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L'espion qui venait du nord
Publié dans Albayane le 07 - 10 - 2019


De sable et de feu de Souheil Ben Barka
Toute l'œuvre de Souheil Ben Barka témoigne d'une véritable cohérence dans la construction de récits portés par des personnages qui lui permettent de montrer sa conception du cinéma et d'exprimer à travers eux une certaine philosophie de la vie.
Des personnages de fiction certes, néanmoins à forte charge sémantique et symbolique car ancrés dans l'histoire, dans des rapports sociaux explicites. On peut ainsi tracer un axe qui traverse sa filmographie riche de huit longs métrages : des personnages issus de l'histoire récente, de drames contemporains avec une forte connotation politique, c'est le cas avec Mille et une mains (1972), La guerre du pétrole n'aura pas lieu (1974), Amok (1982) ou encore une forte prédilection pour des personnages historiques avec notamment Les Cavaliers de la gloire (1990) ; Les Amants de Mogador 2002)…tendance confirmée avec son nouvel opus (2019), De sable et de feu (Le rêve impossible).
Ce huitième long métrage confirme en effet une tendance dominante chez Ben Barka à la fois au niveau thématique (les personnages historiques) mais également au niveau des choix de mise en scène et de conception de cinéma. Une conception que nous pourrions résumer par la tentation de l'universel. Souheil Ben Barka affiche clairement une ambition internationale pour le cinéma marocain : des récits écrits dans les règles de la dramaturgie et inspirés des principes de la tragédie ; transposés au cinéma, ils sont portés par un cast d'envergure et par une mise en scène qui réhabilité le spectaculaire. Un cinéma de l'image mais non pas une image esthétisante pour elle-même mais au service d'un propos : dire par exemple pour Ali Bey que les décors baroques qui le cernent dans la première partie du film expriment un personnage dont l'horizon est saturé par une ambition étouffante.
De sable et de feu convoque en effet un personnage historique fortement référencié. Il s'agit d'un espion qui venait du nord : Domingo Badia alias Ali Bey va être missionné en 1802 par le premier ministre espagnol pour «infiltrer» le pouvoir marocain (le règne de Moulay Slimane) dans le but de mettre en place un régime plus compréhensif des intérêts espagnols. Mais Ali Bey va afficher des ambitions qui dépassent le cadre de sa mission initiale. Le film développe devant nous la première version de sa mission comme un scénario co-écrit à la fois par les Espagnols, les Français et les Anglais. La rencontre avec Talleyrand offre Ali Bey les grandes lignes de son rôle. Rôle qu'il poussera très loin en se faisant opérer pour circoncision en Angleterre. C'est là d'ailleurs où il fera une autre rencontre capitale avec Lady Hester Stanhope, nièce du Premier ministre britannique. Une rencontre qui offrira d'ailleurs au film une double articulation animée à tour de rôle par les deux personnages.
La première partie sera celle de Ali Bey, de son ascension, de ses intrigues autour du pouvoir marocain puis de son échec et son départ en orient; la deuxième partie verra la double métamorphise de l'actrice et de son personnage : Carolina Crescentini, cantonnée au départ dans un rôle figé, régi par le protocole, froid à l'image de la campagne anglaise… prendra de l'ampleur et de la consistance quand Lady Stanhope deviendra la fanatique Meleki. C'est tout le film qui prend alors une autre dimension ; disons le épique, avec succès et réussite.
Le choix récurrent chez Souheil Ben Barka de figures historiques fortes, de Abdelamelek (Les cavaliers de la gloire) à Ali Bey (De sable et de feu) s'inscrit aussi dans une certaine tendance à savoir l'hégémonie du sentiment nostalgique dans le cinéma contemporain. Face en effet à la vague des super héros du cinéma numérique, le cinéma de Ben Barka réhabilité des héros inscrits dans une certaine historicité : quête de pouvoir, quête d'absolu.
La montée de l'insignifiance accélérée par les réseaux sociaux provoque (réveille) en contre-champ tout un cinéma porté par le sens (certains ont parlé d'un retour au cinéma des années 1960). Un cinéma captant dans le matériau filmique et dans l'agencement visuel du récit les surgissements de l'histoire : la grande histoire dans ses formes spectaculaires (voir l'excellente séquence du soulèvement de Madrid par exemple) ou l'histoire intime de destins brisés (voir les larmes de Meleki à la veille de prendre une décision fatale pour sa relation avec Ali Bey).
De sable et de feu ou le dessein brisé de deux personnages tragiques est un film d'histoire qui nous parle de l'histoire comme paradigme de lecture du présent. Dans certains moments de crise, de guerre, de traumatisme, d'interrogations sur soi du moi collectif…le film de Ben Barka défend l'idée que la forme cinématographique apparaît comme l'un des meilleurs indices de la connaissance de l'histoire (le Maroc face aux appétits impérialistes au début du XIX siècle) comme elle rend intelligible un certain état de la société et des désirs qui animent son imaginaire : la métamorphose de Lady Haster Stanhope ne peut-elle pas aider à comprendre le désir d'absolu (souvent mystique) qui pousse des jeunes de l'occident à rejoindre les mirages d'orient pour rêver de royaume chimérique ?
En somme, l'esthétique pour révéler des motifs sociaux voire psychologiques parfois latents ou refoulés et souvent opaques. Un film d'une lucidité sceptique sur le désenchantement ; la séquence générique le suggère d'emblée avec ses plans de sable et de ruines pour nous rappeler que les ambitions politiques ou mystiques comme les empires naissent comme des rêves, vivent de feu (et de sang) et meurent dans les sables.


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