Taoufik Kamil : le comparatif immobilier renforcera la transparence et sécurisera les transactions immobilières    Dispositifs médicaux : Le Conseil de la concurrence perquisitionne plusieurs distributeurs    Info en images. Aéroports 2030 : L'ONDA lance sa nouvelle campagne «Let's Take Off»    Nador West Med: 2,1 M€ de la BERD pour préparer la mise en service du complexe portuaire    Pluie : Excédent de 82% dans le bassin hydraulique du Bouregreg et de la Chaouia    Meknès : Le FICAM revient pour une 24e édition du 15 au 20 mai    Presse : Réforme du CNP et nouveau modèle de soutien... le gouvernement rebat les cartes    Réorganisation du CNP : l'Exécutif approuve le projet de loi    Maroc - Algérie : Ouverture exceptionnelle du poste-frontière pour le rapatriement de 22 personnes    Espagne : Les travailleurs marocains mobiles en Europe au cœur d'un séminaire    Climat, le Maroc sonne l'alerte pour l'Afrique    RAM-FM6SS : partenariat stratégique en médecine aéronautique    HCP : l'IPC recule de 0,8% en janvier 2026    Ports situés sur la Méditerranée : baisse de 30 % des débarquements de pêche en janvier    Military Aerospace: Baykar's factory in Morocco begins initial hiring    Le Roi Mohammed VI soutient l'action de Trump pour la reconstruction de Gaza    Pétrole : les prix repartent à la hausse sous l'effet des tensions géopolitiques    Peu avant sa fin, Epstein a autorisé des transferts de 27,7 M$ pour un palais à Marrakech    CAN 2025. Les supporters sénégalais et l'Algérien condamnés à la prison ferme    Mondial 2026 : tous les matches joués à guichets fermés    L'UEFA soutient la Coupe du Monde des Clubs à 48 équipes, le Maroc et l'Espagne favoris pour 2029    Jeux africains 2031 : l'Ouganda entre dans la course    Ligue des champions.. Benfica ouvre une enquête sur deux supporters après des gestes racistes visant Vinícius    Mercato : Abde Ezzalzouli dans le viseur de Tottenham Hotspur    Europa League: Zakaria El Ouahdi leads Genk to victory in Zagreb    EBRD and Nador West Med sign €2.1M grant to boost sustainable development in Morocco    Parents in Rabat-Kénitra protest AEFE tuition hike with class boycott    Maroc : le Ramadan booste l'activité des services de livraison    Service militaire 2026 : le recensement démarre le 2 mars    Prix Cheikh Zayed du Livre : deux écrivains marocains dans la course    Touria Chaoui mise en avant dans «Les Marocains du ciel» sur 2M    Ramadan : La TV marocaine enregistre 70,4% de PdA au premier jour, 2M en tête    « Maroc, Terre de Cultures » : Le Collectif 4.0 lance « Rythmes du Maroc »    Dialogue des cultures : les Nuits du Ramadan célèbrent l'héritage andalou    Ning Zhongyan offre à la Chine sa première médaille d'or olympique en patinage de vitesse    Deux matchs amicaux face au Burkina Faso pour tester l'état de préparation des Lionnes de l'Atlas    Le ministère des Habous unifie le prêche du vendredi autour du jeûne, de la piété et de l'excellence dans le travail    Ligue Europa : Zakaria El Ouahdi guide Genk vers la victoire à Zagreb    Décès de l'individu qui s'est défenestré à la BNPJ de Casablanca: les lésions sont compatibles avec une chute préméditée    Le temps qu'il fera ce vendredi 20 février 2026    Le Maroc miserait sur les TREVA-30 tchèques pour moderniser son soutien blindé    Le Conseil de gouvernement adopte deux projets de décrets relatifs aux terres des collectivités Soulaliyates    Reconstruction de Gaza. SM le Roi Mohammed VI soutient l'action du Président américain Donald Trump    Affaire Leveugle: Mat9ich Weldi lance un appel à témoin    Manifestations GenZ Maroc : La justice inflige plus de 106 ans de prison à 48 accusés    Livre : Marrakech accueille la quatrième édition du FLAM    Casablanca : décès de l'individu ayant tenté de se suicider au siège de la BNPJ    LIFA 2026. Abidjan, capitale de la création féminine    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.



La politique par le bas!
Publié dans Albayane le 08 - 03 - 2017

Certains disent qu'il s'agit d'un échec total, d'autres considèrent qu'il a pu accélérer la cadence des réformes politiques. Peu importe ! En fait, comme le souligne l'économiste et l'écrivain, Mohammed Ennaji, «le 20 février, ce n'est pas seulement un mouvement social, c'est une remise en mouvement de la société, un re-déclenchement de sa dynamique». Il s'agit plutôt d'un rappel à l'ordre du politique, déclare-t-il avec insistance.
Il faut dire, qu'on le veuille ou non, que cette dynamique a grandement influencé l'agenda du pouvoir politique. Un pouvoir, qui plus ou moins, ne se suffit plus de lui-même et ne s'exerce plus en tant qu'essence. De surcroit, cette dynamique a engendré une « situation de réforme » et a contribué à la mise en place d'un nouveau texte constitutionnel, explique pour sa part, le politologue, Hassan Tariq. Abondant dans le même ordre d'idées, Hassan Tariq met l'accent sur le fait que « 20 février », exprime une volonté de la rue de s'approprier la « politique » par le bas et traduit un engouement des jeunes pour la politique. Il s'agit, en fait, d'une vision « bottom- up» de l'action politique, explique-t-il. Cela étant, Le «20 février est l'expression de toute la société et reflète les revendications de toutes les catégories sociales de la société marocaine.
Cependant, il ne faut pas croire que la parenthèse du Mouvement 20 février est fermée. Loin s'en faut ! Les revendications portées haut et fort par les protestataires sont toujours d'actualité, à commencer par la revendication récurrente relative à la dignité et sa version négative «Al-hogra», à la marginalisation, à l'exclusion sociale, estime le sociologue Abderrahmane Rachik.

Abderrahmane Rachik : «Le Mouvement 20 février a réussi à accélérer la réforme constitutionnelle»
Sociologue et Urbaniste marocain, Abderrahmane Rachik auteur du livre «L'Etat contre la société : mouvements sociaux et stratégie de la rue au Maroc», considère que la gestion politique du Mouvement par les différents appareils de l'Etat était plutôt intelligente dans la mesure où les interventions répressives violentes des forces de l'ordre étaient fort limitées ; le Mouvement et sa gestion politique étaient plutôt pacifiques. Selon notre sociologue, la réaction politique immédiate du pouvoir central en annonçant la réforme constitutionnelle en mars 2011 a désorienté et démobilisé certains protestataires...
Al Bayane : peut-on dire que le mouvement 20 février constitue un moment de réconciliation des jeunes avec l'action politique ?
Abderrahmane Rachik : Non, on ne peut pas dire cela. C'est une idée répandue par la presse et les mass-médias d'une manière générale, et par certains universitaires et partis politiques qui étaient, au début, très enthousiastes par l'émergence d'un mouvement protestataire. Certes, il y avait à l'origine du Mouvement du 20 février des jeunes proposant des plates-formes revendicatives, à « aimer » sur Facebook. Il faut savoir que juste avant le 20 février, c'est-à-dire à la veille du lancement des manifestations, l'un des leaders facebookiens, Rachid Antide, s'est retiré en appelant à ne pas participer à cette manifestation qui allait mener le pays vers l'inconnu. Au même moment, interviennent les professionnels de la politique, les militants, jeunes et vieux, islamistes (PDJ à travers le mouvement Baraka et Al- Adl wa al-Ihssane), et modernistes. D'autres organisations syndicales et politiques... interviennent et soutiennent également le Mouvement, parfois d'une manière peu visible.
En pleine mobilisation sociale menée par le Mouvement du 20 février, une enquête menée du 21 mars au 05 avril 2011, par le Haut-commissariat au Plan (HCP) sur un échantillon de 5.000 jeunes marocains âgés de 18 à moins de 45 ans, indique que les jeunes déclarent accorder peu d'intérêt à la chose publique. Seuls 1% des jeunes adhèrent à un parti politique, 4% participent aux rencontres de partis politiques ou de syndicats, 1% sont membres actifs d'un syndicat, 4% participent à des manifestations sociales ou grèves et 9% participent à des activités de bénévoles. En outre, 36% participent aux élections de façon régulière et 14% de façon non régulière.
Ce retrait de la population de la vie publique se manifeste également dans les dernières élections communales et législatives. Elles révèlent la fissure existante entre les représentants des populations et les habitants, plus particulièrement ceux des périphéries des grandes villes.
Dans votre livre « La société contre l'Etat », vous dites que le Mouvement 20 février ne répond pas à la définition classique du mouvement social. Pouvez-vous nous expliquer davantage ?
C'est vrai que la littérature sociologique définit le mouvement social comme une action collective ayant pour objet des revendications principalement d'ordre social. Ceci ne veut absolument pas dire qu'il y a des frontières entre le social et le politique. Le mouvement social a aussi pour fonction d'exercer une pression sur le pouvoir politique. Mais quand on se penche sur le cas du Mouvement du 20 février, deux remarques importantes surgissent : les acteurs du Mouvement sont plutôt des acteurs politiques (Al Adle wa al Ihssane, une fraction du PJD menée par l'actuel ministre de la Justice, Annahje addimpcratti, Attaliaa, PSU, l'AMDH, Jeunesse Ittihadiya....) dont le poids politique change selon les villes ; Tanger n'est pas Casablanca, et Nador n'est pas Rabat ou Salé.
Le second point est relatif aux slogans consensuels qui mobilisent les protestataires : ils sont foncièrement d'ordre politique. Les revendications des jeunes facebookiens deviennent fortement politiques. Elles touchent le cœur du pouvoir monarchique en mettant en cause la sacralité de la monarchie. Les jeunes meneurs réclament un nouveau statut pour le Roi (qui règne sans gouverner), une nouvelle Constitution, la dissolution du parlement et du gouvernement, la lutte contre la corruption, etc.
Selon vous, pourquoi le Mouvement 20 février a-t-il échoué à mobiliser les masses urbaines ?
Le Mouvement mobilise de moins en moins les masses urbaines pour plusieurs raisons : d'abord un mouvement ne peut mobiliser éternellement les mécontents chaque wee-kend, ce n'est pas facile ni matériellement, ni physiquement, ni moralement... Le Mouvement s'essouffle progressivement pour ne pas dire se banalise, et par conséquent, se radicalise au fur et à mesure qu'il mobilise de moins en moins les mécontents.
Secundo, la gestion politique du Mouvement par les différents appareils de l'Etat était plutôt intelligente dans la mesure où les interventions répressives violentes des forces de l'ordre étaient fort limitées ; le Mouvement et sa gestion politique étaient plutôt pacifiques. L'Etat interdisait à plusieurs reprises à certains jeunes de manifester pour soutenir la monarchie, de manifester contre le Mouvement du 20 février ou d'entraver l'organisation des actions collectives de ce dernier. Troisièmement, la réaction politique immédiate de la monarchie en annonçant la réforme constitutionnelle en mars 2011. L'annonce de cette réforme politique a désorienté et démobilisé certains protestataires. Puis l'Association d'Al-adle wa al-ihssane commença à doser sa participation dans le Mouvement pour ne pas être trop visible dans l'espace public.
Pourquoi dites-vous dans votre livre que le retrait d'Al adl Wal Isshane après la formation du nouveau gouvernement conduit par le PJD, a porté un coup dur au mouvement ?
Les acteurs composites naviguaient à vue en tentant de maintenir un équilibre fragile entre plusieurs mouvements politiques trop hétérogènes qui traversaient le Mouvement du 20 février.
Le Mouvement du 20 février ne mobilisait plus beaucoup de monde vers la fin de l'année 2011. L'Association d'Al-Adle wa al-Ihssane commença à doser sa participation dans le Mouvement pour ne pas être trop visible dans l'espace public. Ce processus l'a contraint à se retirer complètement des manifestations organisées par le Mouvement.
La publication du manifeste d'Al-Adle wa al-Ihsane, en décembre 2011, annonçant son retrait du Mouvement du 20 février, correspond à l'avènement d'un nouveau gouvernement dirigé par un «islamiste modéré» (Abdelilah Benkirane du PJD). Le manifeste justifie son retrait par l'existence de certains acteurs qui insistent pour imposer un plafond déterminé de revendications (faisant allusion à la revendication de la monarchie parlementaire.) Le Mouvement du 20 février, selon le manifeste, ne joue plus son rôle de pression. Il devient, selon les dires d'Al-Adle wa al-Ihsane, un espace de défoulement de la colère populaire et un moyen de règlement de comptes avec des adversaires fictifs.
La faiblesse de la mobilisation des masses depuis la fin de l'année 2011, conduit le Mouvement du 20 février à suivre un processus de radicalisation, dans ses slogans et dans ses actions collectives. Il commence par déplacer les manifestations du centre-ville vers les périphéries en espérant une adhésion des catégories sociales modestes et défavorisées. Mais en vain.
Dans l'une de vos déclarations à la presse, vous avez souligné en substance que «le Mouvement 20 février est un échec, mais son esprit est toujours là». Cela signifie-t-il que ces revendications sont toujours d'actualité et qu'elles pourraient aussi constituer une source de mobilisation pour d'autres protestations qui pourront voir ultérieurement le jour ?
D'abord, le Mouvement a réussi à accélérer la réforme constitutionnelle en mettant en cause la sacralité de la monarchie et le statut hégémonique du Roi dans le système politique. Et comme vous le dites, toutes les revendications du Mouvement sont d'actualités et portées par d'autres mouvements protestataires, à commencer par la revendication récurrente relative à la dignité et sa version négative «Al-hogra», à la marginalisation, à l'exclusion sociale, etc.


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.