Nada exist Tel est l'argument de " Nada exist " : en 500 pages, le roman raconte six heures de la vie de Patrice, photographe cynique, désœuvré et enrichi grâce à une épouse qu'il n'aime ni ne touche plus. Six heures de réflexions : dans un continuum de voix off, le héros, Don Juan désabusé, alterne anecdotes et réflexions profondes avec une glaçante sincérité. Ce qui, chez Houellebecq, faute d 'élégance, sombre dans le ressentiment et le ressassement misogyne, s'élève à l'universel sous la plume de Simon Liberati : un précis de décomposition d'une âme perdue dans les contradictions de son époque, et de sa conscience. Ni excuse ni justification dans la psychologie ou l'histoire: comme dans "American psycho" (Bret Easton Ellis), le personnage est le produit de son temps, un homme qui ne sait plus qui il est et flotte sans but, bousculé de minute en minute par les circonstances, rebondissant au gré de ses sensations (accrues par la consommation de cocaïne) plus que de ses émotions, sans parvenir à trouver un sens à son existence. Paradoxalement, c'est dans la description d'une errance parfaitement narcissique et pulsionnelle que le romancier livre une très belle leçon d'intégrité narrative et d'exigence littéraire aux dépens de l'image de soi. Après "Anthologie des apparitions" (désormais en livre de poche), Simon Liberati entre avec son deuxième roman dans la cour des grands.