout, Moustapha Toutou, Mohamed Darhou et El Bachir Amnoun Oubaha n'ont jamais investi dans les infrastructures d'une véritable mine. Les mineurs creusent eux-mêmes les mines avec des moyens dérisoires. «Ce que tout le monde, ici, appelle 'cendriates', déformation du mot français 'descenderies' ne sont en réalité que des puits. Les véritables descenderies sont normalement percées dans le sol en oblique - pas à la verticale comme les puits que les mineurs creusent aujourd'hui - et sont suffisamment larges pour permettre aux mineurs de descendre debout, en marchant. Des rails, disposés au sol, permettent également de les descendre et de remonter le charbon. Ce n'est qu'au fond de cette descenderie, que sont creusées les galeries horizontales d'où est extrait le charbon», explique Mohammed El Arjouni, ancien enseignant de français et, auteur de «Amphion matricule 4892», un roman tiré de l'histoire de son père, mineur pour les Charbonnages du Maroc à Jerada.
Au lieu d'investir pour creuser de véritables mines - puisque les trois puits des Charbonnages du Maroc ont été comblés à la fermeture de la mine, les détenteurs des permis d'exploitation se sont donc contentés d'acheter le charbon, via des intermédiaires, aux mineurs clandestins, plutôt que de les embaucher. «Ils nuisent à nos affaires, c'est nous qui avons les permis et pourtant ils explorent à la recherche de filon. Nous ne pouvons pas les en empêcher car ils sont nombreux. Si nous exploitons ces filons nous-mêmes, le coût serait moindre et nous ferions plus de bénéfice», se défend pourtant Moustapha Toutou interrogé par Tel Quel.
Toutes ces activités sont pourtant hors la loi : si tout le monde s'accorde à dire que l'exploitation du charbon par les mineurs clandestins est illégale, la relation commerciale entre les mineurs et leurs premiers acheteurs l'est nécessairement aussi. La loi marocaine interdit en effet d'employer des personnes non déclarées ; elle interdit également d'acheter sans facture. Pourtant, au nom de la paix sociale, les autorités n'ont jamais cherché ni à interdire l'exploitation illégale du charbon par les mineurs ni même à poursuivre les intermédiaires ou les permissionnaires.
Nouvelle loi sur les mines
Le gouvernement et le Parlement ont cependant adopté une nouvelle loi (33-13) sur les mines le 1er juillet 2015. Elle offre un levier pour réorganiser l'activité minière à Jerada. L'article 52 stipule ainsi que «le titulaire de la licence d'exploitation de mines est tenu d'appliquer à l'exploitation des gisements, les méthodes rationnelles d'exploitation, compte tenu des conditions économiques et des règlements applicables, notamment en matière d'hygiène, de sécurité et de protection de l'environnement.»
Les opérateurs miniers avaient jusqu'au 23 août dernier, selon l'Economiste, pour se mettre en conformité avec la nouvelle loi et son décret d'application adopté, le 20 avril 2016, au risque de se voir retirer leur permis. Le décret exige notamment de entreprises qui demandent un permis d'exploitation de fournir un programme des travaux donnant le détail des investissements prévus, mais aussi de compter des géologues parmi leurs employés. A l'issue de la période de mise en conformité, en septembre dernier, l'Economiste révélait que 1 404 permis dont 23 d'exploitation avaient été récupérés par le ministère de l'Energie et des Mines parce qu'ils ont été considérés comme inactifs par le ministère.
Depuis lors, les trois «exploitants» de Jerada ont bien conservé leurs permis mais se sont-ils pour autant mis en conformité avec la loi ? Moustapha Toutou dans son entretien avec Tel Quel mentionne seulement l'existence d'une «étude sur la situation financière et technique» préalable à l'obtention de son permis d'exploitation, il y a près de vingt ans. Même le ministre de l'Energie et des Mines, Aziz Rebbah, en déplacement dans la ville minière début janvier, n'a fait aucune mention de la mise en conformité des permis ou de la nouvelle loi. Il s'est contenté de promettre, à ce sujet, un contrôle rigoureux des sociétés permissionnaires pour «examiner le respect de leur cahier des charges» alors que ce terme n'est même plus utilisé dans la nouvelle législation.
Jerada comme Figuig et Tafilalet ?
Sans recourir non plus aux leviers offerts par les nouveaux textes, mais consciente des difficultés posées par le mode d'exploitation actuel des gisements de Jerada, la wilaya, «préconise également de rassembler les mineurs dans des coopératives et de leur trouver un autre acheteur, l'Office National de l'Electricité, pour leur permettre de vendre sans intermédiaires avec une retenue de dix pour cent sur leurs revenus pour leur permettre d'accéder à une couverture sociale», propose Abderrazak El Gourji.
Cette option rappelle beaucoup le statut très particulier des mines de Tafilalet et Figuig imaginé en 1960 et prolongé pour les quinze prochaines années par la loi 74-15 adoptée le 25 août 2016. Depuis 1960, l'extraction «artisanale» (clandestine) des minerais est autorisée, tandis qu'une «Centrale d'achat et de développement» achète de façon exclusive tous les minerais extraits par les artisans mineurs. Elle contribue aussi à travers les caisses de secours à la couverture des artisans mineurs contre les accidents du travail et les maladies professionnelles.
La proposition de la wilaya, ne remet pas en cause l'ordre établi - il n'est toujours pas question de creuser une véritable mine, ni d'embaucher les mineurs, ni de retirer leur permis aux actuels 'exploitants' - mais elle casserait le monopole de barons en introduisant un quatrième acteur nécessairement plus sensible aux revendications sociales des mineurs.


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