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Belgique-Maroc : Kaoutar Fal, lobbyiste ou espionne ?
Publié dans Yabiladi le 14 - 07 - 2018

Soupçonnée d'espionnage pour le compte du Maroc, l'entrepreneure Kaoutar Fal risque d'être expulsée de Belgique. La Sûreté de l'Etat a demandé son arrestation «parce qu'elle représente un risque pour la sécurité nationale».
Ce samedi, Kaoutar Fal, connue dans le monde de l'entrepreneuriat et du lobbying, est détenue dans le centre fermé 127 bis à Steenokkerzeel (Belgique). Elle attend son expulsion vers le Maroc, après le retrait de son visa Schengen. Selon Belga, «l'Office des étrangers indique que la Sûreté de l'Etat a demandé à ce qu'elle soit arrêtée parce qu'elle représente un risque pour la sécurité nationale».
En effet, Kaoutar Fal est accusée d'espionnage pour les services de renseignement marocain, comme elle le précise dans une lettre obtenue par l'agence belge d'information.
Considérée comme espionne par la Belgique
La même source indique que ce courrier a été relayé par Moshe Friedman, un rabbin d'Anvers. L'intéressée y explique avoir été arrêtée pour la première fois le 29 mai dernier, lors de son atterrissage à l'aéroport de Bruxelles-Charleroi. Son visa a été retiré à ce moment-là, mais elle a réussi à retrouver sa liberté. Ceci dit, elle souligne qu'au moment où elle est allée récupérer ses documents, elle a été arrêtée de nouveau et a «passé la nuit dans le centre fermé 127 bis».
Le 10 juillet - il y a quatre jours - son recours est accepté et elle retrouve une nouvelle fois sa liberté. Mais le lendemain, sur son chemin pour une réunion au Parlement européen, elle est encore arrêtée et reconduite au 127 bis, ce qu'elle considère comme un «kidnapping».
L'Office des étrangers indique que le retrait du visa de Kaoutar Fal est motivé par une note confidentielle de la Sûreté de l'Etat. «Elle est maintenant détenue sur base d'un autre article selon lequel elle se trouve illégalement sur le territoire et parce qu'elle représente une menace pour la sécurité nationale», explique un porte-parole cité par Belga, ajoutant qu'il est «important de la renvoyer vers le Maroc le plus rapidement possible».
De son côté, Julien Hardy, avocat de la ressortissante, évoque une «privation illégale de liberté». C'est pourquoi, il indique avoir introduit «un nouveau recours, tant auprès de la Chambre des mises en accusation que du Conseil du contentieux des étrangers (CCE)».
Des soupçons confirmés par d'autres médias
Si Kaoutar Fal conteste ces arrestations, ce n'est pas la première fois qu'un média international l'épingle pour des activités douteuses. Un article du site espagnol El Confidencial la présente comme «'femme d'affaires' et espionne». Dans ce sens, il reprend l'extrait d'une note des autorités belges à propos d'elle :
«L'intéressée est connu de la Sûreté de l'Etat (…) pour ses activités d'ingérence et d'espionnage au service de renseignement étrangers. Kaoutar Fal à travers ses organismes participe activement à ces actions-là au nom du Maroc. Elle est également en contact avec des personnes connues de nos services pour leurs activités ou de leurs liens avec des services de renseignement étrangers. Kaoutar Fal représente ainsi une menace pour la sécurité nationale.»
Le site espagnol souligne que la Belgique a connu nombre d'arrestations similaires, en lien avec des ressortissants marocains suspectés de travailler pour les services secrets nationaux. «Kaoutar Fal est la première femme» à être expulsée car accusée d'espionnage par Bruxelles. «Pour ne pas éveiller la susceptibilité de Rabat, d'autres reconductions pour les mêmes raisons ont déjà été opérées en Espagne et en France, mais avec discrétion», ajoute la même source en citant l'exemple de l'agent marocain Noureddin Ziani, expulsé du royaume ibérique en mai 2013.
Selon El Confidencial qui cite la publication flamande Medium, le rabbin d'Anvers aurait même accordé à Kaoutar Fal «une avance de 6 000 euros» sur les frais de sa défense, ajoutant que plusieurs photos sur la page préposé religieux illustrent l'amitié entre lui et la Marocaine.
Entre lobbying et espionnage
Native du nord du Maroc, Kaoutar Fal, 32 ans, a commencé à se faire connaître plus largement dans la sphère publique à partir de 2016. Cette année-là, elle s'est lancée dans le monde des affaires et des médias, rappelle encore El Confidencial. Selon sa biographie, elle est fondatrice du cabinet de conseil Consulting FAL. Elle est également présentée comme journaliste ayant interviewé plusieurs chefs d'Etat et représentants gouvernementaux.
Début 2017, Kaoutar Fal s'envole pour Bruxelles, où elle a créé l'Organisation internationale des médias africains. Le site compte deux salariés, mais faute de compte bancaire courant, «il n'est pas enregistré en tant qu'organisme actif en belgique», note encore le média espagnol. Un mois plus tard, Kaoutar Fal organise une conférence au siège du Parlement européen, parrainée par certains eurodéputés.
Les débats qu'elle anime portent alors sur «l'avenir des musulmans en Europe, entre le dialogue des religions et islamophobie», en présence Jamel Saleh Momenah, directeur de la Grande Mosquée de Bruxelles qui a été démis de ses fonctions en mars dernier. Celui-ci «s'est donc plié à une demande discrète des autorités belges» qui ont voulu retirer à l'Arabie saoudite l'ingérence dans la gestion du lieu de culte, rappelle El Confidencial.
Plus tard, Kaoutar Fal est revenue au Parlement européen pour y tenir une activité relative au développement du Sahara. Elle aurait effectué tous les paiements en espèce, frais de voyage, hébergement et repas compris.


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