Une source proche du dossier de l'immigration a mis en doute, dans un entretien à Al Bayane, certains chiffres avancés par l'association des travailleurs immigrés marocains en Espagne (ATIME). Selon cette dernière, ce sont «entre 130.000 et 150.000 immigrés marocains (qui) ont quitté l'Espagne, dans l'attente que s'atténuent les effets de la crise économique en Espagne». L'information a été relayée par la radio espagnole «Cadena Ser», avant d'être reprise par la station Médi 1. La même source estime qu'elle ne peut « ni infirmer, ni confirmer ces chiffres », face au manque de données statistiques officielles. «Les autorités espagnoles, d'ailleurs comme leurs homologues marocaines, ne disposent pas de chiffres globaux et précis». Autrement dit, il y a trop de va et vient et il n'est pas aisé de comptabiliser les personnes qui regagnent le Maroc à cause du chômage en Espagne. L'ATIME, qui demeure l'association la plus représentative des Marocains, impute cette situation à deux causes principales, la situation de chômage de nombreux marocains et la proximité géographique. Elle estime que «près de 43 % des Marocains établis dans ce pays sont au chômage, soit 350.000 personnes, alors que seuls 16 % des Marocains étaient sans emploi il y a trois ans». Mais sur les 758 900 Marocains d'Espagne seuls 227.000 (avec près de 50 000 touchés par le chômage) sont en situation régulière et disposent de la sécurité sociale. Le reste se répartit entre personnes prises en charge, travailleurs temporaires et personnes en situation irrégulière. Sur ce volet, Madrid estime à moins de 200.000 personnes le nombre d'immigrés en situation illégale en Espagne. De même, selon la secrétaire d'Etat chargée de l'Immigration et l'Emigration, Anna Terron, le nombre des contrats d'embauche accordés aux étrangers désireux de venir travailler en Espagne a connu une diminution “drastique”, sans fournir aucun chiffre. Par ailleurs, il est vrai que de nombreux Marocains qui perçoivent des aides sociales (l'indemnité mensuelle de chômage est de 420 euros) préfèrent, pour des raisons économiques, faire des aller - retour entre l'Espagne et le Maroc ou encore des déplacements dans l'espace Schengen, pour des visites familiales ou à la recherche d'un job même pour une période limitée, en attendant des lendemains meilleurs en Espagne. Et ce qui pourrait expliquer les déplacements fréquents des Marocains d'Espagne dans les pays de la proximité ce sont les amendes excessives prévues par la loi espagnole (15 000 euros) en plus du remboursement de l'aide sociale, à l'encontre des immigrés qui «quittent l'Espagne sans permission pour une durée supérieure à 15 jours». Madrid envisage de sévir plus, en contrôlant les transferts d'argent vers les pays exportateurs de main d'œuvre, pour protéger son économie mise à rude épreuve par la grave crise qui la secoue depuis 2008. D'ailleurs la presse belge vient de rapporter que de nombreux Marocains de nationalité espagnole qui travaillaient dans le bâtiment «essaient à présent de s'en sortir chez nous (NDLR : en Belgique) ». Grâce à une convention européenne, qui leur permet de « faire valoir leurs droits au chômage en justifiant de périodes de travail régulier antérieures, au sein de l'Union», Plus encore la réglementation européenne permet à un immigré communautaire qui obtient un contrat en Belgique, d'avoir droit au chômage en Belgique, s'il a suffisamment d'années de travail dans l'espace européen. Autant dire que la tentation, en temps de crise, est forte chez certains immigrés communautaires qui peuvent chercher des opportunités de travail dans des pays de substitution.