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Juan Carlos à Melilla : nouvelles réactions marocaines
Publié dans Agadirnet le 07 - 11 - 2007

Le roi Juan Carlos d'Espagne a effectué mardi une visite à l'enclave de Melilla (12,5 kilomètres carrés), vingt-quatre heures après son déplacement à Ceuta, en compagnie de la reine Sofia. Ces deux visites ont suscité de vives protestations de la part des Marocains qui revendiquent la souveraineté de ces deux territoires administrés par l'Espagne depuis le XVIe siècle. Dans un communiqué, le roi du Maroc a exprimé « sa vive condamnation » des visites de Juan Carlos à Melilla et Ceuta. Tout en dénonçant avec « fermeté » ces visites, Mohammed VI a prôné un « dialogue franc et ouvert sur l'avenir » avec l'Espagne.
« En tant que roi de tous les Espagnols, je me devais de visiter Melilla avec la Reine », a déclaré le souverain, dans un bref discours à la mairie devant les autorités locales. Le souverain espagnol a été acclamé, à la mi-journée, sur la grand-place de cette ville portuaire de 57 000 habitants dont près de la moitié sont des musulmans, par une foule qui criait : « Melilla espagnole, vive le roi ! ». Non loin de là, de l'autre côté de la frontière, des manifestants marocains répondaient : « Juan Carlos, va-t-en. Melilla n'est pas à toi ! ». La police marocaine a dû intervenir pour ramener le calme.
Le sénateur marocain Yahia Yahia a été interpellé mardi matin par les forces de sécurité espagnoles lors d'une manifestation de protestation au poste frontière de Bab Melilla et libéré quelques heures après.
A Rabat, la Chambre marocaine des représentants a appelé l'Espagne à un « dialogue sérieux et responsable sur l'occupation » des deux enclaves. Le communiqué au ton plutôt modéré, publié à l'issue de la séance consacrée à la visite du roi d'Espagne Juan Carlos à Ceuta et Melilla, fait suite aux déclarations plus dures du Premier ministre marocain Abbas El Fassi et aux manifestations de mécontentement qui ont eu lieu aux portes de Ceuta, à Rabat et à Casablanca. Dans un communiqué, la Chambre des représentants en appelle à un dialogue entre les deux pays voisins et amis, un dialogue qui doit se dérouler sur la base de la coopération et du respect mutuel. Des mots choisis pour ne pas froisser l'Espagne, avec qui les liens sont nombreux et stratégiques.
Ce communiqué n'efface pas la réaction immédiate et très dure des autorités marocaines. Dès l'annonce du voyage du roi d'Espagne, l'ambassadeur du Maroc à Madrid a été rappelé vendredi pour consultation, tandis que lundi le Premier ministre marocain, Abbas el Fassi, qualifiait ce voyage de « provocation » en ajoutant : « l'Espagne doit comprendre que le temps du colonialisme est révolu ». Lundi soir, des centaines de Marocains ont manifesté devant l'Institut culturel espagnol Cervantès, à Rabat, mais aussi à Bab Sebta, près de Ceuta, et à Casablanca devant le consulat d'Espagne. Onze députés et sénateurs ont également protesté en remettant une lettre à l'ambassadeur espagnol en poste à Rabat. Mais malgré leur colère, ils n'ont pas fermé la porte à Madrid. Les parlementaires marocains se sont eux aussi déclaré pour l'ouverture d'un dialogue.
Le ministre espagnol des Affaires étrangères, Miguel Angel Moratinos, a déclaré mardi à Lisbonne, où il participait à une réunion ministérielle avec l'Union du Maghreb arabe (UMA) que l'Espagne « veut maintenir les meilleures relations avec le Maroc. Nous espérons pouvoir continuer à travailler ensemble. Les liens entre le Maroc et l'Espagne sont solides. Nous espérons que cela nos permettra de maintenir une relation normale ». Moratinos s'était entretenu avec son homologue marocain, Fasi Fihri, qui lui avait manifesté sa « préoccupation » au sujet de cette visite royale à Ceuta et à Melilla. La « divergence » entre l'Espagne et le Maroc sur le dossier ne doit pas affecter « l'ensemble de la relation » entre les deux pays, a estimé mardi le secrétaire d'Etat espagnol aux Affaires étrangères, Bernardino León. Selon certains analystes, le Maroc ne peut pas aller beaucoup plus loin dans son bras de fer avec l'Espagne, car il a trop besoin de la bienveillance du gouvernement Zapatero sur le dossier du Sahara occidental, ex-colonie espagnole.


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